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Quotidien continue : allons voir le ciel de Paris

Bon ben voilà, on y est, c’est la fin du monde, la coronapocalypse, Quotidien n’a pas été diffusé ce vendredi à la télévision. Alors que Jean-Luc Mélanchon nous avait pourtant promis que « Quotidien, c’est à la télévision, tous les soirs ». Décidément le pouvoir de ce covid, ça me rend furieuse.

Cependant, il ne faut pas pour autant s’arrêter de vivre (quoi que), et donc j’ai décidé de m’inviter moi-même sur le plateau de Quotidien aujourd’hui (il n’y aura que moi, on est safe).

Comme je suis toute seule je vais donc faire les questions et les réponses, mais avec des petites manœuvres de mise en forme de texte, vous devriez vous en sortir. Je vous rappelle que nous sommes dans un contexte de coronavirus, nous travaillons en effectifs très réduits, donc merci à vous aussi de faire un effort avec vos yeux sur ce texte depuis vos canap’ (je t’ai cramé Etienne).

Bonsoir à tous, merci Yann pour cette invitation, merci l’équipe, le public. Je vous salue de cœur. Hoonnn.

Manon Leroux, bienvenue sur ce plateau, vous venez d’être nommée Ministre déléguée au Confinement et au Tri, comment êtes-vous arrivée à cette fonction ?

En effet, j’ai été repérée via mon blog. Comme j’avais un bon CV, notamment avec 10 fractures spontanées en 5 ans, dont 5 sur les 6 premiers mois de 2019, j’avais une expérience forte du confinement, et qui plus est, récente. Je pense que mon stage de fin d’études en hospitalisation aux maladies infectieuses m’a aussi donné un sacré coup de pouce. Honnêtement, je comprends que le gouvernement ait fait ce choix.

Quelle sera votre première action en tant que Ministre Déléguée au Confinement et au Tri ?

Eh bien, je vais chapeauter l’organisation du tri pour l’accès aux respirateurs. Comme vous le savez, il n’y aura pas assez de respirateurs pour tout le monde. Néanmoins, en accord avec le comité d’éthique que j’ai réuni en conseil cet après-midi, nous avons décidé de ne pas léser les plus âgés, ou les plus malades. Le tri sera organisé au mérite. Nous commençons officiellement la réception des CVs dès maintenant, et après, un entretien individuel en visio permettra de classer toute la population française par ordre décroissant de priorité. 
Ce système de tri était un choix difficile, c’est sûr, mais aujourd’hui plus que jamais il faut récompenser le travail et les efforts. On peut vraiment se satisfaire en France d’avoir été force de proposition avec cette idée de tri au mérite. Nous allons bien plus loin que les recommandations de l’OMS. Et enfin, soyons honnêtes Yann, devenir Ministre du Tri, c’était quand même le meilleur moyen pour moi d’avoir mon CV en haut de la pile, au bon moment.

Quand vous avez appris que nous ne pouvions pas assurer l’émission de vendredi, qu’avez-vous fait ?

J’ai tout de suite pris rendez-vous avec mon psychiatre. Il y avait déjà eu l’arrêt de Un Si Grand Soleil, que j’avais vécu comme un tsunami, mais là, ce covid m’achève.

Bon, ne vous inquiétez pas, on devrait quand même réussir à vous poser quelques questions. D’après vous…

Le voisin de confinement ?
Un coiffeur. Le salon est fermé, il est à domicile, il ne peut pas télétravailler. Il écoutait des gens déprimés toute la journée, en faisant son vrai travail en même temps, et néanmoins il ne plantait pas le ciseau dans la tête du client quand ça allait trop loin. Donc, pour moi qui porte un lourd fardeau avec mes nouvelles responsabilités, c’est vraiment le voisin idéal. Il sait rester très professionnel, il donne le change aussi peu qu’un psy.

Le compte Twitter à suivre en confinement ?
Je n’ai pas de compte Twitter. Je ne supporte pas la haine sur les réseaux sociaux. Néanmoins, je mets en garde d’ores et déjà que mon équipe de triage regarde les réseaux sociaux et s’en sert pour le classement.
Et toutefois, s’il y avait vraiment un compte à suivre ce serait celui du Docteur Tedros, le Directeur Général de l’OMS.

Le livre de confinement ?
Maintenant qu’il n’y a plus de caméras Yann, je pense qu’on peut dire la vérité. On doit la vérité aux gens même. Plus personne ne lit, même pas le président de la République. C’est Brigitte la délicieuse qui lui souffle les termes croquignolesques. Maintenant que je suis Ministre, je sais tout ça.
Cependant, s’il fallait vraiment ouvrir un livre maintenant, ce serait Le Parfum, de Patrick Suskind. En effet, les toutes dernières informations au jour d’aujourd’hui nous indiquent que le coronavirus pourrait provoquer une perte d’odorat, ce qui serait une excellente nouvelle Yann puisque en toute transparence, il faut reconnaître que nous sommes tous dans la merde. Le Parfum est un ouvrage délicieux où l’on voyage dans un monde d’odeurs singulières et fantasques, et qui plus est, le héros est un meurtrier. On est en plein dans le thème ! Et pour la petite anecdote, le surnom de Jérôme (Professeur Salomon pour vous) pour nous Ministres, c’est Grenouille, parce qu’il a une tête de grenouille le pauvre. Voilà, en définitive, en lisant Le Parfum en ce moment, on boucle la boucle.

