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La guerre des gangs à l’hôpital

Bon. Y a pas que les petits vieux qui ont plusieurs maladies chroniques. Peut y avoir aussi des petits jeunes. Mais j’ai l’impression que dans l’idée générale de la société, le malade a UNE maladie.

Ainsi, souvent on me demande. « Ah bon, tu es malade ? C’est quoi TA maladie ? ». Et là je suis super embêtée. Est-ce que je dis la grosse maladie rare que personne ne connaît et qui embête le plus tout mon gros corps ? Est-ce que je dis la très connue, très localisée, et donc tout le monde va être très emphatique sur mon ventre mais personne ne comprendra jamais pourquoi j’ai mal partout ailleurs ? Est-ce que je dis la toute petite très rare, qui ne fait quasiment aucun symptôme mais qui peut être mortelle ?

En fait, plein de gens ont plusieurs problèmes, mais on n’en parle pas beaucoup. Je me dis que peut-être que les gens qui ont plusieurs problèmes n’ont pas le temps de faire du blogui-blogua comme moi.

Eh oui, parce que ça prend du temps d’être malade, et c’est éprouvant. Allez, c’est parti pour la dernière anecdote croustillante en date.

Les maladies rares sont suivies dans des Centres de Référence. Souvent à Paris ou en RP (=Région Parisienne). Souvent avec des Grands Professeurs à la tête des Centres. Et si ce ne sont pas des Grands Professeurs à la tête, ce sont souvent des Grands Docteurs à la grosse tête.

Moi je suis donc suivie dans deux Centres de Référence maladie rare, pour les deux maladies rares. Pour la maladie pas rare, c’est plus simple.

Rendez-vous annuel de suivi chez le Grand Docteur du Centre de Référence n°1, de la petite maladie mortelle qui concerne un tout petit organe : « Oh là là c’est pas bon, ça ne va pas, le bilan sanguin montre que la maladie reste là sans bouger, ce n’est pas normal elle devrait s’améliorer, est-ce que vous avez bien suivi mes consignes ???!! » Regard noir du Docteur.

J’ai de la chance, l’évolution de la maladie rare n°1 se contrôle au bilan sanguin. On ne peut pas faire rentrer là-dedans le psychologique, le psychosomatique, la qualité de vie, ma volonté de guérir, mon éventuelle tendance à l’exagération … Mais du coup le Grand Docteur n°1 n’est pas content que sa technique de guérison ne fonctionne pas. Il me soupçonne de mal suivre le traitement : « Ça n’arrange pas mon affaire ce que vous faites Madame Leroux !! ». Re-regard noir du Docteur.

« Mon affaire ». C’est l’affaire de qui la maladie en fait ? Du patient qui vit avec chaque seconde, ou du Grand Docteur susceptible qui voit le patient 15 minutes par an ? Bon, passons sur cette affaire.

Rendez-vous annuel chez le Grand Professeur du Centre de Référence n°2, de la grosse maladie qui envahi tous les organes. La maladie est toujours là. Le Grand Professeur est habitué, un peu blasé, mais pas fâché. Chaque être humain son style, chaque Docteur/Professeur son humeur. Je lui parle de la maladie n°1 qui ne guérit pas, et je lui demande si ça peut être à cause de la maladie n°2. « Oui ! » qu’il me dit.

Ah ben me voilà moins bête. Et moi de me dire que si Grand Docteur n°1 et Grand Professeur n°2 se parlaient, ça m’éviterait de me faire molester en consultation n°1. Alors Grand Professeur m’assène, comme si j’étais une petite externe : « Que Grand Docteur n°1 me contacte, donnez-lui mes emails et téléphone ! »

Vous sentez venir le truc ou pas…?
J’écris comme convenu à Grand Docteur n°1…
Je lui dis que Grand Professeur pense que si la maladie n°1 ne guérit pas, ce n’est ni ma faute, ni la sienne, c’est probablement la faute à la maladie n°2. Je lui donne les coordonnées de Grand Professeur comme enjoint.

Quelques jours plus tard, réponse du Grand Docteur n°1 : « Que Grand Professeur me contacte, vous connaissez mes coordonnées ! »

Eh voilà. Un joli dialogue de sourds en bonne et due forme.

J’en suis venue à me dire que c’était vraiment pourri d’avoir plusieurs maladies. Que c’était pourri que des Grands Coqs soient à la tête des Centres de Référence. Que à la base le métier de Docteur ça n’était pas de jouer à savoir qui aurait la plus grosse.
Tête bien sûr.

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Forlax vs Movicol

Bon. Je discutais l’autre jour avec une amie en D4 = bientôt médecin. Dans moins d’un an. Elle me faisait part de la difficulté des études, ça apparemment, ça va changer. Elle avait l’impression que les autres savaient « tout », qu’elle ne savait « rien ». Mais qu’est-ce que « savoir » en médecine ? Elle me faisait part aussi de ses doutes et de ses craintes en général, autour de la notion de « prescrire ».

Alors, selon le type de médecin, il y a prescrire des séances de kiné, il y a prescrire des imageries, des prises de sang, la sécu qui surveille qu’il n’y a pas trop de prescriptions de tout ça…mais jusque là, tout va bien.

Les choses se compliquent quand il est question de prescrire des molécules. Des molécules qui vont modifier la chimie d’un corps humain. Dans le but de l’améliorer c’est sûr. Mais il y a souvent (toujours ?) des effets secondaires. Là pareil, il y a les petits effets secondaires = le patient se plaint d’insomnies pendant sa petite corticothérapie 5 jours 10mg/kg pour rhume persistant, et les grands effets secondaires  = les lésions potentiellement irréversibles du foie sous methotrexate dans les MICI.

Ma copine future médecin ayant super peur de faire du mal à ses futurs patients avec les effets secondaires, j’en venais à me demander qui était vraiment responsable. On pourrait penser facilement que « celui qui a dit de faire » est responsable. Mais moi, la malade, si je mets le comprimé dans ma bouche, j’ai aussi ma part de responsabilité non ? Je sais que je dois en principe lire la petite notice du médicament avant de le prendre. Le pharmacien peut m’aider aussi.

Vous êtes en train de vous demander ce que c’est que cet article chiant ou le titre aguicheur allait faire parler de caca croustillant. On y vient.

