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Hélène

Elle s’appelait Hélène. Chez Hélène on mangeait toujours des légumes surgelés. Et il y avait toujours plein de bons petits gâteaux. Hélène a eu un cancer du sein. Elle venait d’avoir quarante ans. Moi j’étais ado. Je traînais tous les jours chez Hélène parce que sa fille était comme ma sœur. Il y a eu la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie. Ça c’est ce qu’on sait tous. Il y a eu aussi les perruques, les nausées, l’affaissement, l’asservissement au monde médical. Ça c’est ce qu’on sait moins.

Le cancer était parti. C’était bien. On jouait dans le jardin. C’était l’été. Et puis un jour Hélène a eu mal aux doigts. Et puis ça a traîné. Il fallait retourner chez le Docteur. Mais Hélène préférait travailler, planifier ses prochains voyages, vivre. Et le printemps est arrivé. Elle aimait le printemps, Hélène. Alors quand il est parti, elle est partie aussi.

Longtemps je me suis dit “Hélène avait choisi de ne pas se battre une seconde fois”. Et longtemps j’ai pensé ça comme une sorte de reproche. J’étais en bonne santé, et j’aimais ses petits légumes surgelés.

Et puis il y a eu ma maladie. Ma fatigue, mes douleurs, l’affaiblissement, l’asservissement au monde médical. A ce moment là, seulement, je t’ai comprise. Hélène.

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Évidemment, vous êtes suivie à l’hôpital ?

Bon. Voilà voilà voilà, aujourd’hui petit billet récap’. Lundi matin, il est 11h30, je ne suis pas trop malade, je me suis levée de bonne heure. A 9h30. La semaine commence. Actuellement je suis blessée aux deux pieds, je suis donc majoritairement alternativement sur le lit, sur le canapé, sur la chaise. De ces trois lieux il est aisé de téléphoner, d’écrire quelques mails, de faire un peu de blog, de mettre à jour la paperasse administrative.

Allez, courage à deux mains, ce matin j’attaque la paperasse ! C’est chiant la paperasse. Mais d’un autre côté j’aime bien, parce que quand on a fini la paperasse du moment, on est toujours super content. Fier d’avoir accompli un gros truc chiant. Un peu comme un problème momentanément résolu, une maladie momentanément guérie.

Pour la paperasse, j’ai pas mal de pain sur la planche en ce moment. Je me suis fait voler mon portefeuille alors j’ai accumulé les feuilles de soin. On m’a dit de prendre des rendez-vous avec des Chers Confrères et puis j’ai jamais trop réussi. Bon allez, ce lundi matin c’est décidé, j’attaque la prise de rendez-vous. Je dois appeler 3 services, les 3 sont à L’Hôpital Public.

Service numéro 1. C’est pour faire des analyses génétiques parce que les docteurs de la douleur pensent depuis genre 5 ans que j’ai une maladie génétique. Moi j’ai un peu la flemme d’avoir une maladie génétique, je préfère que le docteur de la douleur me fasse mes petites ordos de morphine et que je rentre tranquilou bilou bloguer sur mon canapé et basta (accent corse). Bon mais voilà, on me demande régulièrement « Madame Leroux, ça y est, vous les avez faites les analyses génétiques ? » alors je m’y remets. J’avais envoyé un mail le 6 novembre 2018, parce qu’au téléphone le 12 juillet 2018, la secrétaire m’avait dit d’envoyer un mail pour demander un rendez-vous. Un mail avec entre autres la demande émanant « du médecin spécialiste de ville ». Le 15 février 2019, nouvelle année nouvelles résolutions je me dis « azi y a surement eu un souci de mail comme d’hab » et je renvoie le même mail de demande de rendez-vous. Le 12 mars et le 18 mars, truc de dingue je reçois l’accusé de lecture de ma demande de rendez-vous. Le service doit être au MAX. Aujourd’hui allez, petite relance par email, et là, c’est le drame, réponse immédiate automatique « Échec de la remise pour ces destinataires ou groupes. 
La boîte aux lettres du destinataire est pleine et ne peut pas accepter de messages pour l’instant. Essayez de renvoyer ce message ultérieurement ou contactez directement le destinataire. » Azi je ne me laisse pas abattre je téléphone ils ont dû ouvrir une autre adresse e-mail. Je téléphone. Il y a un répondeur qui dit d’écrire au même mail. J’abandonne.

Service numéro 2. J’aurai surement plus de chance avec celui-là. C’est un peu plus important celui-là. J’y vois une Doctore ultra-méga-spécialisée 1 fois par an. En vrai ça me soule grave d’y aller parce qu’on se regarde dans le blanc des yeux, la Doctore prescrit 2-3 analyses ultra-spécialisées à faire dans l’année, les résultats sont toujours mauvais, on se regarde dans le blanc des yeux et on se dit « ah ben oui oui c’est pas bon » et à chaque fois même conclusion « on se voit dans un an, sauf si bam ». Je cale ce rendez-vous annuel mi-décembre juste avant les fêtes de fin d’année. Comme ça vous voyez, tous les trucs chiants ont lieu en même temps. Et puis par miracle au cas où la Doctore aime les fêtes, j’ai une petite chance que le rendez-vous soit plus fun. Je vous livre là un de mes plus précieux conseils de patiente (la deuxième meilleure période pour ce type de rendez-vous c’est juin, juste avant l’été et les grandes vacances). Mais en décembre dernier je me suis dit « azi ça me soule cette routine ça sert à rien j’irai plus, le bam ne se produit jamais, je suis tranquille ». Et puis voilà, il y a environ un mois, le « bam » tant redouté s’est produit. Je me suis dit « ouf » enfin de l’action. Toute fière, j’écris donc au mail qu’on m’a donné spécifiquement pour les bam, pour annoncer mon bam. Depuis un mois environ tous les deux jours j’ai réécrit. J’ai reçu tous les accusé de lecture, mais jamais aucune réponse. Je décide de demander l’avis de mon docteur spécialiste de la même spécialité mais « de ville ». Dans la journée il me rappelle. Il est trop sympa au téléphone. Il me dit qu’il ne sait pas me soigner, lui, mais que L’Hôpital Public saura. Il me dit qu’il faut continuer d’insister. J’abandonne.