Le programme TV de confinement ?
Évidemment c’était Quotidien, mais dans le contexte actuel, il faut savoir faire des concessions. Donc, les Marseillais.

La meilleure vidéo-blague-virale de confinement ?
Le brésilien qui fabrique un tapis de course à domicile avec de l’eau et de l’huile. Cela ne m’étonne pas qu’un brésilien produise la vidéo la plus créative de l’époque que nous vivons. En effet, au Brésil, ce grand pays aux inégalités riches pauvres gigantesques, la population est habituée à s’adapter à des situations ubuesques (clin d’œil à Brigitte). Il faut savoir que 100 brésiliens sur 100 ont, sont ou seront braqués à l’arme à feu au moins une fois dans leur vie. Ça fait réfléchir. Je pense vraiment que cette vidéo est un symbole fort de ce que le Brésil peut faire contre le coronavirus. J’ai totalement confiance en cette nation avant-gardiste. D’ailleurs, là-bas, la société est déjà triée, ils n’ont pas eu besoin d’un covid pour penser à s’organiser.

En plus de l’exercice physique donc, quel conseil aux français confinés ?
Eh bien merci Yann pour cette transition parfaite parce que justement, suite au conseil des Ministres extraordinaire, nous allons forcer par Décret et sans ordonnance les français à entretenir ou reprendre une activité sexuelle. Nous nous basons sur une grande étude américaine qui a démontré que, à cause du confinement, des tensions peuvent apparaître. Vous savez bien Yann que tous les gros problèmes se résolvent sur l’oreiller. En effet, en sus du plaisir (merci Brigitte !), il a été démontré que l’orgasme – réception ou don – accroît le sentiment de puissance. Et le sentiment de puissance, c’est vraiment ce dont les français ont besoin en ce moment. Pour finir à ce sujet, je vous fait remarquer Yann que le sexe est le seul produit de consommation gratuit et simple à disposition de tous. C’est sur ce grand principe de dépense minimale que fonctionne l’hôpital par exemple, et on sait que cela fonctionne, puisque comme vous le constatez, l’hôpital est là.

L’accessoire de confinement ?
Alors si vous me le permettez Yann j’en aurais 2.
D’abord, le préservatif. En effet, comme son nom l’indique, il s’agit bien pour nous de préserver ce qui est encore préservable (celle-là, on ne la comprend pas Brigitte).
Ensuite, la baguette. J’ai bien évidemment réuni un conseil exceptionnel d’experts, à savoir de boulangers et de français. Il faut bien comprendre Yann que quand vous demandez à un brésilien, un australien, un américain, ce qui caractérise un français, on vous dira toujours : « le bonhomme avec la baguette sous le bras » . Je pense que c’est justement en ces moments critiques où nous devons prendre des décisions difficiles, qu’il faut savoir raison garder sur certains éléments phares de notre nation ; et parmi eux,
il y a la baguette. Cependant, en accord avec notre conseil d’experts épidémiologistes, nous avons décidé qu’il était plus sage de moins fréquenter les boulangeries, et donc nous suggérons, à tous les français, je dis bien tous, de garder une baguette de pain rassis à la maison. Ainsi, en toute circonstance, les français resteront les français avec la baguette sous le bras, et, ainsi, la France restera La France.

Je suis désolée Manon, il va falloir se dépêcher parce que comme presque tous les soirs on va rendre l’antenne en retard, et l’équipe ne pourra plus rentrer chez elle avec la diminution des transports en commun liée au confinement.

Pas de problème Yann, je suis très bavarde, mais comme tout Ministre Politique je sais aussi faire preuve d’esprit de synthèse et d’abnégation quand cela est nécessaire.

Le médicament de confinement ?
Le sirop contre la toux

Le médicament homéopathique de confinement ?
L’homéoplasmine. Les français ne le savent pas encore, mais ils vont pleurer et se moucher dans leurs rouleaux de PQ, cela provoquera des irritations du nez.

L’aliment de confinement ?
Les oranges, apportées par mon voisin coiffeur.

La tenue vestimentaire de confinement ?
Une tenue de sport de combat, comme un kimono de judo par exemple, cela conditionne à la lutte, y compris celle contre le coronavirus. En outre, il faut porter cette tenue jour ET nuit, c’est la meilleure façon de ne pas tomber dans le travers de passer la journée en pyjama.

L’ami du groupe Whatsapp de confinement ?
Le réanimateur quand il est le plus drôle du groupe, et que c’est lui qui relaye le mieux les meilleures blagues des réseaux sociaux.

