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Le bye du Docteur

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. Certains lecteurs malins ont eu le diagnostic fin, en ce moment, j’ai du mal à écrire. Une nouvelle maladie pour mon CV médical ? Non bien sûr. Enfin croisons les doigts pour que non ! Bref comme j’ai du mal à écrire, je lis ce qu’écrivent les autres. Bonne idée, ne trouvez-vous pas ?

Et donc j’ai eu envie de relire cette lettre que j’avais reçue il y a 3 ans, moi et d’autres patients, d’une médecin sans pareille. J’ai l’impression que cette lettre c’était y a 10 ans tellement ça me manque les médecins comme ça.

Alors voilà, à l’heure où l’on se pose plein de question sur la relation médecin/patient, sur les « rôles » de chacun, je transcris la lettre ici, sans davantage de commentaires, excepté celui du silence forcé par mon profond respect.

« Mes Dames,
Cette fois c’est la bonne ! Je vous quitte cet été pour partir vivre, et j’espère travailler, à *** avec ma famille.
J’arrête mes consultations au *** le ***, vous pouvez continuer à être suivie là-bas par ma collègue, et amie, le docteur *** qui travaille dans le même état d’esprit que moi et en qui j’ai toute confiance.
Je profite de ce mail pour vous dire au revoir, si je n’ai pas la chance de vous voir avant de partir. Je pars avec beaucoup d’enthousiasme pour ce nouveau projet mais aussi le cœur lourd de vous quitter.
Ces presque 10 années d’exercice, ont fait partie intégrante de ma vie, elles m’ont construites au même titre que ma vie personnelle.
Vous m’avez fait confiance, vous m’avez confié vos doutes, vos angoisses et vos difficultés. J’ai suivi vos joies, vos réussites et vos victoires.
Vous m’avez confrontée à mes propres interrogations. Grâce à vous j’ai réfléchi sur ma façon de travailler, vous m’avez façonnée et vous m’avez rendue meilleure médecin, du moins j’espère !
J’ai été impressionnée par votre force, par cette capacité que vous avez eu à trouver en vous la force d’affronter des situations parfois très difficiles.
Vous avez été mes Héroïnes de la vie ordinaire, mes nanas, comme celles de Niki de Saint Phalle.
Merci pour tout ce que vous m’avez offert, je pars avec tout cela dans mon cœur.
Docteur *** *** »

Silence

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L’amour trois fois par jour

Temps de lecture : 5 minutes

Bon. Vous le savez peut-être : j’ai 30 ans, je suis mariée, je n’ai pas d’enfants. Il faut savoir répondre systématiquement et rapidement à ce mini interrogatoire lors d’une première approche avec tout personnel d’un hôpital, de l’administratif de base au Grand Professeur. C’est souvent : « Nom Prénom Date de naissance ? » – et donc âge – « Marié ? Enfants ? » parfois : « Travail ? »

Cet interrogatoire, sans qu’il n’y paraisse, met une pression terrible. Surtout quand il se répète, se répète, se répète. En fait, l’âge c’est OK, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. En revanche, le mariage, les enfants, et le travail, ouh là là, oui, il y a les bonnes, et les mauvaises réponses.

Je vous livre ma petite expérience personnelle en trois axes :

1. J’ai longtemps répondu que je n’étais pas mariée, parce que je n’étais pas mariée. On me jetais un tantôt un regard soupçonneux, tantôt un silence déplacé. « Pas marié » ça veut dire plein de choses : sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, solitude, asociabilité. J’ai fini par me marier. Pour l’hôpital. Pour être crédible à l’hôpital. Pour ne pas être taxée de sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, solitude, ou asociabilité. Je vous livre un petit secret bien à moi : on peut parfaitement combiner mariage et sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, solitude, ou asociabilité, mais chuuuuuut.

2. Je passe au travail. Il est toujours bon d’avoir un travail. «Pas de travail » ça veut dire plein de choses : flemme, non compliance, non observance, assistanat, profiteur, mauvaise humeur, dépression, ennui. Un malade trop malade, qui n’arrive pas à travailler, on n’aime pas. Ça veut dire qu’en partie on a échoué. Il est bon en outre d’avoir un bon travail, un truc « qui en jette ». Je n’ai pas testé tous les métiers, bien sûr. Mais je peux vous dire que chercheur passe mieux que étudiant qui passe mieux que vendeur.

3. Et finissons sur les enfants. Une fois que le patient a accepté le conformisme hospitalier et qu’il s’est marié, il faut qu’il ait des enfants. Surtout s’il a 30 ans. Sinon c’est qu’il y a a un truc louche. Une entourloupe dans l’interrogatoire. Genre de l’anticonformisme. J’entends tellement souvent « Pourquoi vous n’avez toujours pas d’enfants ? » que j’ai fini par me poser la question à moi-même, trouver la réponse, et la renvoyer au questionneur beaucoup trop voyeur.

Dans ces cas-là, vous vous retrouvez assez vite assis face à des « médecins de la reproduction ». Être médecin de la reproduction, ce n’est pas faire des photocopies toute la journée. Pour ça il y a les étudiants, les externes, bien sûr. Vous vous rappelez ? Les étudiants sont entre le chercheur et le vendeur dans la Grande Classification des Travailleurs. Donc médecine de la reproduction, ben c’est la médecine du sexe, du rapport sexuel, de la coucherie, de la chose, de la baise, comme vous voulez. Et du résultat que ça donne, c’est à dire les enfants, pour pouvoir répondre « oui » à l’interrogatoire de départ.