Essayant de réconforter ma copine, je repensais à un truc qui m’interpellait voire m’agaçait parfois chez le médecin. Le patient, le malade, tout malade, il a sa petite expérience avec lui. Pas forcément des tonnes de compte rendus médicaux dont on n’en peut plus (faut lire le reste du blog !). Mais souvent ce que sa mémoire lui a appris, ce qu’il est capable de rapporter. Si le patient sait qu’il dort mieux avec un Lexo qu’un Xanax, si le patient sait que le kiné lui fait plus de bien qu’un Lexo, si le patient sait qu’il fait mieux caca avec un Movicol qu’un Forlax…
Mais alors pourquoi cette phrase qu’on entend si souvent dans la bouche du Docteur :
“Moi je préfère le… Forlax”.
Remplacez Forlax par ce que vous voulez.

Alors ok si UN Docteur, le Forlax ça le soulage, ce n’est pas forcément la même chose pour UN patient, ni pour UN autre Docteur, ni pour UN autre patient. Ok peut-être que le Docteur a prescrit à 50 patients du Movicol et à 50 patients du Forlax, et 80 patients ont rapporté préférer le Forlax. Ok peut-être que la HAS a dit Movicol d’abord, Forlax après.

Ok ok ok.

Mais en fait je me disais que la prescription ferait peut-être moins peur si elle était un travail d’équipe. Le médecin pourrait s’éclairer de l’expérience du patient avec les médicaments, le patient pourrait s’éclairer de l’expérience du médecin et des recommandations. Le patient éclairé serait informé des effets secondaires possibles. Il resterait vigilant et responsable.

À mon amie médecin, que tu te rassures, il me semble que, dans l’écoute et l’échange, le dernier des responsables c’est celui qui, éclairé, porte le comprimé à sa bouche. Ou le lavement à son c..
N’en déplaise aux savants, du Movicol ou du Forlax, moi je suis Movicol, et ça, ça ne s’apprend pas à l’école.

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

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Je me suis enfuie de l’hôpital

Bon. C’était une belle après-midi. L’été durant lequel j’avais commencé mon blog, pour raconter un long et dur été à l’hôpital, doucement s’éloignait, ne laissant plus la place qu’à des souvenirs heureux. Presque plus que. C’est toujours mouvementé les étés.

Ce jour-là, j’allais comme une fleur – de l’été – faire une petite échographie de contrôle dans un « petit CHU de campagne » (je suis restée parisienne dans l’âme), entre deux glandouilles à la plage. Tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

A l’échographie néanmoins, le radiologue m’a assez vite trouvée suspecte. Livide. Il répétait : « Vous êtes sure que ça va ? » Et moi, m’accrochant à mes rêves, les yeux à demi-fermés, le teint blafard, la voix angélique : « Oui oui ça va ». Puis malaise avec perte de connaissance. La douleur était trop forte. Et j’ai toujours été mauvaise actrice.

Je m’étais déjà fait quelques copines dans cette petite structure de province (je suis restée parisienne dans l’âme). Le radiologue m’a envoyée voir un urgentiste, moi je suis passée voir ma copine de l’accueil d’abord.

Au diable les médecins, « quand on veut on peut », et moi je veux être en bonne santé, donc je peux, et puis c’est tout.

La copine de l’accueil n’a pas trouvé bon non plus de parlementer, et, elle aussi, a voulu que j’aille « aux urg’ ». Ça y est, je connaissais un nouveau surnom pour un truc de l’hôpital, je me perfectionnais, tout allait bien.

« Les urg’ » m’a-t-on dit sur le ton de quelqu’un qu’on sermonnerait parce qu’il aurait voulu acheter trop de Dragibus : « C’est 4h d’attente hein ». Manquait plus que le « nananère ».

Je me tourne vers la salle d’attente. Que des chaises qui font mal au dos. Je suis une adulte, j’ai appris à être docile parfois, et je me couche donc sur trois chaises alignées ; ça coupe un peu le dos. J’attends comme un animal en cage qui va passer à la casserole. Je glane discrètement des informations chuchotées par les secrétaires médicales :

« C’est qui celle qu’é allongée là ? »
« C’est une patiente du Docteur G. »
« Ouh la, le Docteur G c’est lui qui est d’astreinte justement ? »
« Ben tant mieux pour elle, mais attention il s’énerve si on le dérange pour lui dire qu’elle est là, il est très occupé cette après-midi. »

Échange de regards terrorisés entre dames de l’accueil. Le Docteur G ne doit pas toujours être un ange avec ces mesdames. J’avais déjà remarqué que sa consult’ était bien en retard, je pensais que c’était à cause des patients des urgences justement. J’avais déjà remarqué aussi que le Docteur G semblait dévoué à répondre à mille coups de téléphone pour avis pendant sa consultation. J’ai voulu continuer à croire que le Docteur G était un bon Docteur.

Néanmoins, le temps avançant, j’ai commencé à flipper, et à avoir sérieusement beaucoup plus mal. Allongée sur les trois chaises accolées qui lacéraient mon dos, on n’arrangeait pas grand chose. Aucune nouvelle du Docteur G ou d’un autre Docteur d’ailleurs. Ah, comme je regrettais mon Docteur K.

Le temps long continuait d’avancer, non pas tant bien que mal, mais plutôt mal que bien, et je n’avais encore vu personne. Je n’avais même pas encore le petit bracelet blanc autour du poignet avec mon numéro de robot malade. J’étais encore « une humaine » avec un libre arbitre. J’ai entendu des gens s’impatienter dans la salle d’attente auprès d’une gentille dame de l’accueil. Finalement, le scanner était en panne.

D’expérience je vous le dis, si scanner marche pas, IRM y a pas. C’est La Fontaine version moi.

Donc voilà, j’attendais seule avec ma conscience et ma douleur, mais j’étais encore une être humaine. Le médecin qui m’avait déjà vu quelques fois était là. Mais finalement il me faisait peur parce qu’il faisait peur aux gentilles dames.

Avant même d’avoir parlé avec qui que ce soit, il n’y avait plus de confiance dans cette structure-là.

Pour la première fois, je me suis enfuie de l’hôpital.

