Archives mensuelles : février 2018

Le blog est Prescrit

Temps de lecture : 2 minutes

Bon, ça y est, aujourd’hui, le blog est Prescrit. Un article a été repris dans la Grande Revue Prescrire des Docteurs.

C’est marrant tout ça. J’ai commencé l’affaire (=le blog) avec un petit goût amer. Je voulais rire néanmoins. Il paraît que l’humour surtout le noir, ça sauve du désespoir.

Je me sens souvent vivre comme dans la cage du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo ou pire, celle du Mur de Jean-Paul Sartre. Tu souffres. Personne ne t’écoute. Attends ton heure, ne t’inquiète pas.

Ne t’inquiète pas. Combien de fois on m’a dit ça. Vous avez remarqué à quel point c’est inefficace de dire à quelqu’un d’inquiet de ne pas s’inquiéter, à quelqu’un en colère de ne pas être en colère, à quelqu’un de triste de ne pas être triste ?

Alors, j’ai voulu prescrire, le rire.

Moi la patiente sans ordonnancier. Et ça a marché. Un petit gars sympa de la grande revue Prescrire m’a contactée. Il m’a dit qu’il avait bien aimé « Le rendu du compte rendu », et qu’il le voulait, pour sa revue. Bon sang, le blog allait être prescrit. Le petit gars m’a précisé son gros chiffre : 27 000 abonnés allaient en profiter.

C’est drôle, justement, parce que environ personne n’avait spécialement aimé cet article. Comme j’ai beaucoup de lecteurs malades, je me suis donc dit que ce qu’aimaient les malades, ce n’était pas ce qu’aimaient les Docteurs, et inversement. Je me suis dit que c’était dommage.

Je me suis dit que le rêve un jour, ce serait que soignés ET soignants regardent enfin dans la même direction.
Celle de mon blog, évidemment.

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Le Bon Usage (de la balance en médecine)

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. Ceux qui ont suivi ont déjà compris, ma Bible (on reste un peu dans le champ lexical religieux) c’est : Le Bon Usage (de la langue française) de Maurice Grevisse. C’est un petit guide. C’est bien les guides. Ça aide un peu.

Il y a plein de choses qui aident (les Docteurs) à mesurer ce qui ce passe dans la vie (du malade). Et parmi ces choses : le poids. En fait, si l’on est rigoureux et que l’on se remémore la bonne vieille loi universelle de Newton, ce n’est pas « le poids » c’est « la masse », que l’on mesure en kilogrammes au moyen d’une balance. Qui rapporte donc un nombre.

J’entends souvent le raisonnement suivant :

Le Docteur : « Poids de forme ? »
Le Patient : « 53 »
Le Docteur : « Montez sur la balance »
Le Patient : « X »

Puis 2 cas se présentent,
si X < 53, le Docteur : « Oh là là, mais ça ne va pas du tout. »
si X > 53, le Docteur : « Oh, mais ça va très bien alors. »

Comment faire presque aussi simple… mais un peu plus rigoureux… il suffit d’accepter quelques règles de base de logique :
« Maigre » n’est pas équivalent à « malade ».
« Gros » n’est pas équivalent à « bien portant ».

Je viens de balancer un gros pavé dans la mare là.

Eh oui ! Finie l’époque du Roi Soleil où « gras » était équivalent à « bonne santé ». Il y a des lois qui ne sont pas universelles comme celles de Newton. Depuis les peintures de Charles Le Brun, des Grands Chercheurs ont trouvé que :
« Maigre » peut impliquer « malade » mais « malade » n’implique pas forcément « maigre ».
« Gros » peut impliquer « malade » mais « malade » n’implique pas forcément « gros ».

En fait, ça dépend.

Et donc, il convient de ne pas donner de valeur excessive à la masse. De savoir contrebalancer le poids.

C’est bien les guides, ça aide un peu.

PS : On pense que le Roi Soleil avait une maladie digestive, donc aussi, maladie du poids.

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« La bonne baise » expliqué

Temps de lecture : 4 minutes

Bon. J’ai eu plein de questions à propos du post « La bonne baise ». Plein de gens qui m’ont dit « oh mais c’est hot », ou « oh mais t’es chaude », ou plus intelligent « ça montre bien que le patient n’est pas qu’un numéro, mais un être sexué ». Alors…non. Ou bien oui, mais pas que.

