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Bien choisir sa spécialité médicale

Bon. C’est la période des ECN, les Épreuves Classantes Nationales, le concours que passent les « externes » en médecine, étudiants en 6ème année. Les externes, ce sont ceux qui, en hospitalisation, ont le temps de dire « Bonjour » en souriant au patient. Non j’exagère.

Il y a plusieurs blogs d’externes de super qualité qui vous feront comprendre qu’un externe ne sait pas que dire « Bonjour » et faire des sourires, loin de là. Donc pendant les fameuses ECN, les externes passent une série d’épreuves à échelle nationale, à l’issue desquelles, ils choisissent, en fonction de leur classement, leur spécialité. Oui, on ne choisit pas en fonction de sa vocation ni de ses performances dans la spécialité convoitée, mais en fonction de sa performance sur un marathon de questions exhaustives. Les non-marathoniens n’auront qu’à choisir médecine du travail. Non j’exagère.

Je vous propose ici une petite série de clichés véhiculés sur les spécialités médicales, accumulés lors de mon humble expérience de patiente. Bonne lecture !

Le cardiologue :

On commence toujours par le cardiologue.
Il a toujours été le premier de la classe.
Il ne s’intéresse qu’aux choses essentielles de la vie, qui sont belles et ne sentent pas mauvais.
Il est respecté de tous les Chers Confrères parce que le cœur est l’organe décisif.
Il a souvent un cœur.

Le pneumologue :

Il a toujours voulu être cardiologue mais il n’était pas le premier de la classe.
Il fait des étourderies parfois, alors ça l’arrange bien s’il y a deux poumons plutôt qu’un.

L’endocrinologue :

Le diabète, c’est à la mode.
Les hormones c’est super compliqué, tellement compliqué que même les patients experts ne contredisent pas le médecin, en endocrinologie.

Le psychiatre :

C’est un « littéraire », parce que tout le monde sait bien que le monde se divise en les scientifiques d’un côté, et les littéraires de l’autre.
Il a été capable de faire toutes les années d’études jusqu’à l’ECN sans se faire prescrire un seul Xanax ou Stilnox. Il garde son calme en toute circonstance, et est un professionnel de la mindfulness.
Il n’est pas bien classé à l’ECN de toute façon.

Le généraliste :

Il aime les gens.
Il se sent capable d’être toute sa vie un médecin « non spécialiste » = un inférieur.
Il aime les gens.
Il n’est pas forcément le premier de la classe.
Il aime les gens.
Il n’a pas peur des défis de la vie, aussi variés soient-ils.
Il aime les gens.
Il sait environ tout et environ rien, presque comme son Cher Confrère de la Médecine Interne sauf que le généraliste devra toujours baiser les pieds de l’interniste pour soigner ses grosses chevilles gonflées (le fameux « bisou magique »).

Le pédiatre :

Comme le généraliste, mais il est dur d’oreille, dans tous les sens du terme. Il faut bien savoir se protéger (les pleurs, notamment).

L’anatomopathologiste :

L’anapath’ a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Il est pour les 35 heures, largement.
Il n’en peut plus de la hiérarchie entre Chers Confrères.
Il n’a pas peur des morts, au contraire, il les aime.
Il aime le silence.

Le biologiste :

Alors oui les biologistes, ça existe. Dans les laboratoires d’analyses médicales.
Le biologiste a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Il a hésité avec anapath’ mais il n’aime pas trop les cadavres.
Il aime jouer avec le caca qui change de couleur selon la petite bactérie qui est dedans.

Le radiologue :

Le radiologue a aimé les gens pendant ses stages. Et puis c’est devenu fatiguant.
Pendant le stage de radiologie, il s’est pris à dire, à l’échographie : « Pour les besoins de l’examen, taisez-vous s’il-vous-plaît. »
Il sent qu’il a le swag quand il est le seul capable de voir des vraies choses sur des images informes noir/blanc/gris.
Il ouvre les yeux de ses Chers Confrères cliniciens complètement perdus ou de ses Chers Confrères chirurgiens tout excités de savoir quoi triturer.
Il a de gros projets personnels à financer.
Enfin, il est bien classé à l’ECN.