Service numéro 3. Allez cette fois c’est la bonne. On est lundi matin, il faut que j’accomplisse une BA administrative. Cette fois c’est pour une petite connerie un peu à part du reste des maladies. Il y a un petit élément de mon corps qui ne fonctionne plus, et du coup il faut prendre un petit comprimé blanc de substitution tous les jours sinon au bout de 3 jours on meurt. Tous les ans on fait une prise de sang pour voir si c’est pareil et puis basta (accent corse). C’est ce que j’appelle « une maladie de confort ». Alors tous les ans je me tape une consultation avec encore une autre Doctore, ultra-spécialisée dans ce petit truc. Au début elle m’aimait bien, elle mettait dans les comptes rendus « je revois avec plaisir en consultation Madame Leroux… » Je trouvais ça pas trop adapté mais bon c’est toujours cool les gens sympa. Et puis la dernière consult’ ça a été la cata. J’allais pas bien du tout du tout. On ne le savait pas encore, mais j’avais une infection très très grave. Le symptôme c’est que je m’endormais spontanément et j’avais très mal à mon cerveau. Je m’étais quand même traînée au rendez-vous annuel chez cette Doctore a priori cool et sympa. Comme je m’endormais devant elle et que je lui disais que j’avais mal au cerveau, elle avait eu du mal à faire sa consultation annuelle habituelle. Je répondais à ses questions en luttant luttant contre la méchante infection qui me faisait mal et m’endormir…… Là vous vous dites, « ah ben quelle chance elle a eu la petite dame, comme elle était dans un Hôpital la Docteur a pu l’orienter de suite aux urgences et son infection a été guérie à temps ». Et bien pas du touuuut. Ce serait trop facile. J’ai été houspillée autant pendant la consult’ que sur le compte-rendu : je n’étais plus une patiente-plaisir mais une patiente-brouillon qui ne savait pas suivre son traitement. Et vlan. Heureusement un super docteur « de ville » m’avait ensuite tirée d’affaire sur cette infection. Et maintenant, je ne veux plus retourner voir cette Docteur d’Hôpital bizarre, il m’en faudrait un autre du même service ultra-spécialisé, mais il faudrait que je téléphone pour expliquer un peu la situation. Pour une patiente sympa comme moi 🙂 allez, millième fois que je téléphone. « Votre temps d’attente est estimé à plus de 10 minutes, merci de renouveler votre appel ». BIP BIP BIP. Ça raccroche au nez. J’abandonne.

Je me suis dit que c’était le moment d’oublier ce lundi matin bien pourri avec un petit coup de blog et j’ai dégainé ma plume. J’avais néanmoins pas envie de juste me plaindre de la chiantitude administrative. J’avais envie de remercier « la ville ». Eh oui parce que dans toutes ces petites histoires c’est toujours la même chose. Les Grands Savoirs sont à l’hôpital, et les médecins actifs sont à la ville. La cigale chante à l’hôpital, la fourmi s’active en ville.
Je me souviens, souvent, au début de ma maladie, on me demandait « ah oui quand c’est sérieux comme ça, c’est suivi à l’hôpital n’est-ce pas ? » C’était y a bien 10 ans. 10 ans que je traîne à l’hôpital, et 10 ans qu’en fait très souvent, c’est la ville qui me rattrape et « me suit » . Et l’hôpital, c’est en fait moi qui continue de tenter de le « suivre ».
MERCI à toute la ville.

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Mais puisque vous êtes jeune !

Bon. Rendez-vous chez l’assistante sociale. On n’a jamais trop parlé des assistantes sociales sur ce blog. Je ne suis jamais trop allée chez l’assistante sociale.

En fait je connais quand même un peu l’assistance sociale parce qu’au collège la Grande Conseillère d’Orientation avait dit, en faisant des grands gestes comme si elle avait une boule de cristal : « Vous, je vois, je vois, vous serez assistante sociale ! ». En fait je n’ai pas du tout fait les études pour devenir assistante sociale. Et vous, avez-vous fait les études qu’avait prédit la conseillère d’orientation du collège ? Bon, on s’égare.

Donc je ne suis pas assistante sociale, mais comme tout malade j’ai déjà eu mille problèmes de type social, c’est-à-dire de type volet-arrêt-de-travail-allocation-de-retour-à-l’emploi-licenciement-pour-inaptitude-allocation-journalière-point-d’accès-au-droit et autres trucs qui sonnent chinois. Comme tout malade j’ai passé plein de temps devant mon ordi à glander, et du coup j’ai avalé toutes les pages du site service-public.fr. Au final, je suis presque une assistante sociale.

Mais aujourd’hui je me suis dit que j’allais parler de ma situation avec une vraie assistante sociale. En général c’est super sympa les assistantes sociales. A noter que c’est un peu comme pour les infirmières, les hommes n’existent pas dans la profession, je ne sais pas trop pourquoi. Du coup on ne dit jamais « je vais chez l’assistant social ». Et sinon, par rapport aux autres professionnels de santé, elles sont souvent moins stressées par le métier, moins overbookées, donc plus zen, plus accessibles, plus disponibles, plus super sympa.