L’expression de confinement ?
« Se toucher la nouille ». On se touche la nouille au gouvernement, les français se touchent la nouille à la maison, et enfin on touche tous les nouilles pour surveiller leur cuisson.

La devise pour tenir le coup en confinement ?
Celle de la BSPP, la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris : « Altruisme, efficience, discrétion ».

Le philosophe pour nous guider pendant le confinement ?
Sans hésiter André Comte-Sponville, que vous avez reçu sur ce plateau récemment, et qui a mis en avant le mot « lucidité ».

Le film de confinement ?
Les amants passagers de Pedro Almodovar. 

L’humoriste pour rire en confinement ?

Kheiron clairement. Sa spécialité est l’improvisation, c’est tout à fait la même chose pour nous au gouvernement.

On passe sur la playlist si vous le voulez bien Manon.

La plus belle musique de tous les temps ?
Le canon en D majeur de Pachelbel bien évidemment, à l’instar de Kheiron.
La musique que vous écoutez en boucle en ce moment ?
Corona, Rhythm of the night. C’était quand même un très bon son. Nous nous satisfaisons grandement de sa remise au goût du jour.
La musique pour accompagner les applaudissements de 20h en confinement ?
La Marseillaise.
La musique pour faire l’amour en confinement ?
Bob Marley, Turn your lights down low
Et enfin, votre plaisir coupable ?
Le générique des Bisounours en entier

On termine rapidement avec des questions un peu plus sérieuses.

Si vous deviez vacciner une seule personne sur Terre contre le coronavirus ? 

Greta Thunberg

La première chose que vous ferez si vous êtes encore vivante après le confinement ?
J’irai commander un burger sur une borne du KFC de Strasbourg Saint-Denis

Votre dernière volonté avant de mourir du covid19 ?
Qu’une plaque soit apposée à mon nom sur une borne du KFC Strasourg Saint-Denis même si le covid m’emporte avant que je puisse m’y rendre.

Ce que l’on retiendra de toute cette histoire ?
Les français auront intégré les fonctions exponentielles et gaussiennes. Le gouvernement est à pied d’œuvre pour que le niveau se maintienne.

Merci beaucoup Manon, d’avoir accepté de venir sur ce plateau, on rappelle que vous venez d’être nommée Ministre Déléguée au Confinement et au Tri dans ce contexte de pandémie de COVID19. Vous restez avec nous ?

 

 

 

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9 défis-jeu-citoyen-debunking-langage

Billet de blog festif participatif !

ATTENTION : ce jeu se joue uniquement en confinement strict entre adultes (de 18 à 1818 ans) du même domicile ou entre adultes via des Skypéro (ou des Skyphéros ça marche bien aussi)

DANS TOUS LES CAS : à 20h, vous interrompez le jeu, vous ouvrez la fenêtre, vous applaudissez, vous chantez, vous mettez de la musique fort, vous hurlez si vous voulez, vous pensez depuis votre cerveau jusqu’à votre cœur à nos soldats : soignants +++, mais aussi, pompiers, policiers, ambulanciers, employés de la chaîne alimentaire, livreurs, éboueurs, chauffeurs routiers, etc etc, et vous vous applaudissez vous aussi parce que vous êtes de VRAIS citoyens en restant confinés (en commentaires dites moi quelles professions je rajoute).

CONTEXTE DU JEU : souvent les gens d’un même pays parlent la même langue. Et puis il y a plein de sous-groupes. Des sous-groupes de langues régionales, des sous-groupes de langues de quartier (« bâtiment D si si on est al oklm »), des sous-groupe de langage sportif (« mets ta cravache en cierge ! »), des sous-groupes de langage médical, et donc plus généralement, des sous-groupes de langage professionnel.

DANS CE JEU : il faut traduire en un français compréhensible par tous, des phrases professionnelles.

INDICE : c’est en lien avec l’actualité

EXEMPLE :

« On démarre une grosse négo avec les centrales pour optimiser le nombre de facing de BP 4 CSN sur les prochains plans merch. On adaptera le plan d’action terrain et les implantations dès la descente des plans. Ça sera déterminant pour la réussite de l’année en termes de tonnage et de NNS. »

Traduction :

Il veulent proposer des barquettes de jambon aux gens pour les nourrir. Ils veulent que les jambons soient bien visibles pour le client et il y aura ainsi des ventes et tout le monde sera content.

MAINTENANT, à vous de jouer !
Pour chaque question, je vais vous donner des pistes, mais attention c’est truffé de pièges, ne tombez pas dans le panneau !

1) On entend partout : “l’hôpital se prépare
Vous pensez que ça veut dire quoi pour eux ? 

-tranquilles ils annulent leurs OP non urgentes puis s’ennuient
-rangent des caisses de masques parce que y en a vraiment trop partout
-repassent les draps pour les gens qui viendront se reposer

2) Quand le médecin dit : “la situation est préoccupante
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-bon au pire y aura quelques brancards dans le couloir
-y aura pas de possibilité de chambre individuelle
-y aura pas de baguette au petit déjeuner

3) Quand les soignants disent : “on attend la vague
Vous pensez que ça veut dire quoi pour eux? 