D’après mon expérience, les médecins de la reproduction sont très souvent très savants. Ils voient des patients variés, avec des maladies variées, et des médicaments variés. Ils sont assez impressionnants de par leurs connaissances, même davantage que leurs Chers Confrères de la médecine interne.

Donc j’étais en consultation chez la Chef du Service de Médecine de la Reproduction. Elle me soulignait d’emblée que j’avais « de la chance » d’être consultation avec elle du premier coup, parce que ses patients étaient triés sur le volet. A-t-on vraiment de la chance quand on se retrouve derrière le bureau du Docteur ? J’avais bénéficié d’un désistement. Je m’en fichais bien moi, d’être avec la Chef. Vous savez, mon côté anticonformiste, anarchiste, syndicaliste… Mais je lui ai promis que mon cas ne la décevrait pas néanmoins. Je savais ce que je valais d’impressionnant. D’après ma grande expérience de patiente.

Il y avait un externe dans la consultation. Souvent les patients n’aiment pas trop les intrus dans la consultation. Moi J’A-DORE. J’adore parce que le Grand Médecin, s’il travaille bien, explique des trucs à l’externe, et au passage à moi aussi, et je ne suis donc pas l’idiote de service, à qui il faut parler en langage simple = non médical.

Alors la Grande Médecin nous expliquait à l’externe et moi plein de trucs intéressants très savants, des examens plus tarabiscotés les uns que les autres, leurs indications, leurs non-indications, leurs contre-indications. L’externe se faisait taper sur les doigts à coups de réglette imaginaire chaque fois qu’il ne savait pas. Il ne révisait pas assez, assénait sa boss. J’étais bien contente d’être la patiente idiote finalement. Je m’amusais bien dans cette consultation.

Et à moment, je me suis amusée beaucoup plus :
La Grande Médecin, à moi : « Vous savez Madame que pour avoir des enfants, il faut avoir des rapports sexuels ? »
Moi, savante mais humble, je n’ai pu contenir une explosion de rire. Je suis comme ça. Je suis bon public.
La Grande Médecin a été un peu choquée que j’ose rigoler, alors elle a ajouté : « Mais Madame, si cela vous fait rire, enfilez une blouse, asseyez-vous à côté de moi et venez rire tous les jours alors, parce que tous des jours des patients viennent en me disant qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfants, mais ils me disent aussi qu’ils n’ont pas de rapports sexuels ».

Bon. Je m’en fiche de ce que font ou pas les gens. Elle était drôle. L’externe n’osait pas trop rire. Il avait encore les doigts gonflés des coups de réglette imaginaire. Mais il s’amusait quand même, ça se lisait, entre les lèvres.

On a parlé un peu de cul du coup, la médecin était open. Elle était limite sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, vous voyez ce que je veux dire quoi ? Presque « pas mariée ». Ah mais si finalement, elle a fini par me dire quelle était mariée avec enfants. Forcément.

Et puis elle répétait toujours : « Les enfants se font sous la couette ». Je ne comprenais pas trop l’obstination de « sous la couette ». Enfin, c’était très conformiste, donc conforme à notre thèse de départ, dans cet article.

On s’est tous les trois quittés sur la classique rédaction de la prescription. Il lui a semblé bon de rappeler oralement : « Je vous le répète hein, pour avoir des enfants, les rapports sexuels, c’est trois fois par jour ! »

Je suis restée interloquée. Trois fois par jour, c’était beaucoup quand même. Matin midi et soir. Je me suis dit que ça devait être une habitude de médecin de tout faire trois par jour, à force de prescrire des médicaments. Ou bien que c’était une blague. Je n’étais pas trop sure.

Alors j’ai osé : « Du coup vous prescrivez aussi beaucoup d’arrêts de travail ? Pour pouvoir tenir le rythme ? »

Elle n’a pas compris. Elle s’était trompée en fait. Elle avait fait un lapsus. Elle avait voulu dire « semaine » et pas « jour ». Trois fois par semaine, ça devenait plus raisonnable. Mais j’ai beaucoup rigolé, encore. Elle n’a pas trop aimé que je me moque de son erreur. Elle a demandé à l’externe ce qu’elle avait dit. L’externe était gêné. La patiente avait raison. Il n’a pas osé contredire la Grande Médecin et son outrancière prescription.

Trois fois par jour mes chers lecteurs.
Voilà c’est ça, la médecine de la reproduction.
Et par ce lapsus révélateur,
on a bien la teneur, des intrusions.

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Les « bons » du bon médecin

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. Je me pose souvent trop de questions. À force de voir des médecins, je me demande souvent : « C’est quoi un bon médecin ? »

Je me souviens de je-ne-sais-plus-quelle-etude-très-savante qui disait que la caractéristique numéro 1 que les patients voulaient chez un médecin c’était la compétence. Ok. C’est vrai que c’est assez important. Mais du coup la compétence c’est quoi ? Ne jamais se tromper de diagnostic ? de traitement ? En médecine c’est impossible. Alors le médecin doit avoir d’autres qualités, je crois.

On avait déjà dit ici sur le blog qu’un médecin sympa, c’était bien. Oui parce que quand on est souvent malade, on voit souvent des gens à cause de ça. Et quand on voit souvent des gens, c’est plus agréable s’ils sont sympas. D’autant plus que la maladie par essence c’est un peu triste, alors un peu de sympathie, ça fait toujours plaisir.