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L’anniversaire du blog

Bon. Le blog a soufflé sa première bougie en ce paroxysme de l’été. L’année durant, je me demandais ce que je ferais pour ce premier anniversaire. J’ai voulu vous parler de mon article préféré, « Le Prince aux petits pois ». Il fait partie de la catégorie « En hospitalisation » et c’est la catégorie d’articles qui attire le plus de lectures. C’est super, mais pourtant, la catégorie la plus importante il me semble, c’est « Dans la vraie vie », puisqu’en cumulé c’est dans sa vraie vie qu’un malade passe le plus de temps. Mais je me suis dit qu’il y avait peut-être là une idée à creuser. L’hôpital ça fascine, parce que c’est le lieu de plein de sentiments. On en reparlera un jour.

Puis, pour l’anniversaire j’ai pensé vous demander quel était votre article préféré, comme ça sans que vous ne réfléchissiez trop. Celui qui vous a le plus marqué. Pour qu’on fasse un vote géant. J’adore que vous m’écriviez, que vous participiez, vous lire. Les commentaires pour me dire votre article préféré sont à votre disposition chers lecteurs ! En attendant, en demandant comme ça à droite à gauche à mon entourage de ma vraie vie, on m’a beaucoup dit que le meilleur était « Les gougères médicales ». C’est tant mieux, parce qu’il est drôle, et qu’on préfère s’amuser n’est-ce-pas ; et celui-là fait partie de la « vraie vie ».

Enfin j’ai pensé vous offrir une sorte de top ten des articles les plus lus, en gardant à l’esprit que les articles les plus lus ne sont pas forcément vos préférés. Cependant il y a eu le changement de plateforme du blog grâce au super Docteur François, décrit dans « Un nouveau corps ». Le trafic a été multiplié par 10 voire plus, et donc désolée mais ça fausse le classement. Eh oui. Avant un blog malade, maintenant un blog en pleine forme, on ne va pas faire boxer les deux blogs dans la même catégorie. C’est comme dans la vraie vie. Y a les malades, et les « en bonne santé », pour faire grossier.

Alors finalement, pour vous offrir un cadeau d’anniversaire digne de ce nom, j’ai choisi de vous parler d’un petit truc que je gardais sous le coude depuis quelques temps.

Il y a une petite équipe à l’Hôtel-Dieu. L’Hôtel-Dieu n’a plus vraiment autant de médecins qu’avant. Par exemple avant, on y allait volontiers pour rencontrer de jeunes beaux gosses ophtalmo aux prestigieuses « Urgences Ophtalmo ». Il y avait des consultations spécialisées dans le rare syndrome d’Ehlers-Danlos. Maintenant les syndromés errent sans os. Bon je me disperse.

Donc il y a à l’Hôtel-Dieu, cette petite équipe d’irréductibles gaulois épidémiologistes. C’est quoi un épidémiologiste ? Je ne l’ai pas mis dans l’article « Bien choisir sa spécialité médicale », parce que je ne savais pas trop précisément. Eh bien vous savez quoi, il faut aller regarder ce qu’ils font pour comprendre leur définition. Je ne trouve pas meilleure explication. Mais je vous résume en quelques mots qui n’engagent que moi :

Ces médecins aiment les malades.
Ils veulent les aider, concrètement.

Concrètement, ces épidémiologistes de l’Hôtel-Dieu ont mis en place une plateforme en ligne, qui ressemble un peu à NutriNet Santé, pour ceux qui connaissent. Et à l’Hôtel-Dieu ils espèrent que leur plateforme va devenir aussi grosse que NutriNet. Voire plus grosse puisque eux ne se préoccupent pas de « bien manger pas grossir » comme NutriNet. Ça va je rigole. A l’Hôtel-Dieu ils sont même très gourmands, et veulent beaucoup plus de patients que maintenant. Pour aider plus de monde, concrètement.

On imagine souvent le Grand Chercheur type l’épidémiologiste comme un petit gars excité par les patients pour son propre plaisir personnel. Les épidémiologistes de l’Hôtel-Dieu dont je vous parle, et leur équipe qui les soutient derrière pour la plateforme, ce ne sont pas de vieux chercheurs voutés aux cheveux blancs qui se caressent la barbe toute la journée laissant échapper quelques « hum moui moui » quand les patients sont excitants.

Ils veulent agir.

Par exemple, leur étude sur comment améliorer le quotidien des patients, leur « vraie vie », qui a été menée uniquement à partir d’idées recueillies auprès des patients, a vocation à être publiée, très bientôt genre dans quelques mois, in English please : les idées gauloises seront proposées au monde entier.

Ces Grands Chercheurs donnent de la valeur à « nos idées ». « Nos idées » ce sont « les idées des patients ». C’est pour ça que leur projet s’appelle : « Nous Patients ».

Et on est nombreux à être un patient à un moment de sa vie, et on est nombreux à connaître des gens plus ou moins patients. Eh oui, que celui qui n’est jamais allé chez le médecin me jette la première pierre. Bon évidemment il est difficile d’arriver à la cheville de mon CV médical (ça va je rigole les gars, c’est les vacances), mais même un petit asthmatique « hum moui moui », son avis compte. Donc allez-y voir leur site internet en masse, depuis votre transat vue mer, ou depuis votre terrasse vue montagne, ou depuis votre lit médicalisé vue mur d’hôpital… chacun son ghetto. Si ça ne vous concerne pas directement, ça peut concerner des gens autour de vous, et surtout, in fine, les aider.

A propos du mot « patient », « patient », « patient », « on entend trop patient » (poke @Coralie Bouillot héhé), « assez de maladie », « assez de patients », « on est plutôt des impatients telle Delphine Blanchard », je discutais l’autre jour avec Aude Nyadanu. Aude c’est une fille géniale qu’on est content d’avoir avec nous sur Terre. Pareil je vous laisse aller voir par vous-même son projet intitulé Lowpital pour comprendre pourquoi je trouve que cette fille est un Dieu même si ses quartiers ne sont pas (encore ?) à l’Hôtel-Dieu. Donc Aude me disait, par une belle soirée d’été, où l’on ne parlait pas du tout d’épidémio, « d’accord le patient », « très bien le patient », « mais qu’est-ce qu’on fait du citoyen ? »

Et c’était très juste. Notamment pour ce dont on parle ici, parce que, lecteurs malades, peut-être malades chroniques, vous êtes déjà patients. Donc le beau projet « Nous patients » de l’Hôtel-Dieu, c’est clairement pour vous. Mais lecteurs pas malades, vous êtes lecteurs citoyens. Il y a des citoyens malades partout cachés dans la ville. Comme des pokemons. Des petits malades et des grands malades. Vous pouvez les aider. Donc « Nous patients » c’est carrément pour « Vous citoyens ».