-ils sont en face de la Méditerranée
-ils sont intelligents donc ils sont plutôt face Atlantique
-ils attendent encore le prochain train avec des places pour fuir Paris comme les autres

4) Quand on entend : “le personnel des urgences est en grève depuis 1 an
Vous pensez que ça veut dire quoi pour eux?
-leur pause déjeuner est seulement de 16 minutes
-le chef est un pervers narcissique
-ils veulent la retraite à 40 ans
-ils veulent qu’on supprime les 39h pour repasser à 35h

5) Quand le Docteur dit : “il y aura des pertes à déplorer
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-il est nul au UNO en plus d’être un mauvais joueur
-il a encore perdu son smartphone
-les cyclistes de la Française des Jeux ne feront pas de résultats au Tour de France par manque d’entraînement
-encore une crise économique à venir

6) Quand le Docteur dit : « restez chez vous ! »
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-il a la flemme de travailler
-il est d’extrême droite et ça se sait enfin
-lui aussi possède trois maisons à la campagne et un voilier alors « chez vous » c’est au choix

8) Quand le Chef de Service des Urgences d’un CHU dit mardi à la télé qu’il va faire des vidéos quotidiennes et que mercredi finalement il dit qu’il va devoir arrêter.
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ? 

-encore un type pas fiable
-le CSA a décrété qu’il était mal rasé et les coiffeurs sont fermés donc c’est pas compatible
-son épouse lui a fait une scène de jalousie

9) Le sapeur-pompier dit qu’il est concentré.
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-il y a un feu quelque part
-il s’occupe d’une des nombreuses requêtes sexuelles liées à l’uniforme
-il joue au Monopoly avec un policier

ON COMPTE LES POINTS MAINTENANT ! (à défaut de compter autre chose……)

HAUT LES CŒURS ! ils sont nombreux… <3

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On se souviendra de vous.

Bon. Voilà voilà, c’est la guerre. On est en train d’écrire l’Histoire. Mon premier prof de philo Eric Marion nous avait dit un jour, alors qu’on étudiait la métaphysique gravitant autour de Ulysse :
– A votre avis, quel est l’objectif de chaque être humain ?
On avait séché comme des couillons de terminale : le bonheur ? manger des pizzas ? baiser ? jouir ? se reproduire ? fumer du cannabis ? boire des bières ? sauver des vies ?
Et il nous avait corrigé :
– L’objectif de chaque être humain : c’est de rester dans LA MÉMOIRE.
Truc de ouf personne n’avait pensé à ce type de bail à 18 ans.
Je vous rappelle qu’on étudiait Ulysse, et qu’en effet, ce beau gosse d’Ulysse a plutôt bien réussi son coup parce qu’on se souvient a priori au moins vite fait de son blaze même si parfois on ne sait pas vraiment trop ce qu’il a fait de sa vie ce Ulysse. Il a fait la guerre ? Il a été confiné ? Il a mangé des pizzas ?

Vous êtes en train d’atteindre l’objectif d’Ulysse. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Peut-être, depuis vos canap si vous êtes obéissants, depuis l’herbe en bas de votre immeuble si vous n’avez pas encore compris (chacun son rythme), vous ne vous rendez pas encore trop compte que vous êtes des Ulysses. Pour l’instant il y a des chiffres de morts qui sortent d’une belle bouche bien pulpeuse pleine de rouge à lèvres (même les hommes mettent du rouge à lèvres à la télé oui oui). Et puis bientôt ce sera plus concret. Ce sera votre médecin, votre mère (votre grand-mère est déjà morte tout est OK de son côté), votre mari, votre enfant (on disait que les jeunes non, mais parfois les Ulysses sont motivés). Ça va donc vous coûter un peu de rester dans LA MÉMOIRE. Vous allez mouiller vos vêtements de vos larmes. Il n’y aura pas forcément beaucoup de sang parce qu’on va mourir en manquant d’oxygène, autrement dit, dans l’hygiène et la dignité.

Pour les futurs manuels d’Histoire qui parleront de notre guerre là, je propose de l’appeler la « Vraiment Drôle de Guerre ». La VDG. Les dates seront faciles à retenir pour les aspirants bacheliers. Un début en 2020, une date simple, une aubaine pour épargner la mémoire des jeunes mise à rude épreuve en épreuves de baccalauréat. La date de la fin de la guerre ? on verra. Il y aura plusieurs rebondissements pharmaceutiques et morbides qui n’intéresseront plus personne. Les profs diront vite fait « pour la petite histoire » que les politiques au pouvoir avaient quand même maintenu des élections en pleine pandémie pour leurs petits intérêts personnels. Ça fera rire toute la classe et ce sera vraiment ultra cool. Le prof de philosophie demandera aux élèves de réfléchir à si les responsables politiques qui avaient organisé les élections avaient agi comme des Ulysses. Certains diront peut-être que oui, parce que faire des grosses bêtises c’est aussi une façon de rester dans LA MÉMOIRE.