On n’a jamais trop parlé du médecin drôle. Il y a des gens comme ça, par nature, sans le faire trop exprès, ils sont drôles. On n’est pas obligé d’être rempli de grands gargarismes de rire. Juste sourire, ça peut suffire.

Regardez donc l’ordonnance de ce médecin drôle : « bon pour 10 séances ». Ce n’est pas génial ça ? Trop mignon ? On dirait un ticket de loterie ! On ne va pas se soigner, on va jouer ! On a un bon pour 10 tentatives. Allez je choisis le tir à la carabine plutôt que la loterie finalement, le hasard c’est trop banal. Je préfère le combat à la chance. 10 fois j’essaye de viser la cible avec la carabine. La cible c’est la maladie, vous avez compris ? Vous avez remarqué comme c’est quasi impossible de toucher la cible avec la carabine dans les fêtes foraines ?! Doit y avoir un trucage, forcément. Pourtant je joue souvent !

J’aime bien jouer. Surtout à la fête du village de ma grand-mère, dans le nord du Portugal. Il fait toujours chaud. Chaque année pendant 4 jours, la population du village passe de 1000 à 10 000. Il y a des hauts parleurs accrochés aux lampadaires et ils diffusent de la musique en continu. Ça sent bon les churros. Les forains s’installent pour faire jouer les petits comme les grands, en vendant des « bons ». C’est vraiment des bons moments. Tout le monde est heureux. Voilà.

Vous imaginez jusqu’où il nous fait voyager le médecin drôle avec sa prescription drôle ?

À la loterie de la vie moi je vous le dis,
Un médecin grâce auquel je ris,
Ça me plaît et y a que ça de vrai.

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Le Bon Usage (de la balance en médecine)

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. Ceux qui ont suivi ont déjà compris, ma Bible (on reste un peu dans le champ lexical religieux) c’est : Le Bon Usage (de la langue française) de Maurice Grevisse. C’est un petit guide. C’est bien les guides. Ça aide un peu.

Il y a plein de choses qui aident (les Docteurs) à mesurer ce qui ce passe dans la vie (du malade). Et parmi ces choses : le poids. En fait, si l’on est rigoureux et que l’on se remémore la bonne vieille loi universelle de Newton, ce n’est pas « le poids » c’est « la masse », que l’on mesure en kilogrammes au moyen d’une balance. Qui rapporte donc un nombre.

J’entends souvent le raisonnement suivant :

Le Docteur : « Poids de forme ? »
Le Patient : « 53 »
Le Docteur : « Montez sur la balance »
Le Patient : « X »

Puis 2 cas se présentent,
si X < 53, le Docteur : « Oh là là, mais ça ne va pas du tout. »
si X > 53, le Docteur : « Oh, mais ça va très bien alors. »

Comment faire presque aussi simple… mais un peu plus rigoureux… il suffit d’accepter quelques règles de base de logique :
« Maigre » n’est pas équivalent à « malade ».
« Gros » n’est pas équivalent à « bien portant ».

Je viens de balancer un gros pavé dans la mare là.

Eh oui ! Finie l’époque du Roi Soleil où « gras » était équivalent à « bonne santé ». Il y a des lois qui ne sont pas universelles comme celles de Newton. Depuis les peintures de Charles Le Brun, des Grands Chercheurs ont trouvé que :
« Maigre » peut impliquer « malade » mais « malade » n’implique pas forcément « maigre ».
« Gros » peut impliquer « malade » mais « malade » n’implique pas forcément « gros ».

En fait, ça dépend.

Et donc, il convient de ne pas donner de valeur excessive à la masse. De savoir contrebalancer le poids.

C’est bien les guides, ça aide un peu.

PS : On pense que le Roi Soleil avait une maladie digestive, donc aussi, maladie du poids.

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« La bonne baise » expliqué

Temps de lecture : 4 minutes

Bon. J’ai eu plein de questions à propos du post « La bonne baise ». Plein de gens qui m’ont dit « oh mais c’est hot », ou « oh mais t’es chaude », ou plus intelligent « ça montre bien que le patient n’est pas qu’un numéro, mais un être sexué ». Alors…non. Ou bien oui, mais pas que.

J’avais essayé de dissimuler mon message au moyen de l’image de la relation sexuelle consentie de type « one shot » avec un autre qui ne vous rappelle jamais. Mais le message est mal passé. Et un message qui passe mal, c’est un message mal énoncé. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». J’aime cette petite maxime de Nicolas Boileau. C’était au 18ème siècle dans son Art Poétique, et c’est toujours vrai maintenant. Et en effet, tout le monde n’a pas vécu « la bonne baise », et c’est tant mieux. Donc pour des références, je vous suggère le basique « Sex in the city ». Quelques épisodes suffiront, voire même le résumé Wikipedia. C’était donc une métaphore le sexe, un piège, et c’est vrai que c’était facile de tomber dedans. En fait, une partie de moi n’a pas voulu prendre de risque.

Mais finalement, une fois n’est pas coutume, je vais vous faire la petite explication de texte. Et prendre des risques. Après tout, on ne lit pas Kant sans le Profil (de chez Hatier) à côté non ? Sinon on ne s’en sort pas. Hum moui, moui, je m’auto-flatte, je me prends pour Kant, peut-être même pour Dieu.