Alors aujourd’hui cette assistante sociale était effectivement super méga sympa, conformément à la normativité du métier. Moi de mon côté, je parlais je parlais, et puis tout d’un coup, boum : « Mais attendez, vous êtes jeune, ce parcours serait cohérent si vous étiez âgée, mais vous, vous êtes jeune ! »

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je n’en-peux-plus qu’on dise aux gens qu’ils sont jeunes. C’est très loin d’être une première pour moi, donc je suppose qu’il n’y a pas que moi. Allez autre exemple bien amusant : un Grand Docteur il y a longtemps « Mais attendez, vous êtes jeune, les somnifères OUI si vous étiez âgée, mais là NON vous êtes jeune ».

En fait quoi le jeune ? Le jeune il n’a pas besoin de dormir, il ne ressent pas la douleur, il n’a pas besoin d’aller aux toilettes, il n’a pas de problème de santé ni d’argent ni de famille ? Ben oui ça doit être ça. Et bien sûr le vieux lui, peut prendre des somnifères sans problème, c’est pas comme si ça allait augmenter le risque de chutes ou de fracture du col du fémur. Non mais oh, ce serait pas de la paranoïa de jeune ça, par hasard ? Ah décidément, l’insouciance du jeune… Ah décidément, le pauvre petit vieux…

Je vous l’avoue maintenant, moi à qui la maladie impose chaque jour le jeûne de ma jeunesse, je n’ai qu’un petit rêve secret pour avoir un jour enfin la paix : je veux être vieille.

Murmures… >> rendez-vous dans 35 ans pour voir. Sur ce blog, ou sur ma tombe.

😉

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

Crédit photo : L. Polard

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Le droit des hommes

Hello tout le monde !

Bon, alors ok oui, j’avais dit le blog ça me soûle ça suffit c’est fini, et puis j’ai vu le grand retour de Jaddo, et ça m’a donné envie de vous réécrire.

C’est une petite histoire toute bête. Qui ne parle pas trop de grosse maladie, donc qui intéresse tout le monde.

C’est mon frère qui a accouché hier. Enfin, c’est la femme de mon frère qui a accouché hier, mais bon, écrire ça c’est un peu long, alors je préfère parler en raccourci. De toute façon, a priori, vous aviez compris.

Mon petit frère a accouché donc. Ok il n’a pas fait grand chose. Il a tenu les mains de sa femme, il lui a tenu le front, il l’a encouragée bien fort. Elle elle était sur le lit en train de forcer, et lui bien sûr, ne faisait pas grand chose, en comparaison. Il a donc passé le long processus d’accouchement à attendre, debout, assis sur le ballon de yoga, puis debout, puis assis sur une chaise dans la chambre, etc, etc. Mon frère est resté au moins 36h sans s’allonger, à aider sa femme heureuse mais douloureuse.

Il a eu un service au raccourci.

Je me dis quand même, à l’orée de la journée de la femme, ne devrait-on pas aussi penser à l’homme ? Au moins pour ça.

Et puis figurez-vous que le lendemain, un miracle s’est produit. Eh oui, il existe encore des miracles, en médecine. Après l’accouchement, quand la mère et le petit bébé sont passés en chambre, on a offert un lit, à mon frère. ON A OFFERT UN LIT A MON FRERE. Dans la même pièce évidemment.

Je repense tellement à mon amie Julie, qui avait tellement souffert d’être seule dans la chambre avec son bébé qu’elle découvrait et qui pleurait fort, sans cesse. L’homme était parti, il n’y avait pas de place pour lui. Et elle avait elle aussi pleuré longtemps, exténuée, désemparée, ne sachant quoi ni comment faire.

Je repense à toutes mes autres amies qui n’ont pas eu un parent dans un lit à côté.

Je me demande pourquoi l’évidence ne s’applique pas partout pareil.

D’une certaine façon, penser à l’homme ici, c’est aussi penser à la femme.

 

PS : Mon frère n’a pas accouché dans une luxueuse clinique, mais dans l’hôpital public proche de chez lui.

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Le point final

Bon. On est en janvier 2019. Les fêtes sont passées, péniblement comme l’an dernier, et c’est le moment des vœux pour la nouvelle année. Les gens sont de bonne humeur, gentils, plein de bonnes résolutions. Ils se disent par exemple : en 2019, je vais lire des blogs de patients.

Du coup ils tombent par exemple sur ce blog. Le dernier article date de début octobre 2018. Ouh là, elle n’est pas du tout à jour celle-là, on passe. Nous ce qu’on veut c’est du récent, du mis à jour bien croustillant, pas des vieux trucs de 2018 ou pire 2017, années bien enterrées. Attends la meuf a commencé son blog en 2017, et en 2018 elle écrit déjà plus, c’est ça la génération Y, on zappe on passe on se désintéresse.

En fait, j’ai écrit 3-4 articles que je voulais vous mettre sous la dent, depuis octobre dernier. 3-4 brouillons qui sont là, tous chauds frais et dispos. Mais y a comme un problème, ils sonnent faux. En fait, ils se répètent trop. À mon grand désespoir, je me rendais compte que je racontais ça, alors que je l’avais déjà raconté là, que je racontais ci, alors que je l’avais raconté li, et ça m’a carrément déçue de radoter, alors je me suis autocensurée.

On m’a répondu, mais c’est comme ça, les gens ont besoin qu’on leur répète les choses.
Hum.
On m’a dit, mais tant pis, écris des petits trucs plus courts, juste pour fidéliser.
Et je me suis redis hum.
On m’a déroulé « tu nous manques tu étais drôle, et puis c’était thérapeutique pour toi d’écrire » et là je me suis dit fuck.

Alors oui clairement le but c’était d’être drôle. Mais le but c’était aussi de ne pas oublier le fond. Voire même de changer certains comportements peut-être. Bref en tout cas pas me répéter à en devenir lourde. Ou pas de jouer au clown qui se satisferait d’attirer l’attention.

J’ai l’impression que ces derniers temps, je suis devenue une « blogueuse santé », à l’instar d’une « blogueuse mode » – tout mon respect pour les blogueuses mode. On a voulu ma tête à la télé, ma voix à la radio, ma plume en partenariat. On a atteint une belle starification pleine d’artifices dignes de la génération Z.