J’avais essayé de dissimuler mon message au moyen de l’image de la relation sexuelle consentie de type « one shot » avec un autre qui ne vous rappelle jamais. Mais le message est mal passé. Et un message qui passe mal, c’est un message mal énoncé. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». J’aime cette petite maxime de Nicolas Boileau. C’était au 18ème siècle dans son Art Poétique, et c’est toujours vrai maintenant. Et en effet, tout le monde n’a pas vécu « la bonne baise », et c’est tant mieux. Donc pour des références, je vous suggère le basique « Sex in the city ». Quelques épisodes suffiront, voire même le résumé Wikipedia. C’était donc une métaphore le sexe, un piège, et c’est vrai que c’était facile de tomber dedans. En fait, une partie de moi n’a pas voulu prendre de risque.

Mais finalement, une fois n’est pas coutume, je vais vous faire la petite explication de texte. Et prendre des risques. Après tout, on ne lit pas Kant sans le Profil (de chez Hatier) à côté non ? Sinon on ne s’en sort pas. Hum moui, moui, je m’auto-flatte, je me prends pour Kant, peut-être même pour Dieu.

Voilà de quoi parlait mon article. Du syndrome de Dieu. Un syndrome c’est par définition, un ensemble de symptômes. C’est donc une pathologie que j’ai mise en évidence chez le professionnel de santé, notamment le médecin, en général expérimenté, et allez savoir pourquoi, chez l’homme, et non la femme. J’ai identifié jusqu’à maintenant 3 cas, et comme en médecine, parfois on ne fait un article que pour 1 cas, je me dis que 3, c’est une statistique suffisante pour publier une maladie désormais établie : le syndrome de Dieu. Qu’on appellera probablement un jour, le syndrome de Leroux, puisque souvent on donne leurs noms aux maladies à ceux qui les ont mises en évidence, n’est-ce-pas. Hum moui, moui.

Je vous explique dans quelles circonstances vous pouvez rencontrer un médecin atteint de ce syndrome. Vous avez une maladie. Un peu n’importe laquelle. Un truc un peu chronique, plus grave qu’un rhume, moins grave qu’un cancer. Un truc un peu chiant, sur lequel les connaissances avancent un peu, sur lequel la Big Pharma se fait des sous-sous, sur lequel les médecins fougueux tentent disons une petite dizaine de molécules, dans un ordre plus ou moins défini, selon ce qui s’est dit dans les derniers congrès nationaux, européens, mondiaux, hum, moui, moui, mondiaux. Ah, excusez-moi, j’ai encore un petit four coincé dans la gorge.

Donc vous avez une maladie, et vous avez votre première consultation avec le Grand Professeur, recommandé par tout le gratin parisien, national, européen, mondial, hum, moui, moui. C’est ça « la bonne baise ». C’est la consultation. Vous êtes content de cette consultation parce que le Grand Professeur vous explique qu’il va vous sauver, qu’il ne faut plus s’inquiéter maintenant, qu’on va se voir tous les trois mois, et qu’on finira par trouver la bonne des 10 molécules de la Big Pharma au congrès, qui vous remettra sur pied. Vous sortez refait de la consultation.

Mais tout se gâte après. D’où vous êtes « la bonne poire du bon coup », je vous renvoie au texte originel. Le syndrome de Dieu vous l’avez compris, ça consiste à se prendre pour Dieu, une fois, pas deux. A dire des choses, à ne pas les faire. Parce qu’en fait votre maladie est compliquée, les patients ne vont jamais bien, même les 10 molécules parfois ne marchent pas. Alors Dieu est fatigué, et ne veut plus s’intéresser aux patients qu’il ne peut pas ressusciter. Dès la deuxième ou la troisième consultation, tout vexé comme un pou que sa baguette magique n’ait pas marché, le syndromé vous dit : « Bon ben de toute façon, je ne peux rien faire, y a rien qui marchera ». Et bim. Vous comprenez maintenant ou pas ? La bonne poire ? Le sentiment de s’être bien fait avoir ? D’avoir cru rencontrer Dieu et se rendre compte qu’en fait non, pas encore ?

Donc vous vous sentez usurpé. « Baisé » quoi. C’est comme ça qu’on m’a appris à l’école à verbaliser ce sentiment moi.