« Maladie », « patients », « médecins », « recherche », ce ne sont pas des gros mots tout ça. C’est l’affaire de tous.

Je me souviens aussi d’avoir eu la chance de discuter avec Delphine Blanchard, la fameuse bloggeuse « patiente impatiente ». « Hum moui moui » j’en ai fait des mondanités cette année grâce au blog. Et j’ai retenu qu’en entreprenant son blog elle pensait, entre autres, « changer des choses ». De mon point de vue, elle l’a fait. Mais il y a encore du pain sur la planche. Ce pain, ça peut être « Nous patients ».

On terminera l’étalage des mondanités de cette année par les mots rapportés de mon ami Antoine ; parce que sinon ça va faire tartine de mondanités, et on aurait plutôt envie d’une tartine de tapenade bien fraîche accompagnée un verre de rosé là. Mon ami Antoine est psychiatre et optimiste, et il m’avait dit un jour « Tu sais Manon, le monde va s’améliorer. Dans des dizaines, des centaines, des milliers d’années, tout sera meilleur parce que chaque petite amélioration que les humains auront cherché à faire aura fonctionné ».

Ne vous ruez pas sur les commentaires pour insulter la naïveté d’Antoine. J’ai dit que Antoine était un optimiste. Et c’est un psychiatre. Excusons-le. Mais c’est bien, l’optimisme, aussi. C’est le thème de la couverture du hors-série juillet-août de Psychologies Magazine, que vous avez peut-être décidé de lire cet l’été, pour penser les bonnes résolutions de la prochaine rentrée.

Faire partie ou faire parler de « Nous patients », ça peut être une bonne résolution optimiste. Tout comme aller stalker toutes les merveilleuses personnes citées dans cet article et que j’ai rencontrées cette année.

Plus largement, toutes les rencontres virtuelles ou réelles permises par le blog, même si non citées ici, ont été merveilleuses. C’est vous lecteurs, qui m’avez impulsée et propulsée.

Je ne sais pas encore si « l’écriture est thérapeutique », comme on me martèle souvent. Mais je suis convaincue que la bienveillance citoyenne, c’est thérapeutique. Je m’arrête là sinon on va croire que je commence une secte ; je n’ose même plus prononcer le mot « communauté ». Désolée Razak.

Merci à tous les lecteurs pour cette année de blog que je n’aurais su aussi belle.

 

PS : Je remets le lien vers le site de « Nous patients » ici. Je précise n’ai été ni mandatée ni rémunérée pour écrire cet article hein ! Même pas par Psychologies Magazine.

PPS : Pour aller se rincer l’œil en matant de jeunes beaux gosses ophtalmo, c’est toujours possible à l’Hôpital Cochin, les Urgences Ophtalmo ayant été déplacées là-bas. On me dit dans l’oreillette que les beaux gosses s’ennuient au mois d’août, c’est le calme plat en terme de malades. Voilà, c’est mon petit plan pour ceux à qui Paris Plage ne suffit plus.

PPPS : pour les syndromes d’Ehlers-Danlos, si vous voulez on en reparlera.

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Mauvaise pioche.

Bon. Par une belle après-midi d’été, j’entrepris d’aller au supermarché. Le supermarché, La Poste, la pharmacie, ce sont autant de lieux où l’on peut se trouver à faire de longues queues. De longues queues qui font mal partout. Alors je choisis par des calculs méticuleux les périodes les plus propices pour tomber uniquement sur des petites queues. Je ne sors pas à l’heure de pointe. Je vis à contre-courant.

Ce jour-là, pas de chance. La maladie m’avait clouée au lit jusqu’à l’heure du tout-venant. Alors j’étais sortie, en serrant bien fort les dents. Je ferai les longues queues. Point.

Dans la longue queue, c’est premier arrivé, premier servi ; chacun sa place par ordre chronologique. Personne n’aime ceux qui passent devant tout le monde. Avec « carte » ou « sans carte ». Quelle « carte » en fait ? Il se trouve que j’ai « la fameuse carte de priorité ». Mais je n’ai jamais su l’utiliser. Une fois à l’aéroport je l’ai montrée et on m’a dit « non Madame » et j’ai fait la queue assise par terre (oui oui). Une autre fois je n’ai pas montré la carte mais j’ai demandé poliment et on m’a aidée. Donc, comment on utilise la carte, en fait ?

J’ai appris aujourd’hui.

Longue queue au supermarché donc. Type dix personnes. Des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des grands, des petits, des airs gentils, des airs méchants. J’ai ma place dans la queue comme les autres. En quelques secondes la douleur monte. Je piétine, je trépigne, je me penche, je m’étire. Je dois passer pour une jeune femme fringante pimpante impatiente.

Pendant ces longues secondes, minutes, un Monsieur s’installe à mes côtés dans la queue. Il m’a choisie, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je suis belle comme une jeune, gentille comme une femme ? Parce que je sens la fleur d’oranger ? Il pue. Je m’en fous. Les mauvaises odeurs ne me dérangent pas, je suis chimiste ; j’ai l’habitude, voire, j’aime ça. Néanmoins je reste concentrée, je maintiens ma place, j’ai mal. Le Monsieur qui pue reste à côté de moi un temps. Un peu long.

Le Monsieur finit par me parler ; c’est plus sympa. Eh oui, même si j’ai mal, je reste sympa. En fait, il ne me parle pas vraiment, il me plante sous le nez sa « fameuse carte de priorité » pour handicapé. Et il me demande : « Vous êtes d’accord ? »

Là c’est le comble. Je suis jalouse du Monsieur qui pue. Ben oui. Il est en train de gagner.

