Archives de catégorie : En hospit’

Agir et penser comme un chat ?

Bon. On est le samedi 28 décembre, je vous souhaite un Joyeux Noël. Tiens tiens, mais pourquoi souhaiter un Joyeux Noël aussi tard ?

Faut remonter un tout petit peu. Un jour environ il y a deux ans, alors que j’étais triste d’être malade, malade d’être triste, malade de méditer de lire tous les guides de développement personnel expliquant comment être heureuse, j’ai adopté un chat. C’était la leçon numéro 275 d’un guide très bien : s’occuper d’un petit animal, pour se sentir utile, avoir l’impression qu’une journée non travaillée indemnisée en Indemnités Journalières Affection Longue Durée mais où on avait passé 6h à caresser un chat, finalement : c’était une Bonne Journée.

Mon chat, fidèle à la santé de sa maîtresse, suivant scrupuleusement les règles de l’épigénétique, a décidé d’être malade comme un chien un 24 décembre, le jour de Nowel. Me voilà questionnant les autres – évidemment heureux – propriétaires de chats, téléphonant à mes amis vétérinaires tentant de dissimuler tant bien que mal un « Joyeux Noël mais en fait c’est pour mon chat ». Finalement, c’était grave, on est parti mon chat et moi dans un taxi DeLuxe chez un vétérinaire DeLuxe ouvert 24h/24 7jours/7. Et on y a décidé d’hospitaliser mon chat, après m’être moi-même mordu la queue à fabriquer une montagne d’élucubrations éthiques sur quelle limite à ne pas dépasser pour soigner un chat.

Et je me suis dit : « J’en profiterai pour dire sur le blog que c’est 1000 fois mieux d’être un chat quand on est malade, que les chats eux ne font pas la queue dans la salle d’attente des urgences entassés comme des chiens humains, que y a tout de suite une place en hospit’ si besoin après les urgences, que les médecins les respectent sont gentils et leurs font des caresses pendant les soins, que y a plein d’empathie partout dans le milieu vétérinaire ». En fait c’est ultra vrai tout ça, et c’est vrai que ça mérite d’être dit. Le véto quand il injecte buprenorphine à Félix qui a très mal, il lui caresse volontiers la papatte sans se demander 300 000 fois si c’est bien ou mal d’être empathique en médecine (cf. le billet précédent).

Et puis les jours ont commencé à défiler, et mon petit chat toujours hospitalisé (encore à l’heure où je vous écris). Comme à un petit humain, je lui rends visite chaque jour. Et aujourd’hui, j’ai compris un truc. En voyant mon petit chat tout triste dans une cage minuscule, entouré de plein d’autres chats tous tristes dans des cages minuscules, je me suis dit que ça ressemblait quand même beaucoup à une « médecine humaine », celle que moi je connais quand on devient des numéros de chambre qui juste se suivent le long d’un couloir d’une spécialité médicale.

Je me suis dit que malgré les caresses sur les papattes, même dans le monde médical merveilleux du vétérinaire, y a trop de défauts d’humains ; et finalement toujours pas assez d’humanité.

Share

Faut-il VRAIMENT plus d’empathie en médecine ?

Bon bon bon coucou c’est encore moi ! Vous vous dites « la nana va se mettre à bloguer tous les jours ça va commencer à être reloooo ». Je vais essayer que non. En fait je tombe sur la newsletter de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital reçue aujourd’hui arrivée dans mes spams (phénomène freudien subliminal ?). Je parcours vite fait comme d’hab et là BOUM je tombe sur le titre choc : « Faut-il vraiment plus d’empathie en médecine ? »

Waou.

