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Cérémonie du 8 mai 2020 au Ministère : masques, gants, mains, cerveaux et tigres !

Mes Chers Compatriotes,

En ce 8 mai 2020, date de commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, nous fêtons également aujourd’hui le début de la guerre contre le coronavirus.

Pour préparer cette journée exceptionnelle, mon Ministère du Confinement s’est entretenu longuement durant toute cette semaine, bras de chemise retroussés, prêt à « enfourcher le tigre », selon les termes du Chef de l’État et des Armées, avec les experts suivants :
-une Grande Biologiste
-un Grand Médecin
-un Grand Vétérinaire, puisque quand il s’agit d’enfourcher un tigre mes Chers Compatriotes, il est impératif de prendre AVANT, l’avis de son vétérinaire traitant.

C’est ainsi que, pour fêter ce 8 mai 2020, mon Ministère a décidé d’offrir à tous les français, je dis bien tous, une leçon pédagogique et gratuite sur les gestes barrières, afin que le déconfinement de lundi prochain ne soit pas, un déconfitement.

Concernant les masques :

-le masque propre se place sur le visage par les élastiques ou les attaches que l’on touche avec des mains propres
-il doit couvrir la bouche ET le nez
-il ne doit pas être porté en collier. Le port en collier est acceptable uniquement dans un contexte hors épidémie, par exemple quand en 1945 la vétérinaire limait les dents d’un lapin et qu’en même temps elle souhaitait draguer l’assistant avec un sourire sibyllin.
-on ne doit pas toucher son masque (parce que celui-ci est sale), y compris si on est le président de la République en visite dans une école. Si vraiment on touche son masque, par besoin ou par erreur (errare humanum est comme dirait Édouard), on se lave les mains après.

Et c’est tout ! Incroyable n’est-ce pas ?!

Concernant maintenant les gants :

-les gants ne sont pas l’équivalent du masque, parce qu’on ne respire pas par les mains
-il ne faut pas porter de gants (sauf si votre métier le nécessite) car :
on ne peut pas se laver les gants comme on se lave les mains.

Exemple : le boulanger vend du pain contre de l’argent. Il porte des gants. Rassurant ? Pas forcément ! Vous êtes le premier client, le boulanger enfile des gants, il vous tend la baguette, tout va bien, il n’y a pas sa transpiration sur votre pain. Mais il touche après votre argent, que vous avez touché avant, avec votre transpiration. Donc les gants du boulanger deviennent sales. Et il sert le client suivant avec des gants sales. Donc la baguette suivante est sale. Et caetera, comme dirait Édouard. Sauf si le boulanger change de gants à chaque fois qu’il touche de l’argent.

Concernant maintenant les mains :

-il faut considérer que TOUT ce qui est à l’extérieur de chez vous, ou qui rentre chez vous, TOUT EST SALE. Je passe le pas de ma porte, C’EST SALE.

Exemple : peut-être qu’un voisin a éternué sur la poignée extérieure de ma porte, deux minutes avant que je sorte. C’est peu probable c’est vrai, mais s’il a vraiment éternué, alors le risque d’attraper le virus est très élevé, et comme vous le savez, on peut aisément mourir du virus. Donc TOUT EST SALE.

Sauf…ce qu’on lave ! Comme les mains, qu’on lave avec du gel hydroalcoolique, ou de l’eau et du savon. Ou son corps, ses lunettes, ses cheveux, qu’on lave à la douche. Qui seront propres, tant qu’ils toucheront des choses propres, comme l’intérieur de votre domicile, si vous n’êtes pas porteur du virus.

-sur une très courte période où l’on sait que l’on ne sera PAS déconcentré par un coup de téléphone ou un enfant qui se blesse, il est possible de « garder des mains sales » ou « une seule mains sale ».

Exemple : je sors du taxi, je me rends chez le médecin. J’utilise mon gel hydroalcoolique. J’ouvre le flacon avec mes mains sales, j’en mets sur mes mains, je frotte bien partout, je nettoie au passage l’emballage extérieur du pot de gel. Mes deux mains sont propres. Je vais tout faire pour garder une main propre, une main sale. Je suis droitière, ma main droite sera la sale. Idéalement dans la main gauche donc, la main propre qui ne touchera rien, j’ai laissé une noix de gel. C’est la main sale qui appuie sur les sonnettes, qui ouvre les portes. On peut utiliser ses pieds parfois pour certaines choses (ses coudes non, si on tousse dans son coude). J’arrive à l’accueil du médecin, j’ai une main gauche propre qui renferme du gel, un corps sale, une main droite sale. La main propre avec le gel peut immédiatement laver la main sale. Et les mains propres peuvent farfouiller pour donner la carte vitale, et caetera. Avec toujours en tête le postulat que TOUT EST SALE, sauf ce qu’on lave.