On a oublié que y avait une grosse méchante derrière tout ça, une maladie qui continuait de se faire plaisir à me ronger lentement. On a cru que parallèlement à l’ascension du nombre de followers, on allait vers la guérison. Le fameux « effet thérapeutique de l’écriture » ? Ben on a tout mélangé les gars.

Donc voilà, probablement Manon Leroux se retire pour 2019, enterrant ce blog qui n’intéressera désormais que ceux qui dépoussièrent les livres avant de les ouvrir.

Elle vous souhaite plus sincèrement que jamais, une nouvelle année belle, saine, heureuse. Elle continuera sa petite vie de malade, de douleur et de fatigue, autant que d’humour et de moquerie dans son coin comme avant. Elle écrit aussi, mais sur d’autres sujets, ailleurs, autrement, pas pareille. Et secrètement dans son autre vie, elle espère vous retrouver, lecteurs tant aimés.

Toutes les bonnes choses ont une fin. les mauvaises aussi. Ainsi va la vie.

Allez, je ne vous hais point.

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La guerre des gangs à l’hôpital

Bon. Y a pas que les petits vieux qui ont plusieurs maladies chroniques. Peut y avoir aussi des petits jeunes. Mais j’ai l’impression que dans l’idée générale de la société, le malade a UNE maladie.

Ainsi, souvent on me demande. « Ah bon, tu es malade ? C’est quoi TA maladie ? ». Et là je suis super embêtée. Est-ce que je dis la grosse maladie rare que personne ne connaît et qui embête le plus tout mon gros corps ? Est-ce que je dis la très connue, très localisée, et donc tout le monde va être très emphatique sur mon ventre mais personne ne comprendra jamais pourquoi j’ai mal partout ailleurs ? Est-ce que je dis la toute petite très rare, qui ne fait quasiment aucun symptôme mais qui peut être mortelle ?

En fait, plein de gens ont plusieurs problèmes, mais on n’en parle pas beaucoup. Je me dis que peut-être que les gens qui ont plusieurs problèmes n’ont pas le temps de faire du blogui-blogua comme moi.

Eh oui, parce que ça prend du temps d’être malade, et c’est éprouvant. Allez, c’est parti pour la dernière anecdote croustillante en date.

Les maladies rares sont suivies dans des Centres de Référence. Souvent à Paris ou en RP (=Région Parisienne). Souvent avec des Grands Professeurs à la tête des Centres. Et si ce ne sont pas des Grands Professeurs à la tête, ce sont souvent des Grands Docteurs à la grosse tête.

Moi je suis donc suivie dans deux Centres de Référence maladie rare, pour les deux maladies rares. Pour la maladie pas rare, c’est plus simple.

Rendez-vous annuel de suivi chez le Grand Docteur du Centre de Référence n°1, de la petite maladie mortelle qui concerne un tout petit organe : « Oh là là c’est pas bon, ça ne va pas, le bilan sanguin montre que la maladie reste là sans bouger, ce n’est pas normal elle devrait s’améliorer, est-ce que vous avez bien suivi mes consignes ???!! » Regard noir du Docteur.

J’ai de la chance, l’évolution de la maladie rare n°1 se contrôle au bilan sanguin. On ne peut pas faire rentrer là-dedans le psychologique, le psychosomatique, la qualité de vie, ma volonté de guérir, mon éventuelle tendance à l’exagération … Mais du coup le Grand Docteur n°1 n’est pas content que sa technique de guérison ne fonctionne pas. Il me soupçonne de mal suivre le traitement : « Ça n’arrange pas mon affaire ce que vous faites Madame Leroux !! ». Re-regard noir du Docteur.

« Mon affaire ». C’est l’affaire de qui la maladie en fait ? Du patient qui vit avec chaque seconde, ou du Grand Docteur susceptible qui voit le patient 15 minutes par an ? Bon, passons sur cette affaire.

Rendez-vous annuel chez le Grand Professeur du Centre de Référence n°2, de la grosse maladie qui envahi tous les organes. La maladie est toujours là. Le Grand Professeur est habitué, un peu blasé, mais pas fâché. Chaque être humain son style, chaque Docteur/Professeur son humeur. Je lui parle de la maladie n°1 qui ne guérit pas, et je lui demande si ça peut être à cause de la maladie n°2. « Oui ! » qu’il me dit.

Ah ben me voilà moins bête. Et moi de me dire que si Grand Docteur n°1 et Grand Professeur n°2 se parlaient, ça m’éviterait de me faire molester en consultation n°1. Alors Grand Professeur m’assène, comme si j’étais une petite externe : « Que Grand Docteur n°1 me contacte, donnez-lui mes emails et téléphone ! »

Vous sentez venir le truc ou pas…?
J’écris comme convenu à Grand Docteur n°1…
Je lui dis que Grand Professeur pense que si la maladie n°1 ne guérit pas, ce n’est ni ma faute, ni la sienne, c’est probablement la faute à la maladie n°2. Je lui donne les coordonnées de Grand Professeur comme enjoint.

Quelques jours plus tard, réponse du Grand Docteur n°1 : « Que Grand Professeur me contacte, vous connaissez mes coordonnées ! »

Eh voilà. Un joli dialogue de sourds en bonne et due forme.

J’en suis venue à me dire que c’était vraiment pourri d’avoir plusieurs maladies. Que c’était pourri que des Grands Coqs soient à la tête des Centres de Référence. Que à la base le métier de Docteur ça n’était pas de jouer à savoir qui aurait la plus grosse.
Tête bien sûr.