Médecine nucléaire :

On apparentera le médecin nucléaire au radiologue. Sauf que comme il y a le mot « nucléaire », on a peur et on sait que c’est une spécialité vouée à disparaître, à terme. Vraiment très long terme.

Le gastroentérologue :

Il aime les bites et les culs sur les fresques de la fac. D’ailleurs il n’aime pas qu’on critique les fresques.
Il fait semblant d’avoir lu « Le charme discret de l’intestin » et veut être le nouveau héros (après le neurologue, puisque l’intestin c’est le 2ème cerveau. Mais bien sûr, en restant derrière le cardiologue).
Il se fait rincer un max de repas par la Big Pharma parce qu’il prescrit des biothérapies à des doses hors-AMM en détournant les molécules destinées initialement aux rhumatologues mais qui sont des chochottes sans couilles (celles dessinées sur les murs) qui respectent les AMM.
Personne ne va sur transparence.sante.gouv de toute façon.
Attention, femmes, s’abstenir. Ou bien avoir des couilles (comme celles dessinées…).

L’urologue :

Aime aussi les bites et les culs dessinés… et en vrai.
Il préfère les patients hommes parce que c’est moins chochotte que les patients femmes.
Il aime chirurgier et triturer, découper et recoudre, alors que son Cher Confrère de la gastro au mieux ne met que des tuyaux dans les trous.
Attention, femmes, s’abstenir. Ou bien avoir des couilles (comme celles dessinées…).

Le rhumatologue :

On l’a déjà dit plus haut, le rhumatologue est plutôt une chochotte. D’ailleurs il ne chirurgie pas.
Il préfère les petits vieux aux enfants. Les deux se ressemblent mais les petits vieux font moins de bruit.
Il est le seul humain de la société fasciné par la sagesse des petits vieux.
D’ailleurs il n’aime pas trop les couilles et les bites des fresques mais il n’ose pas le dire pour ne pas faire anti-confraternel.

Le réadaptateur (MPR)

Il pensait faire rhumato parce qu’il aimait l’anatomie. Finalement il s’est rendu compte que les petits vieux c’était ennuyeux.
Il veut que des Grands Sportifs lui envoient des « merci » dactylographiés sur des maillots et des médailles d’or qui sont exposés dans le cab’ (inet).
Attention parfois il y a quand même des petits vieux qui consultent.

L’orthopédiste et tous les autres chirurgiens :

Il faut bien faire le boulot que les chochottes de rhumatos, réadaptateurs, gastros, etc. ne veulent pas faire.
Le chir’ a toujours été fasciné par le job des plombiers et des mécanos mais ses parents l’ont obligé à faire médecine.
Il ne comprend pas bien les règles de la vie en société. D’ailleurs il ne comprend pas pourquoi il y a une société.

L’ophtalmo :

C’est un jeune homme beau gosse. Soignant la vue, il soigne aussi son apparence. Que celui qui a déjà repéré un ophtalmo crado me jette la première pierre.
Il a bonne haleine, et la mauvaise des patients ne le dérange pas.
(cf. l’examen à visages très très rapprochés, pour les lecteurs non-connaisseurs).
Il connaît son alphabet sur le bout des doigts et met toutes les 10 minutes les autres gens au défi de le connaître aussi. C’est ça la médecine aussi.

Le gynécologue :

Il est un peu comme les confrères de la gastro et de l’uro, le pipi caca ne le dérangent pas.
Il supporte les patientes femmes contrairement aux confrères de l’uro.
Il sait détendre les patients, d’autant plus quand ils sont gênés, sans forcément leur montrer des fresques de chattes et de bites.

Génétique médicale :

Un coup à finir le nez dans les boîtes de Pétri dans un labo de l’INSERM, ce n’est pas du tout le même salaire que prévu, et surtout, les collègues chercheurs sont tout sauf confraternels. A fuir.

L’anesthésiste :

Il aime bien les patients mais il préfère quand ils dorment.
Les corps vivants inanimés ne lui font pas peur.
Il est un être social et sait comment faire pour passer des journées interminables en compagnie de chirurgiens (cf. le passage sur les chirurgiens).
Il endort et ressuscite quand il veut, sans pour autant se prendre pour Dieu.