Il me demande si je suis d’accord, d’accord pour quoi en fait ? Pour qu’il soit malade ? Non. Pour que la maladie existe ? Non. Pour que je sois malade ? Non. Pour qu’il ait une carte plus récente que la mienne ? Non. Pour qu’il pue ? Non. Pour que la MDPH lui accorde davantage de droits à lui qu’à moi parce qu’il pue ? Non. Pour qu’il me passe devant ? Non.

Je suis sympa quand même. Je laisse le Monsieur passer devant, évidemment. Je lui dis que moi aussi j’ai une carte. On compare nos cartes comme deux couillons. Il est à peine gêné de voir ma carte et ne se dégonfle pas. Il me fait l’inventaire de ses problèmes de santé. Je m’en fous. Je ne suis pas son médecin. C’est humiliant pour lui, pour moi. Je l’écoute quand même. Je suis sympa quand même.

Il repart devant, fringant et impatient pas pimpant. Il me dit quand même au revoir. Je me demande à quoi sert toute cette mascarade des cartes. J’ai l’impression d’avoir perdu bêtement à un pierre-feuille-ciseaux.

Je me demande où est passée l’empathie pour l’autre.

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Bien choisir sa spécialité médicale

Bon. C’est la période des ECN, les Épreuves Classantes Nationales, le concours que passent les « externes » en médecine, étudiants en 6ème année. Les externes, ce sont ceux qui, en hospitalisation, ont le temps de dire « Bonjour » en souriant au patient. Non j’exagère.

Il y a plusieurs blogs d’externes de super qualité qui vous feront comprendre qu’un externe ne sait pas que dire « Bonjour » et faire des sourires, loin de là. Donc pendant les fameuses ECN, les externes passent une série d’épreuves à échelle nationale, à l’issue desquelles, ils choisissent, en fonction de leur classement, leur spécialité. Oui, on ne choisit pas en fonction de sa vocation ni de ses performances dans la spécialité convoitée, mais en fonction de sa performance sur un marathon de questions exhaustives. Les non-marathoniens n’auront qu’à choisir médecine du travail. Non j’exagère.

Je vous propose ici une petite série de clichés véhiculés sur les spécialités médicales, accumulés lors de mon humble expérience de patiente. Bonne lecture !

Le cardiologue :

On commence toujours par le cardiologue.
Il a toujours été le premier de la classe.
Il ne s’intéresse qu’aux choses essentielles de la vie, qui sont belles et ne sentent pas mauvais.
Il est respecté de tous les Chers Confrères parce que le cœur est l’organe décisif.
Il a souvent un cœur.

Le pneumologue :

Il a toujours voulu être cardiologue mais il n’était pas le premier de la classe.
Il fait des étourderies parfois, alors ça l’arrange bien s’il y a deux poumons plutôt qu’un.

L’endocrinologue :

Le diabète, c’est à la mode.
Les hormones c’est super compliqué, tellement compliqué que même les patients experts ne contredisent pas le médecin, en endocrinologie.

Le psychiatre :

C’est un « littéraire », parce que tout le monde sait bien que le monde se divise en les scientifiques d’un côté, et les littéraires de l’autre.
Il a été capable de faire toutes les années d’études jusqu’à l’ECN sans se faire prescrire un seul Xanax ou Stilnox. Il garde son calme en toute circonstance, et est un professionnel de la mindfulness.
Il n’est pas bien classé à l’ECN de toute façon.

Le généraliste :

Il aime les gens.
Il se sent capable d’être toute sa vie un médecin « non spécialiste » = un inférieur.
Il aime les gens.
Il n’est pas forcément le premier de la classe.
Il aime les gens.
Il n’a pas peur des défis de la vie, aussi variés soient-ils.
Il aime les gens.
Il sait environ tout et environ rien, presque comme son Cher Confrère de la Médecine Interne sauf que le généraliste devra toujours baiser les pieds de l’interniste pour soigner ses grosses chevilles gonflées (le fameux « bisou magique »).

Le pédiatre :

Comme le généraliste, mais il est dur d’oreille, dans tous les sens du terme. Il faut bien savoir se protéger (les pleurs, notamment).

L’anatomopathologiste :

L’anapath’ a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Il est pour les 35 heures, largement.
Il n’en peut plus de la hiérarchie entre Chers Confrères.
Il n’a pas peur des morts, au contraire, il les aime.
Il aime le silence.

Le biologiste :

Alors oui les biologistes, ça existe. Dans les laboratoires d’analyses médicales.
Le biologiste a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Il a hésité avec anapath’ mais il n’aime pas trop les cadavres.
Il aime jouer avec le caca qui change de couleur selon la petite bactérie qui est dedans.

Le radiologue :

Le radiologue a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Pendant le stage de radiologie, il s’est pris à dire, à l’échographie : « Pour les besoins de l’examen, taisez-vous s’il-vous-plaît. »
Il sent qu’il a le swag quand il est le seul capable de voir des vraies choses sur des images informes noir/blanc/gris.
Il ouvre les yeux de ses Chers Confrères cliniciens complètement perdus ou de ses Chers Confrères chirurgiens tout excités de savoir quoi triturer.
Il a de gros projets personnels à financer.
Enfin, il est bien classé à l’ECN.

Médecine nucléaire :

On apparentera le médecin nucléaire au radiologue. Sauf que comme il y a le mot « nucléaire », on a peur et on sait que c’est une spécialité vouée à disparaître, à terme. Vraiment très long terme.

Le gastroentérologue :

Il aime les bites et les culs sur les fresques de la fac. D’ailleurs il n’aime pas qu’on critique les fresques.
Il fait semblant d’avoir lu « Le charme discret de l’intestin » et veut être le nouveau héros (après le neurologue, puisque l’intestin c’est le 2ème cerveau. Mais bien sûr, en restant derrière le cardiologue).
Il se fait rincer un max de repas par la Big Pharma parce qu’il prescrit des biothérapies à des doses hors-AMM en détournant les molécules destinées initialement aux rhumatologues mais qui sont des chochottes sans couilles (celles dessinées sur les murs) qui respectent les AMM.
Personne ne va sur transparence.sante.gouv de toute façon.
Attention, femmes, s’abstenir. Ou bien avoir des couilles (comme celles dessinées…).