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Forlax vs Movicol

Bon. Je discutais l’autre jour avec une amie en D4 = bientôt médecin. Dans moins d’un an. Elle me faisait part de la difficulté des études, ça apparemment, ça va changer. Elle avait l’impression que les autres savaient « tout », qu’elle ne savait « rien ». Mais qu’est-ce que « savoir » en médecine ? Elle me faisait part aussi de ses doutes et de ses craintes en général, autour de la notion de « prescrire ».

Alors, selon le type de médecin, il y a prescrire des séances de kiné, il y a prescrire des imageries, des prises de sang, la sécu qui surveille qu’il n’y a pas trop de prescriptions de tout ça…mais jusque là, tout va bien.

Les choses se compliquent quand il est question de prescrire des molécules. Des molécules qui vont modifier la chimie d’un corps humain. Dans le but de l’améliorer c’est sûr. Mais il y a souvent (toujours ?) des effets secondaires. Là pareil, il y a les petits effets secondaires = le patient se plaint d’insomnies pendant sa petite corticothérapie 5 jours 10mg/kg pour rhume persistant, et les grands effets secondaires  = les lésions potentiellement irréversibles du foie sous methotrexate dans les MICI.

Ma copine future médecin ayant super peur de faire du mal à ses futurs patients avec les effets secondaires, j’en venais à me demander qui était vraiment responsable. On pourrait penser facilement que « celui qui a dit de faire » est responsable. Mais moi, la malade, si je mets le comprimé dans ma bouche, j’ai aussi ma part de responsabilité non ? Je sais que je dois en principe lire la petite notice du médicament avant de le prendre. Le pharmacien peut m’aider aussi.

Vous êtes en train de vous demander ce que c’est que cet article chiant ou le titre aguicheur allait faire parler de caca croustillant. On y vient.

Essayant de réconforter ma copine, je repensais à un truc qui m’interpellait voire m’agaçait parfois chez le médecin. Le patient, le malade, tout malade, il a sa petite expérience avec lui. Pas forcément des tonnes de compte rendus médicaux dont on n’en peut plus (faut lire le reste du blog !). Mais souvent ce que sa mémoire lui a appris, ce qu’il est capable de rapporter. Si le patient sait qu’il dort mieux avec un Lexo qu’un Xanax, si le patient sait que le kiné lui fait plus de bien qu’un Lexo, si le patient sait qu’il fait mieux caca avec un Movicol qu’un Forlax…
Mais alors pourquoi cette phrase qu’on entend si souvent dans la bouche du Docteur :
“Moi je préfère le… Forlax”.
Remplacez Forlax par ce que vous voulez.

Alors ok si UN Docteur, le Forlax ça le soulage, ce n’est pas forcément la même chose pour UN patient, ni pour UN autre Docteur, ni pour UN autre patient. Ok peut-être que le Docteur a prescrit à 50 patients du Movicol et à 50 patients du Forlax, et 80 patients ont rapporté préférer le Forlax. Ok peut-être que la HAS a dit Movicol d’abord, Forlax après.

Ok ok ok.

Mais en fait je me disais que la prescription ferait peut-être moins peur si elle était un travail d’équipe. Le médecin pourrait s’éclairer de l’expérience du patient avec les médicaments, le patient pourrait s’éclairer de l’expérience du médecin et des recommandations. Le patient éclairé serait informé des effets secondaires possibles. Il resterait vigilant et responsable.

À mon amie médecin, que tu te rassures, il me semble que, dans l’écoute et l’échange, le dernier des responsables c’est celui qui, éclairé, porte le comprimé à sa bouche. Ou le lavement à son c..
N’en déplaise aux savants, du Movicol ou du Forlax, moi je suis Movicol, et ça, ça ne s’apprend pas à l’école.

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

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Je me suis enfuie de l’hôpital

Bon. C’était une belle après-midi. L’été durant lequel j’avais commencé mon blog, pour raconter un long et dur été à l’hôpital, doucement s’éloignait, ne laissant plus la place qu’à des souvenirs heureux. Presque plus que. C’est toujours mouvementé les étés.

Ce jour-là, j’allais comme une fleur – de l’été – faire une petite échographie de contrôle dans un « petit CHU de campagne » (je suis restée parisienne dans l’âme), entre deux glandouilles à la plage. Tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

A l’échographie néanmoins, le radiologue m’a assez vite trouvée suspecte. Livide. Il répétait : « Vous êtes sure que ça va ? » Et moi, m’accrochant à mes rêves, les yeux à demi-fermés, le teint blafard, la voix angélique : « Oui oui ça va ». Puis malaise avec perte de connaissance. La douleur était trop forte. Et j’ai toujours été mauvaise actrice.

Je m’étais déjà fait quelques copines dans cette petite structure de province (je suis restée parisienne dans l’âme). Le radiologue m’a envoyée voir un urgentiste, moi je suis passée voir ma copine de l’accueil d’abord.

Au diable les médecins, « quand on veut on peut », et moi je veux être en bonne santé, donc je peux, et puis c’est tout.

La copine de l’accueil n’a pas trouvé bon non plus de parlementer, et, elle aussi, a voulu que j’aille « aux urg’ ». Ça y est, je connaissais un nouveau surnom pour un truc de l’hôpital, je me perfectionnais, tout allait bien.

« Les urg’ » m’a-t-on dit sur le ton de quelqu’un qu’on sermonnerait parce qu’il aurait voulu acheter trop de Dragibus : « C’est 4h d’attente hein ». Manquait plus que le « nananère ».