Bon la dame qui a parlé là-dessus semble très gentille, sur sa photo elle a de beaux longs cheveux, une dame très bien quoi. Mais pourquoi mettre « VRAIMENT » dans le titre de sa prez ? Eh oui, parce que je ne sais pas vous, mais moi ce « VRAIMENT », il fait se dresser mes longs cheveux sur ma tête. En fait on a dû se dire que tout le monde parlait de l’empathie en médecine en ce moment blablabla et que comme toujours en philosophie il fallait remettre cette question en question, parce que oui ok les malades ont besoin d’empathie mais en fait non le rôle du médecin c’est pas d’être empathique mais plutôt objectif qualitatif intègre déontologique froid sévère, et l’empathie c’est le rôle de la bonne copine de la maman de la tata, toutes ces gentilles femmes aux longs cheveux bien câlines comme il faut, avec leur grands sourires et leurs mains chaudes.

Je vais vous raconter une petite histoire.

C’était un bloc super difficile. Avec une anesthésie générale comme j’en avais déjà eu plein, mais cette fois j’étais VRAIMENT pas confiante. Alors sur mon brancard, dans le froid de la salle stérile, nue sous la blouse toute fine, seule sans mes tatas et mes copines, je me suis mise à pleurer. C’était des pleurs très professionnels bien sûr, dans le respect de la déontologie du patient. C’est-à-dire que je ne hurlais pas de sanglots, je ne me secouais pas dans tous les sens. Non non. Juste il y avait plein de liquide clair de larmes qui sortait de mes yeux et qui coulait sur mes joues pour aller se nicher dans mes longs cheveux attachés. Tout ça dans le silence. Et tout le personnel de bloc de s’affairer autour de moi.

On m’a dit qu’on allait m’injecter le produit qui endort et que donc bientôt ce serait cool je ne pleurerai plus. Et là, en même temps que j’ai senti le liquide de l’anesthésie rentrer dans mon corps par le pli de mon bras, une main s’est mise à serrer la mienne. Autant que j’ai pu jusqu’à ce que je m’endorme, j’ai serré VRAIMENT fort cette main inconnue qui avait attrapé la mienne.

Cette main, j’ai su plus tard que c’était la main du Médecin.
Le Grand Docteur, le Chef des Opérations, le Pilote, Celui à qui tous obéissaient VRAIMENT dans ce bloc.

PS : le Docteur avait pas des longs cheveux. lls étaient courts. Et pourtant.

PPS : je n’ai pas lu davantage la newsletter de la Chaire. Je ne suis pas allée plus loin que le titre. Je ne critique pas ici ce qui se dit là-bas.

Share

Le jour où j’ai couru après le Docteur

Bon. C’était à l’ère de ce que j’appelle ma naïveté médicale = quand je faisais encore confiance au Docteur.

J’avais alors rendez-vous pour un test d’effort dans le cadre d’une suspicion d’une maladie B. Et il se trouve par ailleurs que dans le cadre d’une forte activité de maladie avérée A, je vivais avec du Cortancyl 50 mg par jour depuis plusieurs mois. A ceux qui n’ont jamais fait l’expérience du Cortancyl 50 mg jour pendant plus de 3 semaines, j’adresse toutes mes plus sincères condoléances. Vous allez malheureusement mourir sans avoir jamais vécu. Vous n’aurez jamais connu les 3h de sommeil, la productivité intense, l’excitation permanente, l’effervescence explosive (comment croyez-vous que je rédige des blogs ?!), le plaisir sans désir, le…, la…, bref, la VIE. Comme elle vaut d’être vécue. D’ailleurs quand j’ai connu le Cortancyl 50 pour la première fois, je me suis demandé pourquoi, à chaque malade en fin de vie connue/supposée, on n’offrait pas cet ultime plaisir. Si moi je travaillais à la HAS, tous les protocoles de fin de vie seraient inondés de Cortancyl 50 (au moins). Bref mais on s’égare.

J’étais donc sous Cortancyl 50. Je remarquais que « l’effort » était un mot qui n’avait plus de sens pour moi. Mais y avait ce test « d’effort » programmé pour la maladie B. Je téléphonai alors au service de la maladie B pour informer, que je devais bientôt venir pour le test d’effort mais que, dans le cadre de la maladie A, je prenais du Cortancyl 50, et franchement y avait plus aucun symptôme de la maladie B donc bon bon bon on devrait peut-être repousser si on était malin taratata etc etc. La Dame au téléphone se renseigna auprès du Docteur présent, celui-ci dit « Non non on maintient » ; alors on maintint.