L’urologue :

Aime aussi les bites et les culs dessinés… et en vrai.
Il préfère les patients hommes parce que c’est moins chochotte que les patients femmes.
Il aime chirurgier et triturer, découper et recoudre, alors que son Cher Confrère de la gastro au mieux ne met que des tuyaux dans les trous.
Attention, femmes, s’abstenir. Ou bien avoir des couilles (comme celles dessinées…).

Le rhumatologue :

On l’a déjà dit plus haut, le rhumatologue est plutôt une chochotte. D’ailleurs il ne chirurgie pas.
Il préfère les petits vieux aux enfants. Les deux se ressemblent mais les petits vieux font moins de bruit.
Il est le seul humain de la société fasciné par la sagesse des petits vieux.
D’ailleurs il n’aime pas trop les couilles et les bites des fresques mais il n’ose pas le dire pour ne pas faire anti-confraternel.

Le réadaptateur (MPR)

Il pensait faire rhumato parce qu’il aimait l’anatomie. Finalement il s’est rendu compte que les petits vieux c’était ennuyeux.
Il veut que des Grands Sportifs lui envoient des « merci » dactylographiés sur des maillots et des médailles d’or qui sont exposés dans le cab’ (inet).
Attention parfois il y a quand même des petits vieux qui consultent.

L’orthopédiste et tous les autres chirurgiens :

Il faut bien faire le boulot que les chochottes de rhumatos, réadaptateurs, gastros, etc. ne veulent pas faire.
Le chir’ a toujours été fasciné par le job des plombiers et des mécanos mais ses parents l’ont obligé à faire médecine.
Il ne comprend pas bien les règles de la vie en société. D’ailleurs il ne comprend pas pourquoi il y a une société.

L’ophtalmo :

C’est un jeune homme beau gosse. Soignant la vue, il soigne aussi son apparence. Que celui qui a déjà repéré un ophtalmo crado me jette la première pierre.
Il a bonne haleine, et la mauvaise des patients ne le dérange pas.
(cf. l’examen à visages très très rapprochés, pour les lecteurs non-connaisseurs).
Il connaît son alphabet sur le bout des doigts et met toutes les 10 minutes les autres gens au défi de le connaître aussi. C’est ça la médecine aussi.

Le gynécologue :

Il est un peu comme les confrères de la gastro et de l’uro, le pipi caca ne le dérangent pas.
Il supporte les patientes femmes contrairement aux confrères de l’uro.
Il sait détendre les patients, d’autant plus quand ils sont gênés, sans forcément leur montrer des fresques de chattes et de bites.

Génétique médicale :

Un coup à finir le nez dans les boîtes de Pétri dans un labo de l’INSERM, ce n’est pas du tout le même salaire que prévu, et surtout, les collègues chercheurs sont tout sauf confraternels. A fuir.

L’anesthésiste :

Il aime bien les patients mais il préfère quand ils dorment.
Les corps vivants inanimés ne lui font pas peur.
Il est un être social et sait comment faire pour passer des journées interminables en compagnie de chirurgiens (cf. le passage sur les chirurgiens).
Il endort et ressuscite quand il veut, sans pour autant se prendre pour Dieu.

L’hématologue :

Il est le seul à croire qu’en fait l’organe noble c’est le sang, même si ce n’est pas vraiment un organe.
Il rêve qu’un jour dans cette grande médecine occidentale d’organe, le sang ait un jour enfin la place qu’il mérite. Le sang c’est le liant.

Santé publique :

Le santé publiste a de l’ambition.
Il trouve qu’il y a beaucoup de patients aux urgences mais il veut voir encore plus grand.
En fait, il veut soigner des humains avec des chiffres.
Éventuellement il a des prétentions ministérielles.

L’ORL :

L’ORL a toujours soutenu que le rhume était une vraie maladie, voire même un vrai problème de santé publique.
Il prescrit du sérum physiologique à tour de bras et avec ça il a les mains bien plus propres que les Chers Confrères de gastro qui outrepassent les AMM.
Il aime à la fois voir les patients en consult’, à la fois les triturer pour soigner leur cancer. Oui parce qu’il n’y a pas que les rhumes quand même.

L’oncologue :

Le cancer c’est la maladie qui à elle seule arrive à être une spécialité.
Le cancer nous a environ tous touchés, de près ou de loin.
L’oncologue a toujours vu la médecine comme une branche dérivée de l’armée.

Le dermatologue :

Le dermato s’ennuie.
Il s’occupe de bronzage et de grains de beauté. On dit quand même aussi que les trucs les plus crados se voient chez le dermato.
Âmes sensibles s’abstenir.
C’est finalement assez proche de l’ophtalmo.

Le neurologue :

Le neurologue aime les trucs bizarres.
Chaque fois qu’un patient sera bizarre, à une étape de son parcours de soin, on lui demandera forcément : « Vous avez un neurologue ? ». C’est une sorte de poubelle.
Ce n’est plus ce que c’était, être neurologue. Depuis que les gens ont décrété que le 2ème cerveau c’était l’intestin, et que donc le gastro est en train de supplanter le neuro.
La roue tourne.

La médecine interne :

L’interniste a toujours été premier de la classe.
Et un peu grincheux, pour ne pas dire un vieux grincheux.
Il a hésité entre interniste, cardiologue, et l’Ecole Polytechnique, et ce « depuis le berceau ».
Il a regardé tous les épisodes de Docteur House et il pense que c’est ça, un bon médecin.
Il est mauvais joueur parce qu’il n’aime pas avoir tort.
Il rédige plein de lettres pour envoyer les patients aux autre spécialistes pour avis, parce qu’il faut occuper les malades qui ne travaillent pas parce qu’il sont soit disant trop fatigués.
Mais au fond il méprise tous les autres spécialistes, et s’il n’avait pas obtenu médecine interne, il serait devenu chercheur ; il y a des passerelles.

Le médecin du travail :

Il est un des seuls à avoir compris que le burn out était dévastateur.
Lui-même a eu du mal à supporter les études de médecine.
Il veut faire de la prévention parce qu’il y en a trop peu.
Il veut prescrire des chaises ergonomiques et connaître par cœur toutes les références de chez Bruneau parce que c’est moins risqué que les molécules du Vidal.
Il avait de la fièvre pendant les ECN.