L’hématologue :

Il est le seul à croire qu’en fait l’organe noble c’est le sang, même si ce n’est pas vraiment un organe.
Il rêve qu’un jour dans cette grande médecine occidentale d’organe, le sang ait un jour enfin la place qu’il mérite. Le sang c’est le liant.

Santé publique :

Le santé publiste a de l’ambition.
Il trouve qu’il y a beaucoup de patients aux urgences mais il veut voir encore plus grand.
En fait, il veut soigner des humains avec des chiffres.
Éventuellement il a des prétentions ministérielles.

L’ORL :

L’ORL a toujours soutenu que le rhume était une vraie maladie, voire même un vrai problème de santé publique.
Il prescrit du sérum physiologique à tour de bras et avec ça il a les mains bien plus propres que les Chers Confrères de gastro qui outrepassent les AMM.
Il aime à la fois voir les patients en consult’, à la fois les triturer pour soigner leur cancer. Oui parce qu’il n’y a pas que les rhumes quand même.

L’oncologue :

Le cancer c’est la maladie qui à elle seule arrive à être une spécialité.
Le cancer nous a environ tous touchés, de près ou de loin.
L’oncologue a toujours vu la médecine comme une branche dérivée de l’armée.

Le dermatologue :

Le dermato s’ennuie.
Il s’occupe de bronzage et de grains de beauté. On dit quand même aussi que les trucs les plus crados se voient chez le dermato.
Âmes sensibles s’abstenir.
C’est finalement assez proche de l’ophtalmo.

Le neurologue :

Le neurologue aime les trucs bizarres.
Chaque fois qu’un patient sera bizarre, à une étape de son parcours de soin, on lui demandera forcément : « Vous avez un neurologue ? ». C’est une sorte de poubelle.
Ce n’est plus ce que c’était, être neurologue. Depuis que les gens ont décrété que le 2ème cerveau c’était l’intestin, et que donc le gastro est en train de supplanter le neuro.
La roue tourne.

La médecine interne :

L’interniste a toujours été premier de la classe.
Et un peu grincheux, pour ne pas dire un vieux grincheux.
Il a hésité entre interniste, cardiologue, et l’Ecole Polytechnique, et ce « depuis le berceau ».
Il a regardé tous les épisodes de Docteur House et il pense que c’est ça, un bon médecin.
Il est mauvais joueur parce qu’il n’aime pas avoir tort.
Il rédige plein de lettres pour envoyer les patients aux autre spécialistes pour avis, parce qu’il faut occuper les malades qui ne travaillent pas parce qu’il sont soit disant trop fatigués.
Mais au fond il méprise tous les autres spécialistes, et s’il n’avait pas obtenu médecine interne, il serait devenu chercheur ; il y a des passerelles.

Le médecin du travail :

Il est un des seuls à avoir compris que le burn out était dévastateur.
Lui-même a eu du mal à supporter les études de médecine.
Il veut faire de la prévention parce qu’il y en a trop peu.
Il veut prescrire des chaises ergonomiques et connaître par cœur toutes les références de chez Bruneau parce que c’est moins risqué que les molécules du Vidal.
Il avait de la fièvre pendant les ECN.

Voilà ! Il manque quelques spécialités… je n’ai pas encore tout testé…
A compléter !
Les commentaires sont ouverts ! ☺
Et bon courage à tous les étudiants en médecine ❤

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

PPS : pour les blogs d’externes, par exemple, https://lexterne.wordpress.com/ ou https://littherapeute.wordpress.com/

PPPS : pour le néphrologue, désolée, je n’ai pas assez d’expérience ! En attendant, le blog de Delphine vous en dira davantage.

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Ma voisine la coquine

Bon. C’est l’histoire de Sophie. Ce ne sont pas les malheurs de Sophie mais presque. Sophie c’est ma voisine.

A tous les malades qui me lisent, chroniques ou pas : soyez amis avec vos voisins. Enfin essayez. Ce n’est pas toujours facile. C’est vrai que moi avec Sophie j’ai eu le coup de foudre. Et ça a été réciproque.