Je déboulai donc à l’hôpital ce jour J, sourire au bec, comme d’habitude avec Cortancyl 50, prête à en découdre avec « l’effort », curieuse de voir où étaient donc bien les limites de ce Cortancyl 50. Manque de bol ce jour-là, la machine à « effort » ne fonctionnait pas. Mais heureusement ce jour-là, on avait trouvé une solution DeLuxe plutôt que de me renvoyer chez moi : j’allais courir derrière un Sénior. On m’exposait qu’un Sénior de bonne constitution avait été choisi spécialement pour me faire connaître l’effort. Nous avions un long couloir du service réservé spécialement pour nous deux. Nous allions enchaîner les aller-retours dans ce couloir, pendant 30 minutes, pour voir à quel moment il me mettrait la pâtée. Et en tant qu’arbitre y avait des petites machines qui mesuraient plein de trucs et que le Sénior tiendrait lui même dans ses bras pendant « l’effort » parce que le Sénior était très fort.

Je vous laisse imaginer l’expérience…comme mon bec avait du mal à contenir le sourire que m’imposait le Cortancyl 50 ce jour-là encore plus que tous les autres jours…Au début on marchait alors c’était normal, et puis on a accéléré progressivement, jusqu’à courir tout doucement… « pas si vite » s’énervait le Sénior, entre deux tics trahissant une jalousie écarlate.

Ce jour-là, j’ai eu les meilleurs résultats au test d’effort que tout le service avait jamais enregistré. Ce jour-là, ma naïveté médicale a pris un sacré coup. Ce jour-là quelque part, j’ai grandi.

Quelques mois plus tard, j’ai eu ma Consultation avec mon Super Docteur qui s’occupe encore de ma maladie B pour lui raconter mon « test d’effort ». Ah comme on a ri ce jour-là, en consultation.

Share

L’appel de l’hôpital.

Ce matin.
Le téléphone sonne.
C’est l’Hôpital.
Probablement pour fixer le prochain battle avec ce médicament.
Qui a tellement d’effets secondaires.
Qui me met tellement KO.

Aujourd’hui.
Je n’ai parlé à personne.
J’ai tremblé toute la journée.
Je me suis demandé si c’était ça la dépression.
Je me suis demandé si c’était ça l’angoisse.
Ce mal.
Qui me ronge aussi maintenant.
Que je ne connaissais pas.
Avant.

Je n’ai pas eu la force de rappeler l’Hôpital.

Ce soir.
La journée sera terminée.
Je n’aurai fait.
Que.
Penser à l’Hôpital.

Share

Le droit des hommes

Hello tout le monde !

Bon, alors ok oui, j’avais dit le blog ça me soûle ça suffit c’est fini, et puis j’ai vu le grand retour de Jaddo, et ça m’a donné envie de vous réécrire.

C’est une petite histoire toute bête. Qui ne parle pas trop de grosse maladie, donc qui intéresse tout le monde.

C’est mon frère qui a accouché hier. Enfin, c’est la femme de mon frère qui a accouché hier, mais bon, écrire ça c’est un peu long, alors je préfère parler en raccourci. De toute façon, a priori, vous aviez compris.

Mon petit frère a accouché donc. Ok il n’a pas fait grand chose. Il a tenu les mains de sa femme, il lui a tenu le front, il l’a encouragée bien fort. Elle elle était sur le lit en train de forcer, et lui bien sûr, ne faisait pas grand chose, en comparaison. Il a donc passé le long processus d’accouchement à attendre, debout, assis sur le ballon de yoga, puis debout, puis assis sur une chaise dans la chambre, etc, etc. Mon frère est resté au moins 36h sans s’allonger, à aider sa femme heureuse mais douloureuse.

Il a eu un service au raccourci.

Je me dis quand même, à l’orée de la journée de la femme, ne devrait-on pas aussi penser à l’homme ? Au moins pour ça.