Du coup, dans « La bonne baise », je n’ai pas dit comment ça se terminait. Parce que dans la vraie vie, vous ne retournez pas en principe voir quelqu’un qui vous a profondément déçu. Mais dans la vraie vie du malade, vous espérez toujours un peu guérir, alors vous vous acharnez, et vous retournez en consultation avec Dieu. Et Dieu vraiment fatigué, finit par statuer, magnanime : « Voyez bien le psychiatre ».

Eh oui, le psychiatre.
Parce que quand Dieu se lasse, et que vous avez envie de vous envoyer vous-même au paradis, avant, il y a quand même un petit passage, par la psychiatrie.

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L’amitié avec le praticien ?

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. Après le post sur l’amitié avec le pharmacien, voici l’amitié avec le praticien. Avec un point d’interrogation cette fois. On est tous des êtres humains. Enfin moi, et vous, qui lisez, forcément. Et les praticiens aussi.

Une fois ma kiné de la vessie (telle une grande athlète j’ai un kiné par muscle) m’a dit : «Cette patiente, je la vois trois fois par semaine, alors c’est devenu une amie ». Bien. Moi aussi je claque la bise au kiné du dos, il m’appelle « ma fille », il m’écrit des SMS quand je suis en hospit’, on va au café ensemble. Je reparlerai de cette très belle relation avec le kiné. Et je dirais que pour le kiné, c’est environ OK.

Maintenant le médecin. On voit le médecin moins souvent que le kiné. Donc on a moins de chances de devenir amis. Mais voilà, le médecin il a un rôle plus décisif. Il diagnostique, il se trompe, il réussit, bref, pas facile toute cette responsabilité. Le temps passe, on vit des trucs plus ou moins intenses, parfois c’est très fort, parfois on sait pas quoi se dire en consult’, alors chacun raconte ses vacances. On s’amuse tellement, qu’au bout d’un moment, ça ne ressemble plus du tout à une consultation. Ça ressemble à un bon coup au bar avec éventuellement un petit tube dans le cul en plus. Ça en devient bizarre.

Je suppose qu’on gagne toujours à bien s’entendre avec les gens. Mais le problème, c’est qu’on est tous des êtres humains.

Est-ce que la relation n’est pas allée trop loin quand je n’ose plus dire au médecin que je ne vais pas bien ?
Lui qui me considère comme son amie et qui donc forcément veut que j’aille bien.
Lui qui ne sait pas, ne peut pas, cacher son regard désespéré, quand je ne vais pas bien.
Moi qui veut protéger mon ami en cessant de lui dire que je ne vais pas bien.

Est-ce qu’à ce moment-là, on n’est pas allé trop loin ?

PS : Le « petit tube dans le cul » s’appelle en fait un « rectoscope »

PPS : Une vidéo de l’excellent médecin Baptiste Beaulieu interrogé par Le Magazine de la Santé, qui « ose dire » qu’un médecin peut être un ami : ici

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La bonne baise

Temps de lecture : 3 minutes

Edit : suite aux questions de certains lecteurs, je précise avant la lecture :
– rien à voir avec « balance ton porc », avec « balance ton hosto »
– aucun fait illégal, aucune relation sexuelle, en fait
A lire entre les lignes…

Bon. On a tous connu un bon moment, avec un bon coup. Genre le plus beau gosse de la classe, la plus bonne meuf de l’Université, bref le plus ce qu’on veut. Et dont on garde un goût amer.

C’était un doux jour de rendez-vous.
Il y avait un doux petit Zouk love en musique de fond à l’hôpital, ça donnait la fièvre.
J’étais doucement éméchée.
Je voyais Don Juan.
Celui que tout le monde veut. Celui dont tout le monde parle. Celui qui pourrait se prendre pour Dieu.

Après de courts préliminaires, on est passé très vite aux choses sérieuses. Il répondait en même temps à mille coups de téléphone, satisfaisant tout le monde. Sa langue était agile.
Et chacun de nous deux a fini par avoir sa part du gâteau.
Pour ma part, effectivement, c’était un bon coup.
Je comprenais ce que rapportaient les autres.

Il a fallu néanmoins se quitter. Le bon coup avait un agenda bien chargé. Des gens qui voulaient, eux aussi, bien baiser.