C’est très pratique parce que la distance à parcourir pour aller voir ses amis est ainsi très courte. Cela évite plein de problèmes d’organisation, de fatigue dans les transports, de marche, etc… Et quand la maladie isole à la maison, un voisin stylé, c’est mieux que Madame Michu qui est toujours fâchée.

Sophie a assez vite vu que je trainais souvent à la maison, et après lui avoir fait croire que je travaillais à la maison, j’ai fini par lui avouer que j’étais à la maison parce que j’étais malade.

Alors attention parce qu’à partir du moment où vous faites votre coming out de malade, vous avez automatiquement droit à tous les problèmes de maladie de votre entourage. Eh oui, c’est un package. Les gens sont gentils en fait. Ils croient que vous êtes tellement malades que forcément vous aimez ça, pas d’autre explication. Du coup, au moindre problème de santé chez les autres, vous savez tout. C’est comme ça que je connais les problèmes urodynamiques ou gastroentériques de peut-être autant de gens qu’un Grand Docteur.

Suivant cette règle, Sophie, elle me parle souvent de maladie. Mais il se trouve que Sophie aussi elle est malade. Alors elle croit que j’aime la maladie… et je crois qu’elle aime la maladie… bref on parle souvent de pipi.

Par cette belle après-midi de printemps, Sophie me racontait son dernier rendez-vous de contrôle chez un dermatologue qu’elle voyait pour la première fois. Je ne sais pas si ce détail à son importance.

Avec la maladie de Sophie, le rôle du dermatologue c’est d’inspecter toute la peau de son corps. Vous savez, les dermatologues pour examiner la peau mettent souvent un grand casque sur la tête, avec des loupes de partout, et on dirait qu’ils sont propulsés directement dans l’espace, ou sur une autre planète. Avec éventuellement d’autres règles que sur la planète Terre. Sophie et moi, on a bien les pieds sur Terre, nous.

Donc le dermatologue révisait Sophie de long en large. Elle était en culotte. Elle n’est pas pudique, Sophie. Elle ne parle pas que de pipi, Sophie. Elle parle aussi de sodomie, Sophie. Oups pardon, on est sur un blog sérieux là, lu par des Docteurs sérieux.

Mais parlons des fesses justement. Sophie me racontait que, arrivé à devoir inspecter les fesses, le dermatologue a soudain baissé sa culotte, sans même la prévenir. Sophie m’a dit : « De tous les hommes qui m’ont baissé la culotte, et Dieu sait qu’il y en a eu, c’est de loin celui qui m’a le plus choquée. »

Eh oui parce qu’elle est culottée la Sophie, mais ce dermatologue aussi.
Elle a pris une bien belle déculottée la Sophie, et lui, en mériterait bien une belle aussi.

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

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Le jeu de l’anest’

Bon. J’avais rendez-vous avec l’anesthésiste. « L’anest’ » pour les intimes. On pourrait entendre « l’ânesse » mais il faut bien dire le « t » pour ne pas confondre le médecin avec un âne. Normal.

Alors la consultation d’anest’, c’est assez détente en général. L’anest est d’expérience un spécialiste plutôt zen, peut-être parce qu’il est en contact direct et régulier avec des molécules très zénifiantes. C’est une consultation qu’on fait obligatoirement quelques jours avant de se faire opérer ou au moins endormir. Le patient dit son âge, sa taille, son poids, le nombre d’anesthésies par le passé. C’est l’occasion de passer en revue tous les antécédents, les allergies, l’éventuelle maladie chronique. S’il y en a plusieurs on dira, les comorbidités, ça fait plus médical. Et puis il y a « mor » dedans donc ça sonne comme « mort » donc ça fait tout de suite plus sérieux.

C’est là que l’anesthésiste est tout content. Plus votre dossier est gros, moins il va s’ennuyer. Oui parce que prévoir du propofol pour une fibroscopie d’un homme de 40 ans pas d’antécédents pas d’allergies qui a mal à l’estomac depuis 3 mois, c’est quand même ennuyeux non ?