Et puis figurez-vous que le lendemain, un miracle s’est produit. Eh oui, il existe encore des miracles, en médecine. Après l’accouchement, quand la mère et le petit bébé sont passés en chambre, on a offert un lit, à mon frère. ON A OFFERT UN LIT A MON FRERE. Dans la même pièce évidemment.

Je repense tellement à mon amie Julie, qui avait tellement souffert d’être seule dans la chambre avec son bébé qu’elle découvrait et qui pleurait fort, sans cesse. L’homme était parti, il n’y avait pas de place pour lui. Et elle avait elle aussi pleuré longtemps, exténuée, désemparée, ne sachant quoi ni comment faire.

Je repense à toutes mes autres amies qui n’ont pas eu un parent dans un lit à côté.

Je me demande pourquoi l’évidence ne s’applique pas partout pareil.

D’une certaine façon, penser à l’homme ici, c’est aussi penser à la femme.

 

PS : Mon frère n’a pas accouché dans une luxueuse clinique, mais dans l’hôpital public proche de chez lui.

Share

Je me suis enfuie de l’hôpital

Bon. C’était une belle après-midi. L’été durant lequel j’avais commencé mon blog, pour raconter un long et dur été à l’hôpital, doucement s’éloignait, ne laissant plus la place qu’à des souvenirs heureux. Presque plus que. C’est toujours mouvementé les étés.

Ce jour-là, j’allais comme une fleur – de l’été – faire une petite échographie de contrôle dans un « petit CHU de campagne » (je suis restée parisienne dans l’âme), entre deux glandouilles à la plage. Tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

A l’échographie néanmoins, le radiologue m’a assez vite trouvée suspecte. Livide. Il répétait : « Vous êtes sure que ça va ? » Et moi, m’accrochant à mes rêves, les yeux à demi-fermés, le teint blafard, la voix angélique : « Oui oui ça va ». Puis malaise avec perte de connaissance. La douleur était trop forte. Et j’ai toujours été mauvaise actrice.

Je m’étais déjà fait quelques copines dans cette petite structure de province (je suis restée parisienne dans l’âme). Le radiologue m’a envoyée voir un urgentiste, moi je suis passée voir ma copine de l’accueil d’abord.

Au diable les médecins, « quand on veut on peut », et moi je veux être en bonne santé, donc je peux, et puis c’est tout.

La copine de l’accueil n’a pas trouvé bon non plus de parlementer, et, elle aussi, a voulu que j’aille « aux urg’ ». Ça y est, je connaissais un nouveau surnom pour un truc de l’hôpital, je me perfectionnais, tout allait bien.

« Les urg’ » m’a-t-on dit sur le ton de quelqu’un qu’on sermonnerait parce qu’il aurait voulu acheter trop de Dragibus : « C’est 4h d’attente hein ». Manquait plus que le « nananère ».

Je me tourne vers la salle d’attente. Que des chaises qui font mal au dos. Je suis une adulte, j’ai appris à être docile parfois, et je me couche donc sur trois chaises alignées ; ça coupe un peu le dos. J’attends comme un animal en cage qui va passer à la casserole. Je glane discrètement des informations chuchotées par les secrétaires médicales :

« C’est qui celle qu’é allongée là ? »
« C’est une patiente du Docteur G. »
« Ouh la, le Docteur G c’est lui qui est d’astreinte justement ? »
« Ben tant mieux pour elle, mais attention il s’énerve si on le dérange pour lui dire qu’elle est là, il est très occupé cette après-midi. »

Échange de regards terrorisés entre dames de l’accueil. Le Docteur G ne doit pas toujours être un ange avec ces mesdames. J’avais déjà remarqué que sa consult’ était bien en retard, je pensais que c’était à cause des patients des urgences justement. J’avais déjà remarqué aussi que le Docteur G semblait dévoué à répondre à mille coups de téléphone pour avis pendant sa consultation. J’ai voulu continuer à croire que le Docteur G était un bon Docteur.

Néanmoins, le temps avançant, j’ai commencé à flipper, et à avoir sérieusement beaucoup plus mal. Allongée sur les trois chaises accolées qui lacéraient mon dos, on n’arrangeait pas grand chose. Aucune nouvelle du Docteur G ou d’un autre Docteur d’ailleurs. Ah, comme je regrettais mon Docteur K.