A vous de choisir votre camp.

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Le passage aux aveux

Bon ben voilà, on y est.
J’aurais pas fait 3 ans de blagues sur le blog qu’il est déjà temps de vous révéler la vraie raison qui m’a amenée à écrire ici.

C’était une hospitalisation aux maladies infectieuses. Le truc à la mode maintenant, mais de pouilleux jusqu’à récemment. J’étais censée être une patiente à l’isolement « contact ». J’avais une chambre individuelle mais je n’ai jamais été à l’isolement. J’ai nettoyé la cuvette sale des toilettes à mon arrivée, je regardais chaque jour (sauf le week-end) la dame du ménage passer une vieille serpillère au sol en 20 secondes chrono. Ma porte de chambre était censée être fermée mais elle restait ouverte. Les infectés, on devait rester dans nos chambres mais ça n’était pas respecté. Soit les patients étaient très ahuris donc pas gérables, soit on nous envoyait prendre l’air ; même une fois j’ai été envoyée aux admissions de l’hôpital pour faire des papiers. Moi, infectée, contagieuse, traversant tout l’hôpital avec mon pied à perf cassé, potentiellement répandant ma maladie pour des formalités « administratives qui aurait pu être reportées » (vous comprenez là mon message subliminal oui ?) . J’étais naïve couillonne confiante obéissante heureuse de sortir. Des masques aux maladies infectieuses ? Jamais vu. Des gants ? Presque jamais. Le geste barrière ? Un petit coup de pousse-pousse de solution hydro-alcoolique après l’entrée dans la chambre, et basta. Devant mes questions d’étonnement, toujours la même réponse des soignants du service : « aux maladies infectieuses on a de très bons anticorps ». Sans commentaires. Je repense encore aujourd’hui à chacun d’entre eux.

Puis, pendant cette même hospitalisation infectieuse, question logistique dans le CHU, j’avais été déplacée vers un autre service de médecine clinique, qui lui, réservait une aile de couloir aux infectés. Cette fois les portes restaient plutôt fermées. Il n’y avait pas que un coup quotidien de vieille serpillère au sol. C’était changement intégral de draps, quotidien, 15 minutes pour l’aide-soignant à javelliser la chambre avec une efficacité gestuelle hors norme. 15 minutes, ça laissait davantage de temps pour échanger qu’un vieux coup de serpillère. Alors j’ai questionné sur pourquoi, avec ma même maladie infectieuse, dans le même hôpital, les protocoles d’hygiène n’étaient pas les mêmes. Ra cet aide-soignant, encore maintenant je pense à lui. Consciencieux. Il m’a tout détaillé, en même temps qu’il continuait de « faire la chambre ». Et il m’a donné la cerise de la pièce montée qui se préparait dans ma tête : même lui avec ses 15 minutes de javel, il ne respectait pas le protocole. Ça lui était tout simplement impossible de respecter le protocole, il n’avait juste pas le temps. Il m’a demandé de ne pas répandre ses révélations. Il avait peur. Moi qui avait été par le passé habilitée « confidentiel défense », lui me livrait terrorisé à ses risques et périls son véritable « secret défense » (=le degré au-dessus du « confidentiel défense »).

Voilà. Il y a 3 ans et demi, j’ai survécu à cette maladie infectieuse au taux de mortalité se comptant en dizaines de %. C’était plein été, il n’y avait pas de grippes qui épuisaient l’hôpital. J’ai eu bien chaud, dans tous les sens du terme.

C’est vraiment là que j’ai découvert l’hôpital que je croyais si bien connaître (et j’avais déjà repéré de grosses failles). La plus grosse claque de mon existence.

C’est là que j’en ai eu gros sur la patate, que j’ai broyé beaucoup de colère. Après la colère (longtemps après), j’ai réfléchi. J’avais besoin d’un moyen de communication pour témoigner de ce séjour guerrier, qui ne dépendrait ni d’éditeurs, ni de journalistes, ni de réseaux de distribution, ni d’associations de patients, ni de représentants des usagers des hôpitaux, ni de bureaucratie, ni de règles, ni d’argent, ni, ni…

J’ai préparé mon coup d’état minutieusement depuis 3 ans. J’ai caché ma colère sous de la légèreté, du rire, du politiquement correct, des références littéraires et philosophiques que j’aime et qui attirent l’attention des Grands Responsables. Parce que des patients idiots qui râlent, il y en a à la pelle (c’est étonnant ?), et ça soûle tout le monde tellement ils ne comprennent rien ces roturiers sans diplômes.

J’ai donc entamé un blog de patiente « rangée » à la Simone de Beauvoir, j’ai fabriqué un pantin de patiente modèle, compliante, rigolote, sympa, réaliste, qui reste bien à sa place. J’ai léché pas mal de bottes, pour accroître mon audience. On m’a dit : « Tu prends toujours le mauvais sort avec humour, comme c’est plaisant ». Mais je suis aussi rangée que Simone de Beauvoir était également rebelle. Et, d’après Sartre et moi, l’enfer c’est bien les autres, et encore plus les Grands Autres.