Il y a toujours le moment gênant où on se demande du regard si on va se revoir.
Le bon coup a senti ma détresse, et a pris les devants, feignant un clin d’œil, bien davantage hardi que fainéant, justement. Oh d’Artagnan.
Il m’a dit : « Poupée, voilà mon numéro, appelle-moi, je m’occupe très vite de toi. »
Je me suis sentie spéciale. Il m’a promis de nouvelles positions, de nouvelles perspectives de plaisir. Il a griffonné sur un bout de papier son 06. Il écrivait avec style. Comme on chorégraphierait parfaitement un Zouk love. Il avait le bras long mais la main légère, le doigté était parfait.
J’avais envie qu’il s’occupe de moi encore.

J’ai rappelé le bon coup.
Le bon coup lui,
ne m’a jamais rappelée.
J’avais été la bonne poire,
du bon coup.

PS : j’ai failli mettre un moins de 18 ans à cet article, puis je me suis dit qu’on pouvait surement trouver des bon coups aussi en pédiatrie.
Donc mieux vaut prévenir que guérir, hein !Edit : suite aux questions de certains lecteurs, je précise avant la lecture :
– rien à voir avec « balance ton porc », avec « balance ton hosto »
– aucun fait illégal, aucune relation sexuelle, en fait
A lire entre les lignes…

Bon. On a tous connu un bon moment, avec un bon coup. Genre le plus beau gosse de la classe, la plus bonne meuf de l’Université, bref le plus ce qu’on veut. Et dont on garde un goût amer.

C’était un doux jour de rendez-vous.
Il y avait un doux petit Zouk love en musique de fond à l’hôpital, ça donnait la fièvre.
J’étais doucement éméchée.
Je voyais Don Juan.
Celui que tout le monde veut. Celui dont tout le monde parle. Celui qui pourrait se prendre pour Dieu.

Après de courts préliminaires, on est passé très vite aux choses sérieuses. Il répondait en même temps à mille coups de téléphone, satisfaisant tout le monde. Sa langue était agile.
Et chacun de nous deux a fini par avoir sa part du gâteau.
Pour ma part, effectivement, c’était un bon coup.
Je comprenais ce que rapportaient les autres.

Il a fallu néanmoins se quitter. Le bon coup avait un agenda bien chargé. Des gens qui voulaient, eux aussi, bien baiser.

Il y a toujours le moment gênant où on se demande du regard si on va se revoir.
Le bon coup a senti ma détresse, et a pris les devants, feignant un clin d’œil, bien davantage hardi que fainéant, justement. Oh d’Artagnan.
Il m’a dit : « Poupée, voilà mon numéro, appelle-moi, je m’occupe très vite de toi. »
Je me suis sentie spéciale. Il m’a promis de nouvelles positions, de nouvelles perspectives de plaisir. Il a griffonné sur un bout de papier son 06. Il écrivait avec style. Comme on chorégraphierait parfaitement un Zouk love. Il avait le bras long mais la main légère, le doigté était parfait.
J’avais envie qu’il s’occupe de moi encore.

J’ai rappelé le bon coup.
Le bon coup lui,
ne m’a jamais rappelée.
J’avais été la bonne poire,
du bon coup.

PS : j’ai failli mettre un moins de 18 ans à cet article, puis je me suis dit qu’on pouvait surement trouver des bon coups aussi en pédiatrie.
Donc mieux vaut prévenir que guérir, hein !

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Y a des pubs sur le blog

Temps de lecture : 4 minutes

Bon. Je suis désolée. Je confesse. La société de consommation, Frédéric Beigbeder, 99 francs, l’argent qui coule à flots dans les coupes de champagnes des publicitaires, tout ça, j’aime pas. Les grosses pubs intempestives sur les sites internet pour la nouvelle Volkswagen, pour les écoles de naturopathie, pour le lubrifiant naturel, tout ça, j’aime pas. Le lubrifiant naturel, c’est si on a cherché « lubrifiant naturel » auparavant sur Google hein, y a pas de fumée sans feu !

J’ai mis des pubs sur le blog.

Pour voir si ça pouvait me rapporter un peu d’argent. A la base, je tenais fort à cette image noble et saine de blog sans pub. Je ne voulais pas qu’on croie que j’écrivais par intérêt. Genre que j’avais inventé la maladie pour le fric. Ah zut non, ça c’est déjà l’idée de l’industrie pharmaceutique ! (clin d’œil d’amour aux nombreux lecteurs pharmaciens) Ma démarche de juste raconter, sans prendre le parti ni du lubrifiant ni de la naturopathie, est profondément sincère.