Voilà de quoi parlait mon article. Du syndrome de Dieu. Un syndrome c’est par définition, un ensemble de symptômes. C’est donc une pathologie que j’ai mise en évidence chez le professionnel de santé, notamment le médecin, en général expérimenté, et allez savoir pourquoi, chez l’homme, et non la femme. J’ai identifié jusqu’à maintenant 3 cas, et comme en médecine, parfois on ne fait un article que pour 1 cas, je me dis que 3, c’est une statistique suffisante pour publier une maladie désormais établie : le syndrome de Dieu. Qu’on appellera probablement un jour, le syndrome de Leroux, puisque souvent on donne leurs noms aux maladies à ceux qui les ont mises en évidence, n’est-ce-pas. Hum moui, moui.

Je vous explique dans quelles circonstances vous pouvez rencontrer un médecin atteint de ce syndrome. Vous avez une maladie. Un peu n’importe laquelle. Un truc un peu chronique, plus grave qu’un rhume, moins grave qu’un cancer. Un truc un peu chiant, sur lequel les connaissances avancent un peu, sur lequel la Big Pharma se fait des sous-sous, sur lequel les médecins fougueux tentent disons une petite dizaine de molécules, dans un ordre plus ou moins défini, selon ce qui s’est dit dans les derniers congrès nationaux, européens, mondiaux, hum, moui, moui, mondiaux. Ah, excusez-moi, j’ai encore un petit four coincé dans la gorge.

Donc vous avez une maladie, et vous avez votre première consultation avec le Grand Professeur, recommandé par tout le gratin parisien, national, européen, mondial, hum, moui, moui. C’est ça « la bonne baise ». C’est la consultation. Vous êtes content de cette consultation parce que le Grand Professeur vous explique qu’il va vous sauver, qu’il ne faut plus s’inquiéter maintenant, qu’on va se voir tous les trois mois, et qu’on finira par trouver la bonne des 10 molécules de la Big Pharma au congrès, qui vous remettra sur pied. Vous sortez refait de la consultation.

Mais tout se gâte après. D’où vous êtes « la bonne poire du bon coup », je vous renvoie au texte originel. Le syndrome de Dieu vous l’avez compris, ça consiste à se prendre pour Dieu, une fois, pas deux. A dire des choses, à ne pas les faire. Parce qu’en fait votre maladie est compliquée, les patients ne vont jamais bien, même les 10 molécules parfois ne marchent pas. Alors Dieu est fatigué, et ne veut plus s’intéresser aux patients qu’il ne peut pas ressusciter. Dès la deuxième ou la troisième consultation, tout vexé comme un pou que sa baguette magique n’ait pas marché, le syndromé vous dit : « Bon ben de toute façon, je ne peux rien faire, y a rien qui marchera ». Et bim. Vous comprenez maintenant ou pas ? La bonne poire ? Le sentiment de s’être bien fait avoir ? D’avoir cru rencontrer Dieu et se rendre compte qu’en fait non, pas encore ?

Donc vous vous sentez usurpé. « Baisé » quoi. C’est comme ça qu’on m’a appris à l’école à verbaliser ce sentiment moi.

Du coup, dans « La bonne baise », je n’ai pas dit comment ça se terminait. Parce que dans la vraie vie, vous ne retournez pas en principe voir quelqu’un qui vous a profondément déçu. Mais dans la vraie vie du malade, vous espérez toujours un peu guérir, alors vous vous acharnez, et vous retournez en consultation avec Dieu. Et Dieu vraiment fatigué, finit par statuer, magnanime : « Voyez bien le psychiatre ».

Eh oui, le psychiatre.
Parce que quand Dieu se lasse, et que vous avez envie de vous envoyer vous-même au paradis, avant, il y a quand même un petit passage, par la psychiatrie.

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L’amitié avec le praticien ?

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. Après le post sur l’amitié avec le pharmacien, voici l’amitié avec le praticien. Avec un point d’interrogation cette fois. On est tous des êtres humains. Enfin moi, et vous, qui lisez, forcément. Et les praticiens aussi.

Une fois ma kiné de la vessie (telle une grande athlète j’ai un kiné par muscle) m’a dit : «Cette patiente, je la vois trois fois par semaine, alors c’est devenu une amie ». Bien. Moi aussi je claque la bise au kiné du dos, il m’appelle « ma fille », il m’écrit des SMS quand je suis en hospit’, on va au café ensemble. Je reparlerai de cette très belle relation avec le kiné. Et je dirais que pour le kiné, c’est environ OK.

Maintenant le médecin. On voit le médecin moins souvent que le kiné. Donc on a moins de chances de devenir amis. Mais voilà, le médecin il a un rôle plus décisif. Il diagnostique, il se trompe, il réussit, bref, pas facile toute cette responsabilité. Le temps passe, on vit des trucs plus ou moins intenses, parfois c’est très fort, parfois on sait pas quoi se dire en consult’, alors chacun raconte ses vacances. On s’amuse tellement, qu’au bout d’un moment, ça ne ressemble plus du tout à une consultation. Ça ressemble à un bon coup au bar avec éventuellement un petit tube dans le cul en plus. Ça en devient bizarre.

Je suppose qu’on gagne toujours à bien s’entendre avec les gens. Mais le problème, c’est qu’on est tous des êtres humains.

Est-ce que la relation n’est pas allée trop loin quand je n’ose plus dire au médecin que je ne vais pas bien ?
Lui qui me considère comme son amie et qui donc forcément veut que j’aille bien.
Lui qui ne sait pas, ne peut pas, cacher son regard désespéré, quand je ne vais pas bien.
Moi qui veut protéger mon ami en cessant de lui dire que je ne vais pas bien.