Je me tourne vers la salle d’attente. Que des chaises qui font mal au dos. Je suis une adulte, j’ai appris à être docile parfois, et je me couche donc sur trois chaises alignées ; ça coupe un peu le dos. J’attends comme un animal en cage qui va passer à la casserole. Je glane discrètement des informations chuchotées par les secrétaires médicales :

« C’est qui celle qu’é allongée là ? »
« C’est une patiente du Docteur G. »
« Ouh la, le Docteur G c’est lui qui est d’astreinte justement ? »
« Ben tant mieux pour elle, mais attention il s’énerve si on le dérange pour lui dire qu’elle est là, il est très occupé cette après-midi. »

Échange de regards terrorisés entre dames de l’accueil. Le Docteur G ne doit pas toujours être un ange avec ces mesdames. J’avais déjà remarqué que sa consult’ était bien en retard, je pensais que c’était à cause des patients des urgences justement. J’avais déjà remarqué aussi que le Docteur G semblait dévoué à répondre à mille coups de téléphone pour avis pendant sa consultation. J’ai voulu continuer à croire que le Docteur G était un bon Docteur.

Néanmoins, le temps avançant, j’ai commencé à flipper, et à avoir sérieusement beaucoup plus mal. Allongée sur les trois chaises accolées qui lacéraient mon dos, on n’arrangeait pas grand chose. Aucune nouvelle du Docteur G ou d’un autre Docteur d’ailleurs. Ah, comme je regrettais mon Docteur K.

Le temps long continuait d’avancer, non pas tant bien que mal, mais plutôt mal que bien, et je n’avais encore vu personne. Je n’avais même pas encore le petit bracelet blanc autour du poignet avec mon numéro de robot malade. J’étais encore « une humaine » avec un libre arbitre. J’ai entendu des gens s’impatienter dans la salle d’attente auprès d’une gentille dame de l’accueil. Finalement, le scanner était en panne.

D’expérience je vous le dis, si scanner marche pas, IRM y a pas. C’est La Fontaine version moi.

Donc voilà, j’attendais seule avec ma conscience et ma douleur, mais j’étais encore une être humaine. Le médecin qui m’avait déjà vu quelques fois était là. Mais finalement il me faisait peur parce qu’il faisait peur aux gentilles dames.

Avant même d’avoir parlé avec qui que ce soit, il n’y avait plus de confiance dans cette structure-là.

Pour la première fois, je me suis enfuie de l’hôpital.

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Mauvaise pioche.

Bon. Par une belle après-midi d’été, j’entrepris d’aller au supermarché. Le supermarché, La Poste, la pharmacie, ce sont autant de lieux où l’on peut se trouver à faire de longues queues. De longues queues qui font mal partout. Alors je choisis par des calculs méticuleux les périodes les plus propices pour tomber uniquement sur des petites queues. Je ne sors pas à l’heure de pointe. Je vis à contre-courant.

Ce jour-là, pas de chance. La maladie m’avait clouée au lit jusqu’à l’heure du tout-venant. Alors j’étais sortie, en serrant bien fort les dents. Je ferai les longues queues. Point.

Dans la longue queue, c’est premier arrivé, premier servi ; chacun sa place par ordre chronologique. Personne n’aime ceux qui passent devant tout le monde. Avec « carte » ou « sans carte ». Quelle « carte » en fait ? Il se trouve que j’ai « la fameuse carte de priorité ». Mais je n’ai jamais su l’utiliser. Une fois à l’aéroport je l’ai montrée et on m’a dit « non Madame » et j’ai fait la queue assise par terre (oui oui). Une autre fois je n’ai pas montré la carte mais j’ai demandé poliment et on m’a aidée. Donc, comment on utilise la carte, en fait ?

J’ai appris aujourd’hui.

Longue queue au supermarché donc. Type dix personnes. Des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des grands, des petits, des airs gentils, des airs méchants. J’ai ma place dans la queue comme les autres. En quelques secondes la douleur monte. Je piétine, je trépigne, je me penche, je m’étire. Je dois passer pour une jeune femme fringante pimpante impatiente.

Pendant ces longues secondes, minutes, un Monsieur s’installe à mes côtés dans la queue. Il m’a choisie, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je suis belle comme une jeune, gentille comme une femme ? Parce que je sens la fleur d’oranger ? Il pue. Je m’en fous. Les mauvaises odeurs ne me dérangent pas, je suis chimiste ; j’ai l’habitude, voire, j’aime ça. Néanmoins je reste concentrée, je maintiens ma place, j’ai mal. Le Monsieur qui pue reste à côté de moi un temps. Un peu long.

Le Monsieur finit par me parler ; c’est plus sympa. Eh oui, même si j’ai mal, je reste sympa. En fait, il ne me parle pas vraiment, il me plante sous le nez sa « fameuse carte de priorité » pour handicapé. Et il me demande : « Vous êtes d’accord ? »

Là c’est le comble. Je suis jalouse du Monsieur qui pue. Ben oui. Il est en train de gagner.

Il me demande si je suis d’accord, d’accord pour quoi en fait ? Pour qu’il soit malade ? Non. Pour que la maladie existe ? Non. Pour que je sois malade ? Non. Pour qu’il ait une carte plus récente que la mienne ? Non. Pour qu’il pue ? Non. Pour que la MDPH lui accorde davantage de droits à lui qu’à moi parce qu’il pue ? Non. Pour qu’il me passe devant ? Non.

Je suis sympa quand même. Je laisse le Monsieur passer devant, évidemment. Je lui dis que moi aussi j’ai une carte. On compare nos cartes comme deux couillons. Il est à peine gêné de voir ma carte et ne se dégonfle pas. Il me fait l’inventaire de ses problèmes de santé. Je m’en fous. Je ne suis pas son médecin. C’est humiliant pour lui, pour moi. Je l’écoute quand même. Je suis sympa quand même.

Il repart devant, fringant et impatient pas pimpant. Il me dit quand même au revoir. Je me demande à quoi sert toute cette mascarade des cartes. J’ai l’impression d’avoir perdu bêtement à un pierre-feuille-ciseaux.

Je me demande où est passée l’empathie pour l’autre.

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Bien choisir sa spécialité médicale

Bon. C’est la période des ECN, les Épreuves Classantes Nationales, le concours que passent les « externes » en médecine, étudiants en 6ème année. Les externes, ce sont ceux qui, en hospitalisation, ont le temps de dire « Bonjour » en souriant au patient. Non j’exagère.