Alors c’est vrai, j’accueille mon sort personnel avec un certain humour. Mon corps est mal foutu, c’est la fatalité, c’est la génétique. Mais qu’on fasse croire aux malades qu’on va bien les soigner, qu’on fasse croire aux soignants qu’il n’y a pas le choix de faire autrement, CE N’EST PAS LA FATALITE.

Alors oui d’accord peut-être, l’hôpital ça n’était pas mieux avant, c’est-à-dire il y a 1 siècle, 2 siècles, 10 siècles, 20 siècles.

Ce qui est sûr c’est que maintenant, c’est n’importe quoi.

Plus tard, ça PEUT être différent. Ça DOIT être différent. Je ne serrai peut-être pas là sur le blog pour le raconter. Pour continuer de flatter les Corbeaux qui étaient/sont/seront sur leurs arbres bien perchés.

Qu’on cesse de détruire l’Hôpital, ce sont mes dernières et uniques volontés.
Qu’on construise enfin un Hôpital en bonne santé.
Plus jamais de carabistouilles croquignolesques.

Ce blog que vous avez cru drôle et léger, il était manipulateur.
Ce billet criminel, c’était mon objectif, depuis le début.

J’ai tout prémédité. Depuis le début.
Je ne regrette pas mes actes.
Je suis prête à la perpétuité.

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Si je pouvais te parler petit virus

Peutivirus,

Tu es entré dans nos vies comme une tornade.

Tu as d’abord posé tes valises dans un coin,

Puis tu as voulu voyager. 

Ah ce tour du monde !

Celui dont tous les jeunes,

Rêvent.

Tu as privatisé des avions entiers.

Tu as bien profité.

Tu as rencontré plein de gens,

Des gentils et des méchants.

Parfois tu as été gentil,

Parfois tu as été méchant.

De ton périple on retiendra des bonnes choses. 

On ne regardera pas tes photos de vacances prises dans les hôpitaux.

De toute façon il n’y aura 

Plus jamais ça 

Dans les hôpitaux. 

Tu auras agi comme un vaccin,

Contre l’oubli que nous ne contrôlons pas tout,

Et rappelant que l’on peut toujours essayer de faire de son mieux.

Tu auras imprégné des valeurs pérennes,

Chez tous. TOUS.

 

Maintenant casse-toi Peutivirus ! 

Allez ! Casse-toi ! 

 

 

 

 

 

 

PS : pour un casse-toi efficace, en France les recommandations sont , sur le site du Ministère de la Santé.

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J’aime j’aime pas

J’aime.
J’aime pas.

J’aime que le monde entier réalise que la maladie -au sens large- existe et qu’elle est dure.
J’aime pas que des gens meurent et que des proches soient tristes.

J’aime que les gens apprennent les règles d’hygiène de base que plein de gens malades chroniques ont besoin d’appliquer depuis toujours.
J’aime pas qu’on vide les stocks d’hygiène à la hâte parce que ça pénalise ceux qui en ont besoin depuis toujours.

J’aime qu’on pense maintenant à « penser aux autres ».
J’aime pas qu’il faille un gros méchant loup pour qu’on commence à penser aux autres.

J’aime qu’on regarde l’hôpital public que je raconte ici depuis bientôt 3 ans et que je fréquente depuis plus de 10 ans.
J’aime pas que l’hôpital public soit vraiment en galère et qu’on se rende compte un peu tard qu’il a besoin d’aide.

J’aime que les médecins généralistes ne soient plus des « ratés de l’ECN » mais des professionnels de santé « de première ligne ».
J’aime pas que des gens aillent balancer leurs microbes sur les généralistes qui seraient là pour ça.

J’aime que les pharmaciens aient enfin un vrai rôle de conseil et d’information et ne servent pas qu’à piquer des vaccins dans des bras.
J’aime pas que des malades isolés déboulent à la pharmacie puisqu’on les refoule ailleurs.

J’aime que l’industrie pharmaceutique se bouge fort pour trouver des remèdes.
J’aime pas que l’industrie pharmaceutique se réjouisse du pognon à se faire sur ce gros coup.

J’aime que des experts proposent des points-bilan sérieux pour partager le savoir et la connaissance.
J’aime pas que des spécialistes précisent « les plus de 70 ans ou ceux avec de nombreuses comordibités ».

J’aime qu’on s’intéresse à nos personnes âgées et à nos EHPAD.
J’aime pas qu’on se rassure de savoir que c’est eux qui risquent de payer le prix fort.

J’aime qu’on s’aperçoive que le supermarché ce n’est pas que un lieu de capitalisme et que les petites mains qui y travaillent nous sont très utiles.
J’aime pas voir des clients se battre pour des pâtes ou du papier toilette.