Est-ce qu’à ce moment-là, on n’est pas allé trop loin ?

PS : Le « petit tube dans le cul » s’appelle en fait un « rectoscope »

PPS : Une vidéo de l’excellent médecin Baptiste Beaulieu interrogé par Le Magazine de la Santé, qui « ose dire » qu’un médecin peut être un ami : ici

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La bonne baise

Temps de lecture : 3 minutes

Edit : suite aux questions de certains lecteurs, je précise avant la lecture :
– rien à voir avec « balance ton porc », avec « balance ton hosto »
– aucun fait illégal, aucune relation sexuelle, en fait
A lire entre les lignes…

Bon. On a tous connu un bon moment, avec un bon coup. Genre le plus beau gosse de la classe, la plus bonne meuf de l’Université, bref le plus ce qu’on veut. Et dont on garde un goût amer.

C’était un doux jour de rendez-vous.
Il y avait un doux petit Zouk love en musique de fond à l’hôpital, ça donnait la fièvre.
J’étais doucement éméchée.
Je voyais Don Juan.
Celui que tout le monde veut. Celui dont tout le monde parle. Celui qui pourrait se prendre pour Dieu.

Après de courts préliminaires, on est passé très vite aux choses sérieuses. Il répondait en même temps à mille coups de téléphone, satisfaisant tout le monde. Sa langue était agile.
Et chacun de nous deux a fini par avoir sa part du gâteau.
Pour ma part, effectivement, c’était un bon coup.
Je comprenais ce que rapportaient les autres.

Il a fallu néanmoins se quitter. Le bon coup avait un agenda bien chargé. Des gens qui voulaient, eux aussi, bien baiser.

Il y a toujours le moment gênant où on se demande du regard si on va se revoir.
Le bon coup a senti ma détresse, et a pris les devants, feignant un clin d’œil, bien davantage hardi que fainéant, justement. Oh d’Artagnan.
Il m’a dit : « Poupée, voilà mon numéro, appelle-moi, je m’occupe très vite de toi. »
Je me suis sentie spéciale. Il m’a promis de nouvelles positions, de nouvelles perspectives de plaisir. Il a griffonné sur un bout de papier son 06. Il écrivait avec style. Comme on chorégraphierait parfaitement un Zouk love. Il avait le bras long mais la main légère, le doigté était parfait.
J’avais envie qu’il s’occupe de moi encore.

J’ai rappelé le bon coup.
Le bon coup lui,
ne m’a jamais rappelée.
J’avais été la bonne poire,
du bon coup.

PS : j’ai failli mettre un moins de 18 ans à cet article, puis je me suis dit qu’on pouvait surement trouver des bon coups aussi en pédiatrie.
Donc mieux vaut prévenir que guérir, hein !Edit : suite aux questions de certains lecteurs, je précise avant la lecture :
– rien à voir avec « balance ton porc », avec « balance ton hosto »
– aucun fait illégal, aucune relation sexuelle, en fait
A lire entre les lignes…

Bon. On a tous connu un bon moment, avec un bon coup. Genre le plus beau gosse de la classe, la plus bonne meuf de l’Université, bref le plus ce qu’on veut. Et dont on garde un goût amer.

C’était un doux jour de rendez-vous.
Il y avait un doux petit Zouk love en musique de fond à l’hôpital, ça donnait la fièvre.
J’étais doucement éméchée.
Je voyais Don Juan.
Celui que tout le monde veut. Celui dont tout le monde parle. Celui qui pourrait se prendre pour Dieu.

Après de courts préliminaires, on est passé très vite aux choses sérieuses. Il répondait en même temps à mille coups de téléphone, satisfaisant tout le monde. Sa langue était agile.
Et chacun de nous deux a fini par avoir sa part du gâteau.
Pour ma part, effectivement, c’était un bon coup.
Je comprenais ce que rapportaient les autres.

Il a fallu néanmoins se quitter. Le bon coup avait un agenda bien chargé. Des gens qui voulaient, eux aussi, bien baiser.

Il y a toujours le moment gênant où on se demande du regard si on va se revoir.
Le bon coup a senti ma détresse, et a pris les devants, feignant un clin d’œil, bien davantage hardi que fainéant, justement. Oh d’Artagnan.
Il m’a dit : « Poupée, voilà mon numéro, appelle-moi, je m’occupe très vite de toi. »
Je me suis sentie spéciale. Il m’a promis de nouvelles positions, de nouvelles perspectives de plaisir. Il a griffonné sur un bout de papier son 06. Il écrivait avec style. Comme on chorégraphierait parfaitement un Zouk love. Il avait le bras long mais la main légère, le doigté était parfait.
J’avais envie qu’il s’occupe de moi encore.

J’ai rappelé le bon coup.
Le bon coup lui,
ne m’a jamais rappelée.
J’avais été la bonne poire,
du bon coup.

PS : j’ai failli mettre un moins de 18 ans à cet article, puis je me suis dit qu’on pouvait surement trouver des bon coups aussi en pédiatrie.
Donc mieux vaut prévenir que guérir, hein !

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Le fantasme réalisé

Temps de lecture : 2 minutes

Bon. J’ai réalisé un fantasme aujourd’hui. On a tous une liste de fantasmes, pas forcément sexuels. Ce sont des sortes de petits rêves, plus ou moins accessibles.