Il y a plusieurs blogs d’externes de super qualité qui vous feront comprendre qu’un externe ne sait pas que dire « Bonjour » et faire des sourires, loin de là. Donc pendant les fameuses ECN, les externes passent une série d’épreuves à échelle nationale, à l’issue desquelles, ils choisissent, en fonction de leur classement, leur spécialité. Oui, on ne choisit pas en fonction de sa vocation ni de ses performances dans la spécialité convoitée, mais en fonction de sa performance sur un marathon de questions exhaustives. Les non-marathoniens n’auront qu’à choisir médecine du travail. Non j’exagère.

Je vous propose ici une petite série de clichés véhiculés sur les spécialités médicales, accumulés lors de mon humble expérience de patiente. Bonne lecture !

Le cardiologue :

On commence toujours par le cardiologue.
Il a toujours été le premier de la classe.
Il ne s’intéresse qu’aux choses essentielles de la vie, qui sont belles et ne sentent pas mauvais.
Il est respecté de tous les Chers Confrères parce que le cœur est l’organe décisif.
Il a souvent un cœur.

Le pneumologue :

Il a toujours voulu être cardiologue mais il n’était pas le premier de la classe.
Il fait des étourderies parfois, alors ça l’arrange bien s’il y a deux poumons plutôt qu’un.

L’endocrinologue :

Le diabète, c’est à la mode.
Les hormones c’est super compliqué, tellement compliqué que même les patients experts ne contredisent pas le médecin, en endocrinologie.

Le psychiatre :

C’est un « littéraire », parce que tout le monde sait bien que le monde se divise en les scientifiques d’un côté, et les littéraires de l’autre.
Il a été capable de faire toutes les années d’études jusqu’à l’ECN sans se faire prescrire un seul Xanax ou Stilnox. Il garde son calme en toute circonstance, et est un professionnel de la mindfulness.
Il n’est pas bien classé à l’ECN de toute façon.

Le généraliste :

Il aime les gens.
Il se sent capable d’être toute sa vie un médecin « non spécialiste » = un inférieur.
Il aime les gens.
Il n’est pas forcément le premier de la classe.
Il aime les gens.
Il n’a pas peur des défis de la vie, aussi variés soient-ils.
Il aime les gens.
Il sait environ tout et environ rien, presque comme son Cher Confrère de la Médecine Interne sauf que le généraliste devra toujours baiser les pieds de l’interniste pour soigner ses grosses chevilles gonflées (le fameux « bisou magique »).

Le pédiatre :

Comme le généraliste, mais il est dur d’oreille, dans tous les sens du terme. Il faut bien savoir se protéger (les pleurs, notamment).

L’anatomopathologiste :

L’anapath’ a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Il est pour les 35 heures, largement.
Il n’en peut plus de la hiérarchie entre Chers Confrères.
Il n’a pas peur des morts, au contraire, il les aime.
Il aime le silence.

Le biologiste :

Alors oui les biologistes, ça existe. Dans les laboratoires d’analyses médicales.
Le biologiste a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Il a hésité avec anapath’ mais il n’aime pas trop les cadavres.
Il aime jouer avec le caca qui change de couleur selon la petite bactérie qui est dedans.

Le radiologue :

Le radiologue a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Pendant le stage de radiologie, il s’est pris à dire, à l’échographie : « Pour les besoins de l’examen, taisez-vous s’il-vous-plaît. »
Il sent qu’il a le swag quand il est le seul capable de voir des vraies choses sur des images informes noir/blanc/gris.
Il ouvre les yeux de ses Chers Confrères cliniciens complètement perdus ou de ses Chers Confrères chirurgiens tout excités de savoir quoi triturer.
Il a de gros projets personnels à financer.
Enfin, il est bien classé à l’ECN.

Médecine nucléaire :

On apparentera le médecin nucléaire au radiologue. Sauf que comme il y a le mot « nucléaire », on a peur et on sait que c’est une spécialité vouée à disparaître, à terme. Vraiment très long terme.

Le gastroentérologue :

Il aime les bites et les culs sur les fresques de la fac. D’ailleurs il n’aime pas qu’on critique les fresques.
Il fait semblant d’avoir lu « Le charme discret de l’intestin » et veut être le nouveau héros (après le neurologue, puisque l’intestin c’est le 2ème cerveau. Mais bien sûr, en restant derrière le cardiologue).
Il se fait rincer un max de repas par la Big Pharma parce qu’il prescrit des biothérapies à des doses hors-AMM en détournant les molécules destinées initialement aux rhumatologues mais qui sont des chochottes sans couilles (celles dessinées sur les murs) qui respectent les AMM.
Personne ne va sur transparence.sante.gouv de toute façon.
Attention, femmes, s’abstenir. Ou bien avoir des couilles (comme celles dessinées…).

L’urologue :

Aime aussi les bites et les culs dessinés… et en vrai.
Il préfère les patients hommes parce que c’est moins chochotte que les patients femmes.
Il aime chirurgier et triturer, découper et recoudre, alors que son Cher Confrère de la gastro au mieux ne met que des tuyaux dans les trous.
Attention, femmes, s’abstenir. Ou bien avoir des couilles (comme celles dessinées…).

Le rhumatologue :

On l’a déjà dit plus haut, le rhumatologue est plutôt une chochotte. D’ailleurs il ne chirurgie pas.
Il préfère les petits vieux aux enfants. Les deux se ressemblent mais les petits vieux font moins de bruit.
Il est le seul humain de la société fasciné par la sagesse des petits vieux.
D’ailleurs il n’aime pas trop les couilles et les bites des fresques mais il n’ose pas le dire pour ne pas faire anti-confraternel.