Alors je déroulais mon CV médical à cette anesthésiste très sympa pendant cette consultation. Quand elle était venue me chercher dans la salle d’attente elle avait reconnu une dame avec qui elle avait sympathisé la veille au semi-marathon de la ville. Le monde est petit. L’anest’ aimait la compét. Elle faisait des « Oh » et des « Ah » devant mon CV médical. Je l’impressionnais avec mes petites notes sur lesquelles j’avais répertorié mes onze anesthésies générales en l’espace de dix ans. Le courant passait bien entre nous, même si on n’avait pas couru de semi-marathon ensemble.

Elle a fini par se confier  « Vous savez, je suis très contente avec votre dossier ? »
Et moi : « Ah bon ?».
Et elle « Oui oui, parce que bon, je ne devrais pas vous le dire mais je vous le dis quand même : on joue régulièrement entre collègues. A celui qui ramène le dossier le plus spectaculaire. Et avec vous, je suis sure de gagner ! A 30 ans, vous avez le dossier médical d’une personne de 75 ans ! »

Voilà, tout était dit. J’ai vraiment bien aimé cette anesthésiste. C’est la consultation d’anest’ dont je me souviens le mieux. Elle avait gagné son concours de Chers Confrères, et elle avait gagné sa place dans ma mémoire.

Une partie de moi à bien ri et est sacrément fière d’avoir fait gagner mon anesthésiste stylée. Une autre partie de moi a mémorisé « le dossier médical d’une personne de 75 ans ».
Pas besoin de petites notes pour retenir ça.

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Le bye du Docteur

Bon. Certains lecteurs malins ont eu le diagnostic fin, en ce moment, j’ai du mal à écrire. Une nouvelle maladie pour mon CV médical ? Non bien sûr. Enfin croisons les doigts pour que non ! Bref comme j’ai du mal à écrire, je lis ce qu’écrivent les autres. Bonne idée, ne trouvez-vous pas ?

Et donc j’ai eu envie de relire cette lettre que j’avais reçue il y a 3 ans, moi et d’autres patients, d’une médecin sans pareille. J’ai l’impression que cette lettre c’était y a 10 ans tellement ça me manque les médecins comme ça.

Alors voilà, à l’heure où l’on se pose plein de question sur la relation médecin/patient, sur les « rôles » de chacun, je transcris la lettre ici, sans davantage de commentaires, excepté celui du silence forcé par mon profond respect.

« Mes Dames,
Cette fois c’est la bonne ! Je vous quitte cet été pour partir vivre, et j’espère travailler, à *** avec ma famille.
J’arrête mes consultations au *** le ***, vous pouvez continuer à être suivie là-bas par ma collègue, et amie, le docteur *** qui travaille dans le même état d’esprit que moi et en qui j’ai toute confiance.
Je profite de ce mail pour vous dire au revoir, si je n’ai pas la chance de vous voir avant de partir. Je pars avec beaucoup d’enthousiasme pour ce nouveau projet mais aussi le cœur lourd de vous quitter.
Ces presque 10 années d’exercice, ont fait partie intégrante de ma vie, elles m’ont construites au même titre que ma vie personnelle.
Vous m’avez fait confiance, vous m’avez confié vos doutes, vos angoisses et vos difficultés. J’ai suivi vos joies, vos réussites et vos victoires.
Vous m’avez confrontée à mes propres interrogations. Grâce à vous j’ai réfléchi sur ma façon de travailler, vous m’avez façonnée et vous m’avez rendue meilleure médecin, du moins j’espère !
J’ai été impressionnée par votre force, par cette capacité que vous avez eu à trouver en vous la force d’affronter des situations parfois très difficiles.
Vous avez été mes Héroïnes de la vie ordinaire, mes nanas, comme celles de Niki de Saint Phalle.
Merci pour tout ce que vous m’avez offert, je pars avec tout cela dans mon cœur.
Docteur *** *** »

Silence

 

PS : cet article a été tweeté comme #BilletDeBlogDeLaSemaine du Département de Médecine Générale de l’Université Paris Descartes.