Dans le tout premier article de ce blog, je vous disais qu’à force d’être malade, d’en apprendre sur la maladie, d’expérimenter les hôpitaux, il m’avait pris l’envie d’être médecin. En particulier j’aurais voulu être radiologue. Pour plein de raisons. Parce que bien souvent le diagnostic c’est eux. Parce qu’ils ont des yeux que personne n’a. Parce qu’ils sont capables de voir des choses que personne n’arrive à voir. Et aussi parce qu’accessoirement je suis déjà un peu radiologue, de par ma formation de physico-chimiste. Les physico-chimistes observent la matière avec tout un tas de méthodes dont le principe est le même que pour l’échographie, la radiographie, le scanner, l’IRM.

On m’a déjà dit : « Ah ouais mais si tu veux être radiologue, c’est que tu ne veux pas vraiment être médecin ». Sous-entendu : « Le vrai médecin est un médecin clinicien » = celui qui voit vraiment les patients. Y a une idée comme quoi le radiologue est un type associable enfermé dans une caverne sombre (souvent les salles d’imagerie sont aux sous-sols à cause du poids des machines) avec des vitres blanches pâles, aussi pâles que les corps des radiologues qui donc ne sortent jamais de la caverne. Un vieux sage savant décrépi qui ne veut plus voir des malades mais des maladies, parce que d’un côté le malade le dégoûte, d’un autre la maladie l’excite.

Je trouve que cette image qu’on prête au radiologue n’est pas vraie. Enfin pas vraie pour tous. Un bon radiologue parle. Il demande avant ce qui ne va pas, il explique après ce qu’il a vu, ce qu’il n’a pas vu, les conséquences que ça a, la conduite à tenir. Et même il sourit. Il est optimiste. Un bon radiologue est radieux.

Voilà. Aujourd’hui je venais pour une IRM avec une radiologue vraiment radieuse. Et dans le petit boxe où on se déshabille avant, quelle n’a pas été ma surprise quand, à la place de la blouse habituelle en tissu-papier bleu foncé, j’ai trouvé une belle blouse blanche en tissu épais, toute propre et bien pliée, pour moi. Blouse blanche avec écrit sur la poitrine « Imagerie médicale ». C’était la même blouse blanche que celle du médecin radiologue. J’étais le médecin. J’ai porté la blouse fièrement, depuis mon boxe mal éclairé jusque dans la grotte de l’IRM. J’ai été calme en me regardant faire l’examen. J’ai fermé les yeux et j’ai vu toutes les images que le radiologue voyait. J’ai imaginé le diagnostic. J’ai fait des pronostics.

Je me suis comportée en vraie bonne radiologue. J’aurais voulu ne jamais enlever cette blouse. J’ai fait un sourire radieux en partant.

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Le rendu du compte rendu

Temps de lecture : 5 minutes

Bon. J’ai encore reçu un compte rendu dans ma boîte aux lettres. Encore un. On avait déjà parlé des courriers en général dans « La lettre de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris». Mais on n’avait pas parlé spécifiquement des comptes rendus. Et des comptes effectivement rendus.

Alors pour les non-connaisseurs, en gros les comptes rendus sont rédigés après une hospitalisation, une consultation, une réunion entre médecins. C’est plutôt une pratique de spécialiste, et c’est plutôt une pratique de médecin hospitalier. C’est vraiment utile un compte rendu quand le cas médical devient un peu compliqué. Si le compte rendu est bien fait, ça permet en partie au patient de se libérer du poids de la redite du passé, de se laisser aller en faisant confiance. Tous les médecins ne font pas toujours des comptes rendus. Le principal objet du compte rendu, c’est le patient évidemment. Ce compte rendu est quasi systématiquement envoyé au patient maintenant, et si ce n’est pas le cas, le patient a le droit de demander à voir son dossier bourré de comptes rendus quand il veut.

On va aller droit au but : je voudrais qu’on cesse les comptes rendus. Ou bien je voudrais ne plus les recevoir.

Je vais régler mes comptes avec les comptes rendus ici avec un argumentaire conventionnel à la française, en trois parties. Il y a trois raisons pour lesquelles je ne supporte plus ces petits courriers. Je vous écris ça maintenant que j’ai reçu plein de comptes rendus avec ma longue expérience de patiente. J’estime avoir une statistique suffisante pour généraliser ma petite théorie.

D’abord, il y a toujours des erreurs dans les médicaments. Tou-jours. Au début je me disais « Bon, c’est normal, ils ont un milliard de patients à gérer, ils confondent ». A force c’est pénible. Ce sont des erreurs de taille bien souvent.
Par exemple : « La patiente est actuellement sous Fosamax » alors que y a jamais eu de Fosamax ni sur mes ordos ni dans mes placards. Ni même un médicament de la même famille ou apparenté.
Ou bien : « lmurel a été inefficace » alors que j’ai fait une méga allergie à l’Imurel. Faudrait pas qu’un autre Docteur ait envie de re-tester l’efficacité de Imurel. Ou bien ce serait efficace pour me tuer. Tout dépend du point de vue en fait.
Allez un dernier petit exemple, mon préféré, et qui revient souvent : « Entrepris par la patiente, en automédication : le médicament X». Ce sont souvent des médicaments X sur ordonnance. Je ne suis pas médecin. Je ne vole pas des ordonnanciers. Je ne vole pas à la pharmacie. Je ne peux pas entreprendre en automédication un truc qu’on obtient uniquement sur ordonnance. Je me demande bien ce qu’on s’imagine encore de plus grotesque sur moi. Que je prends des médicaments par plaisir ?
Médecins lecteurs du blog et lecteurs de comptes rendus, j’espère que vous savez que le taux de confiance de ces bouts de papier, s’ils n’ont pas été dictés en face du patient, c’est 70 % max. On pourrait quand même demander au patient si ce qu’on écrit sur lui est vrai.