Le réadaptateur (MPR)

Il pensait faire rhumato parce qu’il aimait l’anatomie. Finalement il s’est rendu compte que les petits vieux c’était ennuyeux.
Il veut que des Grands Sportifs lui envoient des « merci » dactylographiés sur des maillots et des médailles d’or qui sont exposés dans le cab’ (inet).
Attention parfois il y a quand même des petits vieux qui consultent.

L’orthopédiste et tous les autres chirurgiens :

Il faut bien faire le boulot que les chochottes de rhumatos, réadaptateurs, gastros, etc. ne veulent pas faire.
Le chir’ a toujours été fasciné par le job des plombiers et des mécanos mais ses parents l’ont obligé à faire médecine.
Il ne comprend pas bien les règles de la vie en société. D’ailleurs il ne comprend pas pourquoi il y a une société.

L’ophtalmo :

C’est un jeune homme beau gosse. Soignant la vue, il soigne aussi son apparence. Que celui qui a déjà repéré un ophtalmo crado me jette la première pierre.
Il a bonne haleine, et la mauvaise des patients ne le dérange pas.
(cf. l’examen à visages très très rapprochés, pour les lecteurs non-connaisseurs).
Il connaît son alphabet sur le bout des doigts et met toutes les 10 minutes les autres gens au défi de le connaître aussi. C’est ça la médecine aussi.

Le gynécologue :

Il est un peu comme les confrères de la gastro et de l’uro, le pipi caca ne le dérangent pas.
Il supporte les patientes femmes contrairement aux confrères de l’uro.
Il sait détendre les patients, d’autant plus quand ils sont gênés, sans forcément leur montrer des fresques de chattes et de bites.

Génétique médicale :

Un coup à finir le nez dans les boîtes de Pétri dans un labo de l’INSERM, ce n’est pas du tout le même salaire que prévu, et surtout, les collègues chercheurs sont tout sauf confraternels. A fuir.

L’anesthésiste :

Il aime bien les patients mais il préfère quand ils dorment.
Les corps vivants inanimés ne lui font pas peur.
Il est un être social et sait comment faire pour passer des journées interminables en compagnie de chirurgiens (cf. le passage sur les chirurgiens).
Il endort et ressuscite quand il veut, sans pour autant se prendre pour Dieu.

L’hématologue :

Il est le seul à croire qu’en fait l’organe noble c’est le sang, même si ce n’est pas vraiment un organe.
Il rêve qu’un jour dans cette grande médecine occidentale d’organe, le sang ait un jour enfin la place qu’il mérite. Le sang c’est le liant.

Santé publique :

Le santé publiste a de l’ambition.
Il trouve qu’il y a beaucoup de patients aux urgences mais il veut voir encore plus grand.
En fait, il veut soigner des humains avec des chiffres.
Éventuellement il a des prétentions ministérielles.

L’ORL :

L’ORL a toujours soutenu que le rhume était une vraie maladie, voire même un vrai problème de santé publique.
Il prescrit du sérum physiologique à tour de bras et avec ça il a les mains bien plus propres que les Chers Confrères de gastro qui outrepassent les AMM.
Il aime à la fois voir les patients en consult’, à la fois les triturer pour soigner leur cancer. Oui parce qu’il n’y a pas que les rhumes quand même.

L’oncologue :

Le cancer c’est la maladie qui à elle seule arrive à être une spécialité.
Le cancer nous a environ tous touchés, de près ou de loin.
L’oncologue a toujours vu la médecine comme une branche dérivée de l’armée.

Le dermatologue :

Le dermato s’ennuie.
Il s’occupe de bronzage et de grains de beauté. On dit quand même aussi que les trucs les plus crados se voient chez le dermato.
Âmes sensibles s’abstenir.
C’est finalement assez proche de l’ophtalmo.

Le neurologue :

Le neurologue aime les trucs bizarres.
Chaque fois qu’un patient sera bizarre, à une étape de son parcours de soin, on lui demandera forcément : « Vous avez un neurologue ? ». C’est une sorte de poubelle.
Ce n’est plus ce que c’était, être neurologue. Depuis que les gens ont décrété que le 2ème cerveau c’était l’intestin, et que donc le gastro est en train de supplanter le neuro.
La roue tourne.

La médecine interne :

L’interniste a toujours été premier de la classe.
Et un peu grincheux, pour ne pas dire un vieux grincheux.
Il a hésité entre interniste, cardiologue, et l’Ecole Polytechnique, et ce « depuis le berceau ».
Il a regardé tous les épisodes de Docteur House et il pense que c’est ça, un bon médecin.
Il est mauvais joueur parce qu’il n’aime pas avoir tort.
Il rédige plein de lettres pour envoyer les patients aux autre spécialistes pour avis, parce qu’il faut occuper les malades qui ne travaillent pas parce qu’il sont soit disant trop fatigués.
Mais au fond il méprise tous les autres spécialistes, et s’il n’avait pas obtenu médecine interne, il serait devenu chercheur ; il y a des passerelles.

Le médecin du travail :

Il est un des seuls à avoir compris que le burn out était dévastateur.
Lui-même a eu du mal à supporter les études de médecine.
Il veut faire de la prévention parce qu’il y en a trop peu.
Il veut prescrire des chaises ergonomiques et connaître par cœur toutes les références de chez Bruneau parce que c’est moins risqué que les molécules du Vidal.
Il avait de la fièvre pendant les ECN.

Voilà ! Il manque quelques spécialités… je n’ai pas encore tout testé…
A compléter !
Les commentaires sont ouverts ! ☺
Et bon courage à tous les étudiants en médecine ❤

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

PPS : pour les blogs d’externes, par exemple, https://lexterne.wordpress.com/ ou https://littherapeute.wordpress.com/

PPPS : pour le néphrologue, désolée, je n’ai pas assez d’expérience ! En attendant, le blog de Delphine vous en dira davantage.

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