Le temps long continuait d’avancer, non pas tant bien que mal, mais plutôt mal que bien, et je n’avais encore vu personne. Je n’avais même pas encore le petit bracelet blanc autour du poignet avec mon numéro de robot malade. J’étais encore « une humaine » avec un libre arbitre. J’ai entendu des gens s’impatienter dans la salle d’attente auprès d’une gentille dame de l’accueil. Finalement, le scanner était en panne.

D’expérience je vous le dis, si scanner marche pas, IRM y a pas. C’est La Fontaine version moi.

Donc voilà, j’attendais seule avec ma conscience et ma douleur, mais j’étais encore une être humaine. Le médecin qui m’avait déjà vu quelques fois était là. Mais finalement il me faisait peur parce qu’il faisait peur aux gentilles dames.

Avant même d’avoir parlé avec qui que ce soit, il n’y avait plus de confiance dans cette structure-là.

Pour la première fois, je me suis enfuie de l’hôpital.

Share

Pour qui le bloc ?

Bon. Personne n’a jamais trop envie d’aller au bloc. « Le bloc » c’est le bloc opératoire. Il y a pas mal de trucs de bloc qui peuvent être faits en ambu (=ambulatoire = vous ne dormez pas à l’hôpital). Mais même en ambu, souvent on vous donne une chambre, pour l’avant bloc et l’après bloc. Histoire de se désaper et de revêtir la blouse fleurie tranquille, oklm.

Pourquoi il y a souvent des petits motifs sur les blouses des patients ? Et pourquoi la couleur de base c’est toujours le bleu ?
Bon passons ces questions trop compliquées.

Mon père m’avait accompagnée ce jour-là. Mon père est plus âgé que moi ; je préfère jouer la franchise avec vous.
Et tout le monde sait que ce sont les vieux qui sont malades, et les jeunes qui sont en bonne santé, n’est-ce-pas ?

Alors on attendait tous les deux dans la chambre avant que j’aille au bloc. Je repoussais le moment de la blouse, parce qu’après on a froid, et on est moche. Et j’aime être jeune et belle. Et en bonne santé.

Donc on rigolait habillés en gens normaux dans la chambre, seuls. Soudain, une blouse blanche a déboulé, et nous a vus là, à oser s’amuser, dans une chambre d’hôpital. Vous n’imaginez pas la rouste qu’a prise mon père :

« Monsieur, pourquoi vous n’êtes toujours pas en blouse ? Tout le monde vous attend ! Vous allez retarder le planning, vous ne vous rendez pas compte ! »

Et bim ! Mon père gêné. Puis la bouse blanche gênée. Moi pas gênée.

La blouse blanche a eu un moment de lucidité : « C’est bien pour vous, Monsieur ? »

Et moi : « Oui c’est pour lui. »

Et mon père commençant à paniquer, me montrant du doigt : « Non c’est pour elle. »

Bon. Je suis devenue sage. Fallait bien accepter.
J’ai enfilé la blouse bleue, et j’ai suivi la blouse blanche, peu fière de s’être ainsi fait berner.

PS : pour les lecteurs qui lisent un peu l’anglais, un article récent du New York Times sur une Ecole de Design travaillant le style de la blouse du patient !

Share

On peut vous prendre en photo ?

Bon. J’étais en HDJ = hôpital de jour. Quand des soins durent un peu longtemps, mais que y a pas besoin de dormir la nuit néanmoins, « on a HDJ ». C’est un peu comme « avoir piscine ».