La deuxième chose : l’inondation des comptes rendus auprès de médecins que vous n’avez jamais vus ou que vous ne voulez pas qu’ils sachent.
Le rédacteur du compte rendu ne pense pas que des Docteurs Dupont à Paris, il y en a peut-être plusieurs ? Du coup vous vous apercevez désespéré que votre courrier destiné à votre Docteur Carole Dupont se retrouve chez l’inconnu Docteur Michel Dupont. Pareil, les premières fois on se dit : «Bon, ce n’est pas bien grave, Michel va juste jeter le courrier à la poubelle ». Mais à force, c’est pénible. Il y a quand même sur le compte rendu en gros et en gras mon prénom et mon nom et ma date de naissance. Mon histoire très personnelle. Des choses que j’ai choisies de dire à un docteur en qui j’avais confiance. D’où Michel doit savoir que j’ai des hémorroïdes ? Le sida ? Imaginez si par je ne sais quel hasard je connais Docteur Michel dans la vraie vie ailleurs que la maladie ? Si c’est mon employeur ? Si c’est mon pote de bar ? Si c’est mon père ?
Que je sache, la belle idée dans l’organisation du soin en France (la vraie belle idée, que j’espère on préservera malgré l’avènement du tout numérique), c’est qu’on décide de ce qu’on dit et de à qui on le dit.
Enfin le compte rendu peut débouler aussi chez des médecins que vous ne voulez pas. Je n’ai pas forcément envie que mon Docteur du caca sache que j’ai un désir de grossesse. Parce que je voulais d’abord en parler avec le gynécologue avant de prendre une décision et de le dire à tout le monde. Je n’ai pas forcément envie que mon Docteur du poumon sache que j’ai eu un épisode de dépression majeur dans ma vie. Parce qu’on s’entend super bien mais que j’ai déjà remarqué sa phobie des problèmes psy.

La troisième raison : les médecins utilisent parfois les comptes rendus pour régler leurs comptes. Pour montrer qui est le plus fort. Qui a la plus grosse. Du coup ils vous utilisent vous, alors qu’ils ne s’aiment pas eux.
Exemple : le Docteur C prescrit de la cortisone et il envoie un compte rendu à tous ses Chers Collègues pour les en informer. Mais le Docteur K n’est pas d’accord avec la prescription de cortisone. Et puis de toute façon il n’a jamais aimé ce Docteur C qui se prend pour plus que ce qu’il n’est, parce qu’il est le Chef de Service. Alors le Docteur K vous dit d’arrêter la cortisone. Alors il écrit un compte rendu pour dire que le patient ne prendra pas la cortisone parce que d’après lui ça ne changera rien à la clinique. Au final, vous le patient, vous êtes la petite balle de ping-pong sur qui on tape à chaque coup de compte rendu.
Je vous résume le match : vous prenez la prescription de cortisone du Docteur C, un point pour lui. Mais joli contre du Docteur K, et vous arrêtez subitement la cortisone, un point pour l’autre. Le Docteur C va vous remettre un coup de raquette dans la face pour marquer un dernier point : il rédige un compte rendu sur lequel il est écrit que « Le patient a interrompu de sa propre initiative son traitement à la cortisone. » A ce moment-là, vous, vous êtes la petite balle blanche de ping-pong qui se prend le filet. Vous ne savez même plus qui a marqué le dernier point. Il n’y a plus de coup de raquette valable de toute façon. Sous l’effet du choc contre le filet vous glissez sur la table, et vous tombez sur le sol. Vous rebondissez plusieurs fois… avec une énergie de plus en plus faible… Vous vous immobilisez. Éventuellement après quelqu’un viendra vous ramasser.

Dans la vraie vie, c’est déjà pas facile de faire une belle médecine rigoureuse. C’est normal, le corps humain c’est compliqué. Alors pourquoi on vient encore compliquer ce phénomène en couchant par écrit, un ramassis de conneries ?

Les petites balles de ping-pong blanches ont des cerveaux et des cœurs à l’intérieur. Elles en ont marre de toutes ces erreurs.

 

NB : cet article a été repris dans la revue Precrire du mois de mars 2018. C’est raconté sur le blog ici.

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Le bon Match

Temps de lecture : 5 minutes

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J’ai fait ma troisième first date chez un médecin généraliste. Ça a matché. Ouf.

La première date, une femme. C’est complètement idiot, je préfère les femmes. Pourtant mon médecin préféré, mon Docteur K dont je vous ai déjà parlé, c’est un homme. Et c’est sûrement aussi complètement idiot, je préfère les jeunes. Pourtant j’ai eu un super pneumologue, à la retraite maintenant, qui n’était pas jeune. Un des plus stylés de tous les médecins que j’ai eus. En fait je crois que j’aime m’identifier au médecin généraliste. Quand on a une maladie chronique, qui plus est plusieurs maladies chroniques, quand on va voir plusieurs spécialistes, on joue souvent le rôle du médecin traitant. On fait le pont entre tous. C’est un rôle lourd à porter. Ça va quand on ne souffre pas trop. Ce n’est plus possible quand on n’en peut plus. Un bon généraliste, c’est le plus important de tous vos médecins, d’une certaine façon. C’est votre pilier, votre « avocat de la maladie », quand vous n’en pouvez plus de parler, expliquer, défendre. Donc sur les conseils de la pharmacie j’étais allée chez cette dame, ça n’avait pas matché. J’étais sortie mitigée, pas bien comprise, un peu affaiblie.