Je ne parlerai pas beaucoup ici du travail. Mais sachez simplement que travail et handicap, c’est la merde. Je suis grossière parce qu’il n’y a pas d’autres mots que des gros mots pour décrire la dysbiose entre travail et handicap.

Figurez-vous que je découvre en même temps que je vous écris que « dysbiose » signifie « déséquilibre du microbiote intestinal ». C’est incroyable parce que ça faisait très longtemps que je voulais commenter avec vous tout ce délire récent sur le microbiote intestinal, et je ne savais pas comment aborder la chose ! Moi, là pour ce billet, je voulais juste l’opposé de « symbiose » et je pensais que c’était « dysbiose », logique ! Ben non, il faut que les médecins détournent la langue française à leur avantage pour ne donner aux mots qu’un sens médical ! Ah ah ! Comme j’aime les médecins !

Donc petit pitch sur le « microbiote » : avant, dans les grandes conf’ entre médecins, entre pharmaciens, dans les revues scientifiques, dans les pubs, partout, on disait « flore intestinale ». On ne sait pas trop pourquoi, maintenant, le mot à la mode, c’est devenu «microbiote ».
Tant mieux pour toutes les filles qui s’appellent Flore.
Est-ce que « micro » ça donne une dimension mystérieuse genre « on ne voit pas ce qui est de taille micro » ?
Est-ce que « biote » ça ressemble à « bite » ?
Est-ce que « microbiote » possède trois syllabes voire même quatre si on pousse la versification jusqu’à la diérèse alors que « flore » n’en a qu’une, et tout le monde sait bien que les mots avec beaucoup de syllabes, ça fait savant ?
Bref. S’il vous plait les gastroentérologues, expliquez-nous ça.

Donc on disait, la dysbiose entre travail et handicap, c’est la merde. Les trucs censés vous protéger genre la RQTH, c’est la merde. Les institutions censées vous filer une petite pension pour survivre parce que c’est ça la justice dans une nation où un des fondements, c’est la solidarité, c’est la merde. Les institutions ne connaissent pas vos maladies rares. Donc vous n’êtes pas malades. Et vous êtes laissés sur le carreau.

Il y a des gens qui font des cagnottes type Leetchi « sur leur tête ». J’admire leur démarche. Ils décrivent leur galère de maladie, le prix de leurs soins non remboursés, ils mettent des photos d’eux dans des états piteux, ils disent qu’ils n’en peuvent plus, et ils obtiennent un petit pactole. Je les admire parce que c’est dur de faire cela. Parce que la société pressionne pour le travail pour tous. Y compris pour les malades. D’autant plus pour ceux dont on ne voit pas la maladie. Les invisibles. C’est bien ce mot. J’ai souvent l’impression d’être mon propre fantôme. Il y a le moi extérieur, jeune et beau, et il y a le moi intérieur, usé et moche.

Combien de fois on m’a dit : « Alors tu as trouvé un travail ? » ou « Bravo tu as un travail ! » ou encore « Mais c’est super que tu aies trouvé aussi vite ! ». Combien de fois ça m’a fait mal. Quoi en fait ? On ne se définit que par son travail ? On est quelqu’un que si on a un travail ? On ne se demande pas si ce que j’ai trouvé va me tuer ?

J’en suis venue à poser ces questions à la psychiatre du centre anti-douleur (celle dont on avait parlé là). Je lui ai demandé si, parce que je n’arrivais pas à travailler, j’étais une incapable. Elle m’a dit non. Elle m’a dit que j’avais des ressources. Que le blog c’était bien. Que je ferais peut-être d’autres choses plus tard. Qu’il me fallait des conditions adaptées à mes contraintes que je n’ai pas choisies. Je ne sais pas si toutes ces belles réponses c’était une technique de psychiatre pour me donner confiance. Puis elle m’a dit : « Ce serait bien que ce blog vous rapporte un peu d’argent, si vous y passez tant de temps ».

J’avais donc l’aval du médecin, pour mettre des pubs sur le blog. C’était prescrit.
Mon crime était prescrit.