J’aime entendre le Directeur Général de l’OMS évoquer que l’ennemi commun pourrait apporter la paix.
J’aime pas les images que je vois aux frontières de l’Europe.

J’aime.
J’aime pas.

 

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Le grand écart

Bon. Cabinet de médecine générale. Consultation compliquée pour le MG car « relèverait de la médecine interne » mais bon les internistes sont moins dispos et accessibles.

Et là ça sonne. Vous savez le « Sonnez puis entrez » placardé sur la porte du cab’ ? Ben là ça sonne plusieurs fois sans entrer. Le MG met en pause sa consultation d’interniste pour aller voir, et j’entends un homme qui parle. Il parle ahuri, lentement, il aurait besoin d’un Docteur, il ne sait même pas ce que c’est Doctolib, le MG lui propose de patienter mais finalement il part. Et peut-être on ne saura jamais de quoi cet homme avait besoin à ce moment-là.

Ce n’est pas la première fois que je suis témoin de ce type d’événement dans le cabinet du MG. La première fois c’était un homme qui voulait que son fils soit vu dans l’immédiat sinon il frapperait le Docteur.

Ça me fait penser à cet homme sans-abri dont j’avais fait la connaissance aux urgences. Moi j’attendais le tri après un AVP (Accident de la Voie Publique) alors que lui n’attendait rien. Il avait ses habitudes dans la salle d’attente. Tout le personnel le connaissait. A un moment il est sorti « fumer une clope » un peu trop longtemps et je revois l’interne désemparé le chercher partout dans la salle d’attente et un peu dehors aussi.

Je me dis qu’il y a vraiment un grand écart entre ce à quoi les Docteurs (et moi patiente indirectement) sont confrontés dans leur « vraie vie professionnelle » et ce qu’on leur a dit quand ils étaient jeunes, dans une vie éventuellement « confortable » (la mienne aussi). Je ne suis pas médecin alors je ne vais pas dire ce qu’on dit aux jeunes médecins (même si j’ai des oreilles).

Moi j’ai été formée (merci) à la Grande Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm de Paris (à surtout ne pas confondre avec celles de Lyon ou de Cachan-Orsay « qui sont largement inférieures »). Et « nous » « on nous a appris » à MEPRISER LES MEDECINS, « parce qu’ils avaient été sélectionnés à apprendre par cœur et pas à réfléchir ». Peut-être l’équivalent de la culture carabine sauce Normale Sup’ (et ses prépas privilégiées).

Je regarde la pyramide de haut en bas, « de la Grande Ecole Supérieure jusqu’à l’Homme en passant par le Médecin », et je me dis qu’il y vraiment un grand écart.

Et on s’oublie un peu parfois. Nous juste les Hommes, les Humains quoi.

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Mais vous n’avez rien Madame !

Bon. Je reviens sur ce Grand Moment de Médecine entre l’interne et moi, au cours d’une hospitalisation longue et complexe.

C’était samedi début d’après-midi, « jour de perm(ission) » pour ceux qui s’y connaissent. En général on s’accorde sur les consignes en 2-3 minutes, le patient (moi) je fais ma pause de maladie pour le week-end, et l’interne lui ouf il a un patient en moins dans les pattes, et tout le monde est content.

Sauf que ce samedi après-midi, l’interne bourré de dévouement d’innocence de déformations et surtout affublé de gros sabots, s’est mis dans la tête de venir « parler » avec Madame X (moi).

Quelle noble intention n’est-ce pas ?

Parler. En médecine somatique !

J’ai environ l’âge des internes moi. Alors si on fait abstraction de la structure de l’hôpital, j’ai parfois l’impression d’être en train de boire un verre avec un bon pote. Surtout quand l’interne a la noble intention de parler ET porte des gros sabots.

« Oui Madame je voulais vous dire qu’il faut arrêter de réagir comme ça, vous en faites trop moi je vois les dossiers de vos voisins de couloir et c’est bien pire que vous et eux ils ne prennent pas 3 grammes par jour de Xanax comme vous il faut vraiment vous calmer et prendre les choses différemment. Vous n’avez rien Madame ! »

Devant de tels gros sabots comme ça, le patient qui est déjà à 3 grammes de Xanax jour, il reprend un comprimé avant même d’ouvrir la bouche les gars.

S’en est suivi un échange de bien 1h sur le fait que SI OUI IL ARRIVE que Monsieur/Madame X n’en peuve plus alors que les autres patients du couloir ont tranquilou-bilou 24 grammes de télé en boucle dans la tête à apprendre par cœur toutes les variétés de races de cloportes sur Terre.

Chacun son histoire.

La relavitisation de comptoir à 2 balles (le prix de la pinte) comme ça ça ne marche pas. N’importe quel bon psy confirmera.

 

 

NB : Attention l’abus de Xanax est dangereux pour la santé. Parlez avec votre médecin ++ !

NB 2 : ce sujet c’est aussi celui de La bulle de Monsieur Positron écrit du point de vue du Docteur par Baptiste Beaulieu en 2016.