Pour la deuxième date, j’ai utilisé un truc que je fais souvent. Je trouve une broutille à un proche, souvent mon mari ou mon frère, genre un rhume, un coton de coton-tige coincé dans l’oreille, une prescription de vaccin pour la grippe, un certificat médical, et on y va à deux. Et je fais une date par procuration. J’observe. Évidemment ce n’est pas pareil une consultation pour quelqu’un en bonne santé qui a un coton coincé dans l’oreille ou une consultation pour quelqu’un qui fait peur avec toutes ses maladies et ses médicaments. Mais ça permet de se faire une petite idée. J’ai donc ainsi ma petite bande « d’éclaireurs ». Ça me permet de faire une date plus reposante puisque je ne parle pas. Donc cette deuxième date, avec un homme pour la parité, ça n’a pas matché non plus.

J’ai fait une troisième date, seule cette fois encore. J’ai déjà pensé me faire accompagner, me demandant si ça éviterait les désagréments du type décrits au billet précédent : des médecins qui pataugent face à des maladies graves et/ou rares, qui prennent peur, qui s’expriment mal, qui jugent la petite jeune face à eux. Peut-être que si elle venait avec un mari ou un frère ou une mère ou un père ou une amie, ce ne serait pas pareil, je ne sais pas. Mais j’évite d’imposer mes consultations difficiles à mon entourage ; et de plus je me dis que c’est davantage seule que je vais voir le vrai visage du médecin. Vous avez compris, c’est dur tout ça. Je suis allée à cette troisième consultation « sous couvert de Xanax ». Ne soyez pas outrés. Ce n’est pas si méchant que ça le Xanax. Ça permet de s’en sortir moins traumatisé au cas où ça se passe mal. Ça permet de se souvenir moins bien de ce qui s’est passé. Et on ne remarque pas spécialement quelqu’un « sous Xanax ». On n’est pas complètement défoncé.

Donc cette fois, cette troisième fois, ça a matché. J’avais préparé le terrain davantage. J’avais fait une sélection plus dure. J’avais regardé les photos. Si ce qui me rassure c’est de m’identifier au médecin, alors la photo ça pouvait m’aider. La photo de cette troisième médecin généraliste me faisait penser à ma généraliste d’avant. A qui je m’identifiais déjà, probablement. La photo était souriante. Pas un géant sourire de fou rire, pas un mini sourire juste de lèvres. Un vrai petit sourire, où on voit les dents, un peu mais pas trop. J’ai trouvé des dents bien entretenues, un sourire prévenant, un visage rassurant, des cheveux en bonne santé. Tout ce que je veux être et tout ce dont j’ai besoin. J’ai listé mes qualités et mes défauts, j’ai listé les qualités que j’apprécie particulièrement chez les autres, les défauts que j’abhorre. Finalement je n’ai pas trop eu besoin de cette liste.

J’ai commencé par dire pourquoi je venais, à savoir que je cherchais un médecin traitant, et que j’avais besoin d’ordonnances. Un malade chronique à toujours besoin d’ordonnances. Je dis souvent quand je vais chez le médecin que je vais « aux courses ». Elle m’a demandé d’emblée si je voulais changer de médecin traitant. J’ai dit que je ne savais pas trop, que j’étais très attachée à celle d’avant, que j’avais déjà vu quelqu’un mais que j’étais désolée, ça ne c’était pas très bien passé. Elle n’a pas du tout insisté. Elle avait compris qu’elle était à l’épreuve. J’ai fait ma petite présentation. Elle m’a dit : « Ça ne doit pas être facile pour vous de répéter toujours tout ça ». Bon sang elle marquait un point. On a parlé de passé, de présent, d’avenir, de maladie, de la vie en dehors de la maladie. On parlait de choses dures, on faisait des petites blagues quand même, avec des petits sourires comme sur la photo. Elle ne cessait de marquer des points. Elle me rassurait. Elle me faisait confiance. Elle ne me jugeait pas. Elle était plus efficace que le Xanax d’avant consultation.

La fin d’une date, une date amoureuse surtout, c’est toujours gênant on est d’accord ? On cherche les signes chez l’autre pour savoir s’il a aimé. On se demande si on va se revoir mais on ne peut pas vraiment lui demander s’il veut qu’on se revoie. Elle m’a dit : « Je vous fait une ordonnance pour un mois, d’accord ? ». J’ai interprété : « Vous revenez aux courses dans un mois ». Je ne l’avais pas rebutée. Elle faisait un premier pas pour me dire qu’elle voulait me revoir, alors j’ai senti qu’il fallait que je fasse quelque chose moi aussi, pour lui montrer que j’avais aimé toute cette gentillesse. Alors je lui ai demandé si on pouvait faire la demande changement de médecin traitant. Ou si elle avait besoin de temps pour réfléchir. Je ne voulais pas la mettre mal à l’aise en lui mettant la pression. Elle a sourit encore. Elle n’avait pas peur de moi. Elle a fait le changement depuis son ordinateur. On s’est dit au revoir. J’ai osé dire « A bientôt ». Elle m’a souhaité une « Bonne journée ».

C’est bon. Grâce à elle, ça allait effectivement être, une bonne journée.

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