Alors voilà, j’ai mis des pubs sur le blog.
Pour l’instant, j’ai gagné 0,75 euros hier, uniquement parce qu’il y a eu des clics sur le lubrifiant.
J’espère surtout ne rien perdre. Je parle de vous, lecteurs.

PS : pour voir comment ça fonctionne la pub sur ce blog : Google Adsense
PPS : du coup, pourquoi pas un petit clic sur une publicité après la lecture d’un billet que vous avez aimé ? Merciiiiiii 🙂

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Les gougères médicales

Temps de lecture : 3 minutes

Bon bon bon. J’étais à cette soirée. Une petite soirée avec un nombre de gens raisonnable, où la musique n’est pas trop forte, les toilettes en quantité et bien isolés, et où il y a de nombreuses places assises un peu partout, qui permettent de s’asseoir discrètement, como quem não quer a coisa (petite dédicace aux lecteurs lusophones). Bref, une petite soirée qui s’annonçait bien sympa.

J’aime les petites soirées bien sympas où l’on rencontre de nouveaux gens. L’une est journaliste, l’autre fait de la mise en rayon, l’une vient de démissionner de la police pour se lancer dans l’enseignement de la musique à l’hôpital, l’autre travaille au péage, l’une est sophrologue, l’autre est médecin. Ah voilà celui que je voulais, le médecin !

Pour une fois que je ne suis pas dans le cabinet du médecin, je passais une bonne soirée avec plein de gens sympas, dont un médecin. Il faut savoir que dans ces cas-là, le médecin c’est comme s’il était habillé tout en blanc en boîte de nuit, le pauvre. C’est comme si sa blouse blanche lui collait à la peau. Il est fluorescent, je ne vois que lui. En fait, il m’intrigue.

Je me demande si lui aussi, il observe les autres gens de la soirée comme des patients en puissance…
La journaliste ne cacherait-il pas une petite dépression liée à la précarité de la profession ? Celui qui fait de la mise en rayon n’aurait-il pas une sciatique couplée à des lombalgies ? L’ex-policière, un complexe de domination enfin assouvi ?
Celui du péage, une tendinopathie chronique du triceps voire même une névralgie cervico-brachiale ?
La sophrologue, une inflammation des cordes vocales à force de parler toute la journée ? Et lui, le médecin, il avait quoi ?

Alors j’ai discuté avec plein de monde, puis, de siège en toilettes et de toilettes en siège, je me suis retrouvée face à la table des boissons, en train de chercher quoi boire, en même temps que le médecin.

J’ai initié : « Je te sers quelque chose ? »

Bon sang, j’allais servir un truc à un médecin, alors que d’habitude ce sont toujours les médecins qui me servent des médicaments.

Puis j’ai continué : « Tu fais quoi toi sinon dans la vie ? »

Soyons clairs, je déteste cette question, on en reparlera dans le blog. Mais là bien sûr, c’était pour les besoins de la chose. C’était como quem quer a coisa (j’en rajoute une petite couche pour les lecteurs qui aiment mes petites allusions sexuelles, rooo). Et puis c’est une question assez banale.

Alors il m’a dit : « Je suis médecin. »

J’ai pris un air intrigué. Genre : je-ne-sais-pas-trop-ce-que-fait-un-medecin-tu-peux-préciser-stp ? Ça a bien marché. Il a commencé par me dire qu’il N’EN POUVAIT PLUS des patients. Bon bon bon. Parce qu’ils étaient tous tellement cons souvent. Bon bon bon. Puis il m’a raconté sans s’arrêter plein d’anecdotes plus ou moins croustillantes. J’ai remarqué que les médecins trouvent toujours croustillant ce qu’un non-médecin ne trouve pas forcément croustillant. Moi j’aimais bien en fait, tout ce qu’il me mettait sous la dent. Je faisais des « Oh ! » des « Ah ! » et des « Ah bon ?! »

Il m’a dit qu’il avait fait des gougères, il me les a montrées. Elles avaient l’air bien croustillantes. Puis malheureusement il a pris congé poliment ; il était 23h, il était épuisé, il venait d’enchaîner la soirée sur une garde de 24h aux urgences de l’hôpital. Voilà c’était ça, le problème médical, du médecin. Il était à bout. C’est le seul petit burn-out que j’ai diagnostiqué dans la soirée.