Voilà ! Il manque quelques spécialités… je n’ai pas encore tout testé…
A compléter !
Les commentaires sont ouverts ! ☺
Et bon courage à tous les étudiants en médecine ❤

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

PPS : pour les blogs d’externes, par exemple, https://lexterne.wordpress.com/ ou https://littherapeute.wordpress.com/

PPPS : pour le néphrologue, désolée, je n’ai pas assez d’expérience ! En attendant, le blog de Delphine vous en dira davantage.

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Ma voisine la coquine

Bon. C’est l’histoire de Sophie. Ce ne sont pas les malheurs de Sophie mais presque. Sophie c’est ma voisine.

A tous les malades qui me lisent, chroniques ou pas : soyez amis avec vos voisins. Enfin essayez. Ce n’est pas toujours facile. C’est vrai que moi avec Sophie j’ai eu le coup de foudre. Et ça a été réciproque.

C’est très pratique parce que la distance à parcourir pour aller voir ses amis est ainsi très courte. Cela évite plein de problèmes d’organisation, de fatigue dans les transports, de marche, etc… Et quand la maladie isole à la maison, un voisin stylé, c’est mieux que Madame Michu qui est toujours fâchée.

Sophie a assez vite vu que je trainais souvent à la maison, et après lui avoir fait croire que je travaillais à la maison, j’ai fini par lui avouer que j’étais à la maison parce que j’étais malade.

Alors attention parce qu’à partir du moment où vous faites votre coming out de malade, vous avez automatiquement droit à tous les problèmes de maladie de votre entourage. Eh oui, c’est un package. Les gens sont gentils en fait. Ils croient que vous êtes tellement malades que forcément vous aimez ça, pas d’autre explication. Du coup, au moindre problème de santé chez les autres, vous savez tout. C’est comme ça que je connais les problèmes urodynamiques ou gastroentériques de peut-être autant de gens qu’un Grand Docteur.

Suivant cette règle, Sophie, elle me parle souvent de maladie. Mais il se trouve que Sophie aussi elle est malade. Alors elle croit que j’aime la maladie… et je crois qu’elle aime la maladie… bref on parle souvent de pipi.

Par cette belle après-midi de printemps, Sophie me racontait son dernier rendez-vous de contrôle chez un dermatologue qu’elle voyait pour la première fois. Je ne sais pas si ce détail à son importance.

Avec la maladie de Sophie, le rôle du dermatologue c’est d’inspecter toute la peau de son corps. Vous savez, les dermatologues pour examiner la peau mettent souvent un grand casque sur la tête, avec des loupes de partout, et on dirait qu’ils sont propulsés directement dans l’espace, ou sur une autre planète. Avec éventuellement d’autres règles que sur la planète Terre. Sophie et moi, on a bien les pieds sur Terre, nous.

Donc le dermatologue révisait Sophie de long en large. Elle était en culotte. Elle n’est pas pudique, Sophie. Elle ne parle pas que de pipi, Sophie. Elle parle aussi de sodomie, Sophie. Oups pardon, on est sur un blog sérieux là, lu par des Docteurs sérieux.

Mais parlons des fesses justement. Sophie me racontait que, arrivé à devoir inspecter les fesses, le dermatologue a soudain baissé sa culotte, sans même la prévenir. Sophie m’a dit : « De tous les hommes qui m’ont baissé la culotte, et Dieu sait qu’il y en a eu, c’est de loin celui qui m’a le plus choquée. »

Eh oui parce qu’elle est culottée la Sophie, mais ce dermatologue aussi.
Elle a pris une bien belle déculottée la Sophie, et lui, en mériterait bien une belle aussi.

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

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Le jeu de l’anest’

Bon. J’avais rendez-vous avec l’anesthésiste. « L’anest’ » pour les intimes. On pourrait entendre « l’ânesse » mais il faut bien dire le « t » pour ne pas confondre le médecin avec un âne. Normal.

Alors la consultation d’anest’, c’est assez détente en général. L’anest est d’expérience un spécialiste plutôt zen, peut-être parce qu’il est en contact direct et régulier avec des molécules très zénifiantes. C’est une consultation qu’on fait obligatoirement quelques jours avant de se faire opérer ou au moins endormir. Le patient dit son âge, sa taille, son poids, le nombre d’anesthésies par le passé. C’est l’occasion de passer en revue tous les antécédents, les allergies, l’éventuelle maladie chronique. S’il y en a plusieurs on dira, les comorbidités, ça fait plus médical. Et puis il y a « mor » dedans donc ça sonne comme « mort » donc ça fait tout de suite plus sérieux.

C’est là que l’anesthésiste est tout content. Plus votre dossier est gros, moins il va s’ennuyer. Oui parce que prévoir du propofol pour une fibroscopie d’un homme de 40 ans pas d’antécédents pas d’allergies qui a mal à l’estomac depuis 3 mois, c’est quand même ennuyeux non ?

Alors je déroulais mon CV médical à cette anesthésiste très sympa pendant cette consultation. Quand elle était venue me chercher dans la salle d’attente elle avait reconnu une dame avec qui elle avait sympathisé la veille au semi-marathon de la ville. Le monde est petit. L’anest’ aimait la compét. Elle faisait des « Oh » et des « Ah » devant mon CV médical. Je l’impressionnais avec mes petites notes sur lesquelles j’avais répertorié mes onze anesthésies générales en l’espace de dix ans. Le courant passait bien entre nous, même si on n’avait pas couru de semi-marathon ensemble.

Elle a fini par se confier  « Vous savez, je suis très contente avec votre dossier ? »
Et moi : « Ah bon ?».
Et elle « Oui oui, parce que bon, je ne devrais pas vous le dire mais je vous le dis quand même : on joue régulièrement entre collègues. A celui qui ramène le dossier le plus spectaculaire. Et avec vous, je suis sure de gagner ! A 30 ans, vous avez le dossier médical d’une personne de 75 ans ! »

Voilà, tout était dit. J’ai vraiment bien aimé cette anesthésiste. C’est la consultation d’anest’ dont je me souviens le mieux. Elle avait gagné son concours de Chers Confrères, et elle avait gagné sa place dans ma mémoire.