J’étais en HDJ ce matin-là. Ça défilait pas mal, c’était efficace. « Tension-température », bilan (=bilan sanguin) pour avoir les résultats en 2h. Passage de l’externe : « Bonjour je suis l’externe » ; clairement mes préférés ces petits mouflets tous chouchous en phase d’apprentissage. Passage de l’interne, plus sérieux : « Je vais vous examiner. » Examen complet. Notamment dermato. Test caractéristique de ma maladie sur la peau. Très facile à réaliser. L’interne est épaté : « Très impressionnant. Vous n’aviez jamais remarqué ça ? » En fait non, je ne m’amuse pas à faire des tests dermato sur ma peau seule chez moi pendant que j’écris du blabla sur le blog. En fait si, j’avais un peu remarqué mais je croyais que c’était normal. Petit sourire de l’interne. Examen terminé. Je reprends mes occupations de malade.

Passage de la chef de clinique. On rigole beaucoup moins avec la chef de clinique. La chef de clinique c’est une espèce de surhumain surpuissant – dopé à la cortisone c’est pas possible autrement – qui sait tout sur tout. On sait que c’est la chef de clinique parce que c’est écrit sur sa blouse au niveau de la poitrine. C’est un peu gênant de regarder cette zone du corps, donc je vous conseille d’avoir l’œil furtif, et un bon ophtalmo. Donc la chef de clinique déboule avec toute sa clique d’internes, d’externes, dans ma chambre. On dirait une Grande Visite. Sauf que y a pas de Grandes Visites en HDJ. Alors je trouve ça bizarre.

La chef de clinique me dit : « On peut voir ce que vous avez fait avec l’interne ? »
Je me déshabille et je montre. Je ne suis pas pudique. J’assume ce que j’ai fait avec l’interne.
Elle dit elle aussi : « Très impressionnant. »

Puis, embarrassée : « Je peux vous prendre en photo ? »
Se justifiant : « C’est pour montrer aux étudiants. »
Me rassurant : « On ne verra pas votre visage. »

Bon sang. Moi qui impressionnais la chef de clinique et toute sa clique. Moi qui me faisais shooter à l’hôpital par un iPhone et pas par de la morphine. Moi à qui à l’hôpital on me demandait mon autorisation pour me faire quelque chose. On ne verrait pas mon visage ?!

J’ai pas osé demander à ce qu’on voie mon visage. Je me suis dit que j’aurais qu’à écrire sur un blog. Comme ça un jour peut-être d’autres gens voudront me prendre en photo. Et qu’ils voudront aussi ma tête.

Share

Noël à l’hôpital

Bon. Il y a des dates-clés comme ça à l’hôpital. Le 15 août, les fêtes de fin d’année, le 1er mai. Des dates vides, creuses. Personne ne veut être malade à ces dates-là.

En général, vous trouvez un peu plus facilement un rendez-vous pour une imagerie, un examen désagréable comme une coloscopie, ou d’autres joies de la médecine, autour de Noël. Si vous êtes vraiment malade, c’est pratique. Eh oui, parce que la vraie maladie ne s’arrête pas à Noël bien sûr.

On a déjà expliqué sur ce blog le principe de la permission à l’hôpital pour les week-ends, les jours fériés. Tous les soignants font un effort pour gérer une sortie provisoire du patient, et il revient juste après sa pause passée hors de l’hôpital. C’est un petit sursis. Ce n’est pas toujours possible, quand on est dans un état trop instable par exemple.

Je regarde la série Plus Belle La Vie depuis 10 ans. Voilà c’est dit. Je ne savais pas comment vous le dire, je ne rate pas un seul épisode. Pour la première fois en dix ans, en regardant un épisode de la semaine dernière, j’ai pleuré. J’ai pleuré quand le petit Octave hospitalisé a demandé au Père Noël qui passait dans les services de pédiatrie, une fusée pour sa maman, pour qu’elle vienne le voir au ciel quand il serait une étoile.

Le soir de Noël à l’hôpital, je rêve d’être la mère Noël, d’aller serrer les petits Octave dans mes bras, et de leur dire que tout ira bien. Mais ce n’est pas possible, les patients ne peuvent pas se mélanger comme ça.

Le soir de Noël à l’hôpital, on a tous quelque part au fond de nous, petits ou grands, une âme d’enfant.