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Comment appelle-t-on poliment un arrêt de commercialisation ?

Fatche de con.

J’ai vraiment envie de m’encagner.

Aujourd’hui pour moi c’est jour de deuil. Comme y a eu pour plein d’autres malades en France. Je suis en train de consommer ma dernière ampoule de Intercron. Après c’est fini, c’est l’arrêt de commercialisation. Intercron, c’était un médicament commercialisé par la société Laphal Industries, basée dans le sud de la France à Allauch, au chiffre d’affaires 2018 de 24 051 500 euros. Probablement une bande de mafalous. Des chiens des quais.

Peuchère les malades qui utilisaient ce médicament, et qui sont maintenant dans la panade. Mais dégun s’intéresse à nous.

Peu chers aussi, probablement. Peu chers financièrement, parce que la boîte de 30 ampoules était vendue autour de 15 euros, à la charge du malade, puisque les grands de ce monde avaient barjaqué que l’Intercron n’était pas assez intéressant pour être remboursé. Pourtant ce médicament, moi (et d’autres), il avait sauvé ma vie à une époque. Mais après tout, on est 7 milliards sur Terre, elle vaut combien ma vie ? Je suis peu chère, affectivement parlant. Mais à l’inverse, je suis aussi devenue très chère. Maintenant, la sécurité sociale française (merci à elle) va me payer un médicament à 1700 euros par mois. Qui peut-être remplacera le bon vieux Intercron, mais peut-être même pas. Je vous laisse constater les ordres de grandeur de différence de prix : l’Intercron qu’on enterre, 15 euros par mois. L’autre qu’on met en avant dans toutes les publications, généreusement mis au point par l’industrie pharma, 1700.

On dirait que finalement à la sécurité sociale ils ne sont plus des rascous, ou bien c’est vraiment qu’ils sont de Martigues.

Ils ont TOUS fait une belle cagade .

Quel monde de fada…

Le con de Manon. (C’est le cas de le dire).

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J’ai une date avec un médicament

Bon. Je me sens toute bizarre. Un nouveau dépucelage se prépare.

Il y a 5 ans, une super Docteure du poumon m’avait parlé d’une molécule qui pourrait être trop bien pour moi, parce qu’on avait déjà essayé toute sa panoplie. Elle m’avait demandé droit dans les yeux : « Jusqu’à quel point ça vous gêne ce truc aux poumons ? ». Et je lui avais répondu sans hésiter : « C’est en train de prendre toute ma vie ».

Mais voilà, à ce moment-là, il y avait le Docteur du ventre qui balançait déjà dans mon corps un gros médicament, alors les Docteurs du ventre et du poumon s’étaient accordés (pour une fois) que ce serait le ventre qui l’emporterait. Et puis moi j’étais assez d’accord, parce que j’avais besoin d’un ventre fonctionnel pour faire ce que je voulais de mes poumons. Voilà comment on priorise en médecine.

Et puis aujourd’hui, le recul a avancé. Maintenant les Docteurs ont moins peur de mélanger deux gros médicaments, l’un plutôt pour le ventre, l’autre plutôt pour les poumons, en théorie. Parce qu’en médecine d’avalage de médicaments, on ne sait jamais trop ce qui se passe vraiment.

C’est demain. Demain j’ai rendez-vous avec le nouveau médicament.

Des nouveaux médicaments, j’en ai bouffé. Je me suis déjà demandé si ça pouvait se comptabiliser. Je crois que je serai dans les meilleures s’il y avait un concours de testeurs. Je me sens puissante. C’est jouissif.

Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir 15 ans. J’ai le cœur qui bat. Je me suis faite belle. J’ai choisi mes vêtements. J’ai préparé mon maquillage. J’ai limé mes ongles. J’ai fait mon plus beau brushing. Je dors mal. J’ai attendu les appels de l’hôpital comme quand j’attendais les signes de l’être convoité. J’ai supplié un rendez-vous avec le taxi conventionné pour être présente aux aurores le Grand Jour parce qu’à l’hôpital tout commence tôt. Et pourtant, j’ai tellement l’impression que cette aventure commence bien tard.

J’ai l’impression qu’il fait nuit. C’était il y a 15 ans. Je me souviens de tout comme si c’était hier. On est des jeunes, en bonne santé, on boit de l’alcool et on fume du cannabis sur les bords de Seine. On sort tout juste de la boîte de nuit, mais on a encore plein d’énergie. On se demande quel comprimé de contrebande on va tester ce soir. On joue comme des couillons insouciants avec des chimies plus que douteuses. On ne sait même pas comment s’appelle ce qu’on avale. Y a le petit rose. Le gros blanc. On fait n’importe quoi. Mais tout fini bien.

A demain.

 

 

ATTENTION : en aucun cas il ne faut interpréter ces lignes comme une invitation à la consommation récréative de alcool, cannabis, médicaments contrefaits ou non. Si vous avez un doute, sollicitez des professionnels de santé.

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