Une partie de moi à bien ri et est sacrément fière d’avoir fait gagner mon anesthésiste stylée. Une autre partie de moi a mémorisé « le dossier médical d’une personne de 75 ans ».
Pas besoin de petites notes pour retenir ça.

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L’homme qui n’avait pas de ticket

Bon. J’étais dans le tramway. Pour une fois je n’allais ni ne revenais de l’hôpital. J’étais dans la « vraie vie ».

Des messieurs grands et forts qui vérifient que tout le monde a bien payé son droit à voyager rentrent dans le tramway. Ce sont des « contrôleurs ».

Pas facile les métiers de « contrôleur ». Aucun métier n’est facile.

Ça va assez vite dans ce contrôle aujourd’hui. Tout le monde montre sagement son ticket ou son pass, les contrôleurs s’apprêtent à sortir en lançant « bonne journée messieurs dames » ; c’est classe.

Alors que je me demande intérieurement s’il faut répondre « bonne journée », un des contrôleurs se retourne et pointe un Monsieur âgé avachi pas que par l’âge :

« C’est bon pour le Monsieur les gars ? »

Regards de contrôleurs qui se questionnent. Finalement aucun contrôleur grand et fort n’avait contrôlé le pauvre Monsieur avachi. Alors l’équipe reprend possession du tramway, et encercle l’avachi : « Votre ticket Monsieur ».

Vous vous en doutez un peu, de la suite. Je vous la fait courte.

Le Monsieur « se réveille », et même se lève debout, bien que titubant. Sort de ses poches trouées tout un tas de tickets, de tramway ou pas, validés ou pas. Il s’affole parce qu’il ne comprend pas vraiment que soudain on l’entoure alors que d’habitude les êtres humains l’ignorent. Progressivement en lui c’est la panique. Il insulte puis il s’excuse, puis il s’insulte puis il s’excuse, fouille ses poches, insulte, ramasse le bazar de ses poches, insulte, re-fouille ses poches…

Quel triste spectacle. Pas besoin d’être un Grand Professeur ni d’avoir fait mille ans d’études pour diagnostiquer chez ce Monsieur un problème de santé évident. En apparence au moins d’ordre psychiatrique, mais derrière les apparences, peut-être pas seulement psychiatrique (un truc « somatique » comme disent les psys). Toute maladie ne se voit pas.

Dans sa détresse, le Monsieur n’arrêtait pas de répéter, semi-hurlant, semi-souffrant « j’ai pas mon ticket bah ouais » « bah ouais j’ai pas mon ticket » « bah quoi bah ouais j’ai pas mon ticket » « bah ouais » « bah ouais ». Tellement de « bah ouais » que ça m’a fait penser au tube de l’été 2017 de Aya Nakamura. Quel décalage.

Une gentille dame a proposé de donner un ticket au pauvre Monsieur, et qu’on le valide pour qu’on n’en parle plus. Les contrôleurs grands et forts ont dit à la gentille dame de ne pas être trop gentille. Ils ont appelé la police. « Bah ouais », quand il n’y a plus de solution, c’est comme ça, c’est la police. Le pauvre Monsieur a assez vite compris que les téléphones appelaient la police. Ça l’a davantage affolé alors il a multiplié ses vains : « J’ai pas de ticket bah ouais ».

Le tramway continuait son chemin. Bah ouais, la vie continue, toujours. On a fini par s’arrêter à l’arrêt de tramway du Monsieur. Il a aligné, dans un effort inhumain : « J’habite ici, j’ai besoin de dormir, c’est juste là, je peux pas descendre s’il-vous-plaît ? ».

Personne n’est descendu. On le répète comme il le répétait, le pauvre Monsieur n’avait pas de ticket.
Il souffrait, beaucoup, il avait besoin de repos, beaucoup.

Je me suis dit que cet homme en fait,
ce n’est pas que pour le tramway qu’il n’avait pas de ticket,
c’est pour la vraie vie « bah ouais ».

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Le bye du Docteur

Bon. Certains lecteurs malins ont eu le diagnostic fin, en ce moment, j’ai du mal à écrire. Une nouvelle maladie pour mon CV médical ? Non bien sûr. Enfin croisons les doigts pour que non ! Bref comme j’ai du mal à écrire, je lis ce qu’écrivent les autres. Bonne idée, ne trouvez-vous pas ?

Et donc j’ai eu envie de relire cette lettre que j’avais reçue il y a 3 ans, moi et d’autres patients, d’une médecin sans pareille. J’ai l’impression que cette lettre c’était y a 10 ans tellement ça me manque les médecins comme ça.

Alors voilà, à l’heure où l’on se pose plein de question sur la relation médecin/patient, sur les « rôles » de chacun, je transcris la lettre ici, sans davantage de commentaires, excepté celui du silence forcé par mon profond respect.

« Mes Dames,
Cette fois c’est la bonne ! Je vous quitte cet été pour partir vivre, et j’espère travailler, à *** avec ma famille.
J’arrête mes consultations au *** le ***, vous pouvez continuer à être suivie là-bas par ma collègue, et amie, le docteur *** qui travaille dans le même état d’esprit que moi et en qui j’ai toute confiance.
Je profite de ce mail pour vous dire au revoir, si je n’ai pas la chance de vous voir avant de partir. Je pars avec beaucoup d’enthousiasme pour ce nouveau projet mais aussi le cœur lourd de vous quitter.
Ces presque 10 années d’exercice, ont fait partie intégrante de ma vie, elles m’ont construites au même titre que ma vie personnelle.
Vous m’avez fait confiance, vous m’avez confié vos doutes, vos angoisses et vos difficultés. J’ai suivi vos joies, vos réussites et vos victoires.
Vous m’avez confrontée à mes propres interrogations. Grâce à vous j’ai réfléchi sur ma façon de travailler, vous m’avez façonnée et vous m’avez rendue meilleure médecin, du moins j’espère !
J’ai été impressionnée par votre force, par cette capacité que vous avez eu à trouver en vous la force d’affronter des situations parfois très difficiles.
Vous avez été mes Héroïnes de la vie ordinaire, mes nanas, comme celles de Niki de Saint Phalle.
Merci pour tout ce que vous m’avez offert, je pars avec tout cela dans mon cœur.
Docteur *** *** »

Silence

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

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