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L’amour trois fois par jour

Bon. Vous le savez peut-être : j’ai 30 ans, je suis mariée, je n’ai pas d’enfants. Il faut savoir répondre systématiquement et rapidement à ce mini interrogatoire lors d’une première approche avec tout personnel d’un hôpital, de l’administratif de base au Grand Professeur. C’est souvent : « Nom Prénom Date de naissance ? » – et donc âge – « Marié ? Enfants ? » parfois : « Travail ? »

Cet interrogatoire, sans qu’il n’y paraisse, met une pression terrible. Surtout quand il se répète, se répète, se répète. En fait, l’âge c’est OK, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. En revanche, le mariage, les enfants, et le travail, ouh là là, oui, il y a les bonnes, et les mauvaises réponses.

Je vous livre ma petite expérience personnelle en trois axes :

1. J’ai longtemps répondu que je n’étais pas mariée, parce que je n’étais pas mariée. On me jetais un tantôt un regard soupçonneux, tantôt un silence déplacé. « Pas marié » ça veut dire plein de choses : sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, solitude, asociabilité. J’ai fini par me marier. Pour l’hôpital. Pour être crédible à l’hôpital. Pour ne pas être taxée de sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, solitude, ou asociabilité. Je vous livre un petit secret bien à moi : on peut parfaitement combiner mariage et sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, solitude, ou asociabilité, mais chuuuuuut.

2. Je passe au travail. Il est toujours bon d’avoir un travail. «Pas de travail » ça veut dire plein de choses : flemme, non compliance, non observance, assistanat, profiteur, mauvaise humeur, dépression, ennui. Un malade trop malade, qui n’arrive pas à travailler, on n’aime pas. Ça veut dire qu’en partie on a échoué. Il est bon en outre d’avoir un bon travail, un truc « qui en jette ». Je n’ai pas testé tous les métiers, bien sûr. Mais je peux vous dire que chercheur passe mieux que étudiant qui passe mieux que vendeur.

3. Et finissons sur les enfants. Une fois que le patient a accepté le conformisme hospitalier et qu’il s’est marié, il faut qu’il ait des enfants. Surtout s’il a 30 ans. Sinon c’est qu’il y a a un truc louche. Une entourloupe dans l’interrogatoire. Genre de l’anticonformisme. J’entends tellement souvent « Pourquoi vous n’avez toujours pas d’enfants ? » que j’ai fini par me poser la question à moi-même, trouver la réponse, et la renvoyer au questionneur beaucoup trop voyeur.

Dans ces cas-là, vous vous retrouvez assez vite assis face à des « médecins de la reproduction ». Être médecin de la reproduction, ce n’est pas faire des photocopies toute la journée. Pour ça il y a les étudiants, les externes, bien sûr. Vous vous rappelez ? Les étudiants sont entre le chercheur et le vendeur dans la Grande Classification des Travailleurs. Donc médecine de la reproduction, ben c’est la médecine du sexe, du rapport sexuel, de la coucherie, de la chose, de la baise, comme vous voulez. Et du résultat que ça donne, c’est à dire les enfants, pour pouvoir répondre « oui » à l’interrogatoire de départ.

D’après mon expérience, les médecins de la reproduction sont très souvent très savants. Ils voient des patients variés, avec des maladies variées, et des médicaments variés. Ils sont assez impressionnants de par leurs connaissances, même davantage que leurs Chers Confrères de la médecine interne.

Donc j’étais en consultation chez la Chef du Service de Médecine de la Reproduction. Elle me soulignait d’emblée que j’avais « de la chance » d’être consultation avec elle du premier coup, parce que ses patients étaient triés sur le volet. A-t-on vraiment de la chance quand on se retrouve derrière le bureau du Docteur ? J’avais bénéficié d’un désistement. Je m’en fichais bien moi, d’être avec la Chef. Vous savez, mon côté anticonformiste, anarchiste, syndicaliste… Mais je lui ai promis que mon cas ne la décevrait pas néanmoins. Je savais ce que je valais d’impressionnant. D’après ma grande expérience de patiente.

Il y avait un externe dans la consultation. Souvent les patients n’aiment pas trop les intrus dans la consultation. Moi J’A-DORE. J’adore parce que le Grand Médecin, s’il travaille bien, explique des trucs à l’externe, et au passage à moi aussi, et je ne suis donc pas l’idiote de service, à qui il faut parler en langage simple = non médical.