Share

Le bon secrétaire

Bon. Y a un métier à l’hôpital dont on parle peu. On cherche souvent « un bon médecin ». On fait bouger tout son carnet d’adresses, on se retrouve à appeler des gens qu’on n’aurait jamais osé appeler. On ne pense jamais au secrétaire du fameux soit-disant bon médecin. Enfin pas assez. Parce qu’en fait ça peut tout changer. Le bon médecin devient moins bon si son secrétaire oublie votre bilan (=votre prise de sang) sur le fax. Le bon médecin devient moins bon si son secrétaire vous dit « Je vous tiens au courant du résultat de la biopsie » alors que ça fait…(je repense à toi, je calcule dans ma tête, voilà) un peu plus d’un an que j’attends qu’on me tienne au courant du résultat de la biopsie. Évidemment on peut aussi appeler le secrétaire pour lui rappeler de vous tenir au courant, faire appeler directement l’anapath’ (=anatomopathologiste), etc. Mais on apprécie vraiment, un bon secrétaire.

Du coup je vous prends l’exemple de Stéphanie, qui m’enchante littéralement à chaque fois que j’ai besoin d’elle. Stéphanie c’est la secrétaire de mon médecin qui me prescrit mon médicament en ATU (heureusement que j’écris ce billet maintenant parce que figurez-vous que, ça y est, mon ATU est passée en AMM, bravo à ANSM de bien bosser, de lire le blog, de bien bosser, de lire le blog…) Donc quand je téléphone à Stéphanie, je dis bonjour, je dis que je suis une patiente du docteur C, j’expose la raison de mon appel et après environ douze secondes elle me coupe systématiquement et elle me fait : « Vous êtes Madame Leroux ? » Je la soupçonne de jouer à deviner comme ça tous les patients pour pimenter sa journée. Donc je ne me présente jamais, pour qu’on puisse jouer. Elle ne s’est jamais plantée avec moi. Pourtant on s’appelle genre que tous les trois mois, si tout va bien. Quand je lui dis « oui, encore bravo pour avoir deviné » elle sourit. Vous avez remarqué comme on entend au téléphone quand quelqu’un sourit ? Le sourire c’est important.

Donc là, je ne voulais pas prendre rendez-vous, ni le CR (=compte-rendu) de l’anapath’ sur ma dernière biopsie, il y avait un problème avec le renouvellement de mon ATU. Pour changer… C’est la pharmacie hospitalière qui m’avait avertie qu’elle n’avait rien reçu, même si ouf, pour rajouter un mois de traitement, elle avait pu s’arranger. Pourtant avec le Docteur C et Stéphanie, on avait lancé la demande un mois avant la fin de la précédente ATU. C’était un vrai travail d’équipe. Mais ça avait planté on ne sait pas où, et je risquais de me retrouver sans traitement. Ça ne plaisait pas à Stéphanie ça. Stéphanie m’a dit « Je vous rappelle ». Alors voilà, en toute amitié, en toute honnêteté, en toute humilité, en toute sympathie, en toute rigolade, quand quelqu’un, n’importe qui, à l’hôpital, vous dit : « Je vous rappelle », très souvent ça veut dire : « Next« . Désolée pour ceux qui n’ont pas suivi cette émission très intéressante. Peut-être qu’il aurait fallu un peu plus d’hospitalisations…? Bref donc moi quand j’entends « next », j’ai pris pour habitude de me mettre des rappels, pour moi, rappeler. C’est même une externe sympa qui m’avait dit ça quand j’étais « une débutante » : « C’est l’hôpital hein, faut harceler. »

Ben Stéphanie, y a jamais besoin de la rappeler, de lui rappeler. Sur ce problème particulier, elle m’a appelée tous les jours, pour me tenir au courant, pendant genre une petite semaine. Si j’entendais pas son appel elle laissait un message. Puis elle m’envoyait un mail pour me dire qu’elle m’avait laissé un message. Et elle mettait l’ordo en PJ. Puis elle me rappelait pour me dire qu’elle m’avait envoyé un mail et qu’attention il pouvait être allé dans les spams. Voilà vous avez compris, elle est en or la Stéphanie du Docteur C. Et quand tout le monde dit que le Docteur C est super (c’est vrai), j’aurais bien envie qu’on rende à César ce qui est à César, et qu’on souligne qu’il y a aussi, Stéphanie.