J’ai regardé les gougères. Elles n’étaient pas belles. Néanmoins, elles m’attiraient terriblement. Elles me fascinaient. Elles avaient été confectionnées par le médecin. De même qu’il avait palpé, tâté les patients, il avait pétri, malaxé, les gougères. De même qu’il avait guéri les patients, il avait guéri les gougères.

J’en ai mangé une, puis deux, puis trois, puis dix, puis vingt. J’avalais frénétiquement toutes les gougères médicales de la soirée. Je voulais de la guérison, plein la bouche, plein la panse. J’ai fini le plat. Je léché avec mon doigt les petites miettes qui restaient.

J’ai jeté un œil rapide à la salle pour voir si j’avais été démasquée. Rien. Personne n’avait diagnostiqué mon problème. De tous les gens à cette soirée, j’étais la seule qui voulait guérir.

C’était bon bon bon !

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Le mode économie d’énergie

Temps de lecture : 3 minutes

Bon. Vous avez remarqué surement, le site sur lequel est mon blog est super lent. Ça m’embête beaucoup parce que je me dis que vous les lecteurs, cela doit vous embêter. N’hésitez pas à me dire si cela vous embête ou pas, d’ailleurs.

J’ai cherché beaucoup de solutions. J’ai contacté WIX plusieurs fois, WIX c’est l’hébergeur de mon blog. Ils m’ont dit de mettre des images moins lourdes, et tout un tas d’autres conseils que je respecte déjà et qui ne changent rien à la vitesse de chargement. J’ai fouiné sur les forums, j’ai vu que tous les gens qui étaient sur WIX avaient le même problème. Peut-être qu’un jour quand vous serez très très nombreux à lire le blog, il y aura quelqu’un qui me contactera pour héberger mon blog ailleurs, gratuitement, en me déroulant un grand tapis rouge, avec une couronne de diamants… ou peut-être attention j’ai une hallucination, comme au billet précédent !

En tout cas j’ai commencé à me dire… WIX serait-il malade, tout simplement ? Cette histoire de « tout un tas d’autres conseils que je respecte déjà et qui ne changent rien », les malades, ça ne vous fait pas penser aux visites chez le médecin ?

-Docteur je suis fatigué.
-Eh bien il faut dormir davantage.
-Je dors déjà 12h par nuit.
-Eh bien il faut faire des siestes.
-J’en fais déjà plusieurs pas jour.
-Eh bien il faut prendre de la vitamine C.
-J’en prends déjà.
-Eh bien il faut faire du sport.
-J’en fais déjà comme je peux.
-Eh bien il faut arrêter de boire de l’alcool, de fumer, de manger des chips, de…., de…, de…

Je fais déjà tout ça. Il n’y a PAS de solution à la fatigue, à la lenteur de WIX, à la lenteur imposée par la maladie.

Quand je vois sur mon téléphone s’afficher le petit pop-up, quand il n’y a plus que 20% de batterie, « activer le mode économie d’énergie ? » , je pense toujours à la maladie.

Je me dis que l’organisation d’une vie de malade, elle se fait toujours en mode économie d’énergie. Concrètement, on se lève le matin, après avoir rechargé sa batterie pendant 12h. On a environ 4h devant soi avant la prochaine sieste/recharge qui sera inévitable. Si on a un gros objectif dans la journée, comme se laver les cheveux à 16h, il faudra tout organiser en fonction du « gros objectif ». On ne pourra pas laver la cage du lapin, faire la cuisine, passer l’aspirateur, et se laver les cheveux, dans la même journée. Bien sûr chaque mode économie d’énergie dépend de chaque personne malade. C’est toujours comme le téléphone. Selon à quel point la batterie est usée, elle tient plus ou moins bien le coup.

Enfin voilà. Je me dis que cette lenteur de chargement du blog, qu’on subit tous et qui nous agace, c’est exactement la même lenteur qu’impose la maladie, qu’on subit tous et qui nous agace.

Finalement, être sur WIX pour un blog de maladie,
c’était comme une évidence.

PS : un très beau TED talk sur le syndrome de fatigue chronique, qui est environ le nom médical de ce que je décris ici.

PPS : les billets sont disponibles en lecture directe sur Facebook, donc pas de problème de temps de chargement, à l’adresse suivante http://fb.me/manonpatiente. Vous pouvez liker la page et comme ça être tenu au courant des nouveaux articles !

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