Concernant maintenant le cerveau :

-vous l’aurez compris, pour faire tout ça, il faut rester bien concentré. Au début c’est difficile, après c’est plus facile. Mais attention, parce que quand on est fatigué, c’est plus dur de rester concentré. Vous comprenez maintenant pourquoi des professionnels de santé au contact direct avec des patients infectés pendant des heures fatigantes, mettent leur vie en danger ? Aidons-les !

Une vitre en plexiglas ? restons bien derrière !
1 mètre de distance ? Mettons en 2 ! 

Les consignes d’un professionnel ? Respectons-les !

Les consignes de mon Ministère ? Bénissons-les !

Mes Chers Compatriotes, en ce 8 mai 2020, vous vous préparez à enfourcher des tigres. Mais si vous tous, je dis bien tous, si vous portez des masques et si vous respectez les gestes barrières, alors les tigres et les virus ne vont tueront pas, et nous autres, dans les Grands Ministères, on pourra enfin se la couler douce, en vous regardant faire.

Merci à tous !

Vive Mon Ministère, vive les tigres, et vive la France !

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Comment bien porter un masque (et pourquoi ce n’est pas grave de ne pas savoir avant de lire ça)

Bon. Alors d’habitude j’essaie toujours de vous raconter une petite histoire de mon vécu à l’hôpital et de vous apprendre des trucs en même temps. Cette fois je vous fais rire avec la petite histoire et promettez-moi aussi qu’après vous saurez mettre un masque et vous apprendrez à tout le monde.

Le 30 janvier 2020 j’arrive à l’hôpital pour une hospitalisation à la journée pour démarrer un gros médicament très cher. Le 30 janvier c’est la veille de l’alerte rouge de l’OMS pour la pandémie, mais les hôpitaux, sans que personne dehors de s’en rende compte, sont déjà en alerte. Alors voilà, à peine ai-je passé l’entrée sécurisée de l’hôpital que je me fais de suite repérer comme une terroriste qui hurlerait à tous qu’elle porte une bombe : je tousse à la mort. Je tousse je tousse je tousse et tous me regardent en flippant, me laissent passer partout où ça devient un peu étroit, j’ai l’impression d’être Martin Hirsch en visite sur son territoire. Dans mon service, très vite on me tend un masque, et très vite tous se collent un masque. A l’époque, il n’y avait pas de covid dans cet hôpital en théorie, donc personne en masque systématique comme maintenant. On me fait tous les soins avec mon masque, je ressors de l’hôpital avec mon médicament et le premier masque de ma vie sur la tête, autrement dit, je suis très fière.

15 jours après rebelote, même hôpital, même toux qui impressionne que j’ai l’impression d’être Martin Hirsh qui se re-déplace. Consultation cette fois. Petite salle d’attente, grosse toux. Le médecin sait que je suis là avant même qu’on m’annonce (l’effet Martin Hirsh), puis viens me chercher masqué, et me tend un masque pour moi. Je gagne le 2ème masque de ma vie. Alors que des français commencent à faire des réserves en pharmacie. Je mets le masque et la consultation commence. Et là boum, le Docteur de m’interrompre sec :

« Madame Leroux attendez, mettez-le correctement le masque s’il-vous-plaît, parce que si je tombe malade je ne peux plus travailler. »
Moi : « Ah oui pardon, mais c’est qu’on ne m’a jamais appris à mettre un masque moi. »
Le Docteur : « Ah bon ?! Eh bien on serre bien la petite barrette au dessus du nez pour l’ajuster, on descend bien le masque sous le menton, et ensuite on ne touche plus jamais au masque ou bien on se lave les mains. »

Mais que le Dieu de l’humanité bénisse ce Grand Docteur. Ce jour-là je suis sortie de l’hôpital en sachant mettre un masque, autrement dit, très fière.

Hier, dimanche 3 mai, une fois n’est pas coutume je regarde le JT de 20h, TF1. Probablement une heure et une chaîne de grande audience. Quel n’est pas mon plaisir de m’apercevoir que enfin, malgré les gros couacs de notre gouvernement, les français ont très bien compris l’utilité des masques. Quelle n’est pas ma déception en revanche de m’apercevoir que, n’ayant pas eu la chance d’avoir le même grand Docteur que moi, bon nombre de gens ne savent pas porter le masque, y compris des professionnels de santé.

J’avais déjà compris depuis bien longtemps que mon Docteur du 15 janvier était un Docteur génial. Je le sais encore plus maintenant. Donc, pour tous, je répète les enseignements de mon Docteur :

-le masque c’est au-dessus du nez parce que le nez aussi respire, si possible, ajusté

-le masque c’est en-dessous de la bouche, si possible, ajusté

-on ne touche pas son masque parce qu’il est sale autant sur la face externe que sur la face interne ; si besoin de le toucher on se lave les mains immédiatement

-le masque en collier ce n’est pas comme la casquette à l’envers. Vous ne serez jamais un beau gosse du masque ni un rebelle du masque avec le masque en collier. Pour rester beau gosse ou rebelle (si besoin), masque et grosse chaîne en or, masque et casquette à l’envers, ne sont pas incompatibles.

Faites passer le message ! Merciiiiiii !

 

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