Maintenant après avoir encensé Stéphanie, j’ai envie de vous raconter un autre secrétaire. Cette fois le secrétaire est un homme, parce que non, ça n’arrive pas qu’aux femmes. Ça arrive même à des hommes très bien, puisque Wikipedia dit que Stéphane Plaza avait envisagé dans un premier temps de devenir secrétaire médical. Les habitués de « Recherche appartement ou maison » et compagnie reconnaîtront bien là la qualité de commère éventuellement nécessaire au métier de secrétaire. Alors c’est parti. Moi aussi quand je m’ennuie, je peux enclencher mon mode commère, on dira plutôt ici, le mode furetage, pour votre plus grand plaisir, lecteurs !

Je sortais du Docteur et il fallait reprendre rendez-vous au « Bureau des rendez-vous », un bureau avec une porte fermée et une petite vitre, sur laquelle étaient à demi-collées des affiches de l’AP-HP. J’ai regardé rapidement à travers la vitre de la porte fermée, il était midi. Je demande en face à l’ « Accueil des consultations » si le « Bureau des rendez-vous » est parti manger. L’accueil me dit : « Non normalement il est là ». Je retourne voir par la petite fenêtre. Effectivement ça bouge à l’intérieur, et la porte s’ouvre, un homme qui se tient bien droit apparaît, une main sur la poignée de la porte, l’autre main qui touche furtivement sa blouse. « Madame ? » dit-il, pendant qu’une autre madame, en blouse aussi, sort furtivement d’un semblant d’arrière bureau du « Bureau », en ne se tenant pas très bien droite, et, disparaît. J’ai bien aimé ce truc bizarre.

J’ai dit que le Docteur m’avait dit de reprendre rendez-vous dans trois mois. Il a explosé de rire : « Ah les médecins ». Pendant qu’il fouillait le planning, on a sympathisé. Il m’a dégoté un rendez-vous vraiment stylé, à trois mois et demi. Il m’a dit tout fier : « Ah je ne peux pas mieux faire ! » A l’heure où l’hôpital aussi se met à Doctolib, ce petit coup de pouce/pousse, qui ne peut être que le fait d’un humain, m’a fait penser au jeitinho brasileiro. Le jeitinho c’est tellement brésilien qu’il vaut mieux aller au Brésil pour vraiment comprendre ce que c’est. C’est plus prononcé à Rio qu’à São Paulo. Mais bon, vous avez compris en gros.

Comme si ce service/jeitinho ne suffisait pas, le « Bureau » ajoute : « Vous avez raison de consulter ce médecin, c’est le médecin des stars !  » Tiens donc. Et là tout fier de m’énumérer quatre noms de stars qui viennent dans le service. Moi je demande : « Hum, mais vous avez vraiment le droit de me dire ça ? » Et lui, explosant de rire, encore : « Bien sûr que non, mais vous n’êtes pas paparazzi, sinon on se ferait de suite chacun 10 000 euros ». Il ne croyait pas si bien dire… notre bon secrétaire ! Le voilà en vedette sur le net ! Heureusement pour tout le monde je n’ai pas (encore trop) la dalle et je ne vous livre pas, en pâture, le noms de ces stars, qui affectent maintenant, mon em-pathie.

Fallait finaliser la discussion avec le « Bureau des rendez-vous ». Vous voyez venir le problème ou pas ? Il avait la langue bien pendue notre bon secrétaire, alors je lui ai dit que je ne voulais pas lui donner mon nom, si c’était pour le répéter, au tout venant. Il a ri encore : « Ah mais vous, vous n’êtes pas célèbre ! » Heureusement. J’ai été obligée de donner mon nom. Mais en échange j’ai exigé son prénom. Je vous le livre en partie : ça sonnait comme Blaise. Vraiment à l’aise, ce Blaise !

Je ne lui ai rien dit pour le blog évidemment ; ça reste entre nous, tout ça 😉

Share