Alors la Grande Médecin nous expliquait à l’externe et moi plein de trucs intéressants très savants, des examens plus tarabiscotés les uns que les autres, leurs indications, leurs non-indications, leurs contre-indications. L’externe se faisait taper sur les doigts à coups de réglette imaginaire chaque fois qu’il ne savait pas. Il ne révisait pas assez, assénait sa boss. J’étais bien contente d’être la patiente idiote finalement. Je m’amusais bien dans cette consultation.

Et à moment, je me suis amusée beaucoup plus :
La Grande Médecin, à moi : « Vous savez Madame que pour avoir des enfants, il faut avoir des rapports sexuels ? »
Moi, savante mais humble, je n’ai pu contenir une explosion de rire. Je suis comme ça. Je suis bon public.
La Grande Médecin a été un peu choquée que j’ose rigoler, alors elle a ajouté : « Mais Madame, si cela vous fait rire, enfilez une blouse, asseyez-vous à côté de moi et venez rire tous les jours alors, parce que tous des jours des patients viennent en me disant qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfants, mais ils me disent aussi qu’ils n’ont pas de rapports sexuels ».

Bon. Je m’en fiche de ce que font ou pas les gens. Elle était drôle. L’externe n’osait pas trop rire. Il avait encore les doigts gonflés des coups de réglette imaginaire. Mais il s’amusait quand même, ça se lisait, entre les lèvres.

On a parlé un peu de cul du coup, la médecin était open. Elle était limite sexualité débridée, MST, inconscience, drogue, anticonformisme, vous voyez ce que je veux dire quoi ? Presque « pas mariée ». Ah mais si finalement, elle a fini par me dire quelle était mariée avec enfants. Forcément.

Et puis elle répétait toujours : « Les enfants se font sous la couette ». Je ne comprenais pas trop l’obstination de « sous la couette ». Enfin, c’était très conformiste, donc conforme à notre thèse de départ, dans cet article.

On s’est tous les trois quittés sur la classique rédaction de la prescription. Il lui a semblé bon de rappeler oralement : « Je vous le répète hein, pour avoir des enfants, les rapports sexuels, c’est trois fois par jour ! »

Je suis restée interloquée. Trois fois par jour, c’était beaucoup quand même. Matin midi et soir. Je me suis dit que ça devait être une habitude de médecin de tout faire trois par jour, à force de prescrire des médicaments. Ou bien que c’était une blague. Je n’étais pas trop sure.

Alors j’ai osé : « Du coup vous prescrivez aussi beaucoup d’arrêts de travail ? Pour pouvoir tenir le rythme ? »

Elle n’a pas compris. Elle s’était trompée en fait. Elle avait fait un lapsus. Elle avait voulu dire « semaine » et pas « jour ». Trois fois par semaine, ça devenait plus raisonnable. Mais j’ai beaucoup rigolé, encore. Elle n’a pas trop aimé que je me moque de son erreur. Elle a demandé à l’externe ce qu’elle avait dit. L’externe était gêné. La patiente avait raison. Il n’a pas osé contredire la Grande Médecin et son outrancière prescription.

Trois fois par jour mes chers lecteurs.
Voilà c’est ça, la médecine de la reproduction.
Et par ce lapsus révélateur,
on a bien la teneur, des intrusions.

 

PS : depuis cet article, le blog alorscommentcava a été ajouté au « club des médecins blogueurs » 🙂

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Les « bons » du bon médecin

Bon. Je me pose souvent trop de questions. À force de voir des médecins, je me demande souvent : « C’est quoi un bon médecin ? »

Je me souviens de je-ne-sais-plus-quelle-etude-très-savante qui disait que la caractéristique numéro 1 que les patients voulaient chez un médecin c’était la compétence. Ok. C’est vrai que c’est assez important. Mais du coup la compétence c’est quoi ? Ne jamais se tromper de diagnostic ? de traitement ? En médecine c’est impossible. Alors le médecin doit avoir d’autres qualités, je crois.

On avait déjà dit ici sur le blog qu’un médecin sympa, c’était bien. Oui parce que quand on est souvent malade, on voit souvent des gens à cause de ça. Et quand on voit souvent des gens, c’est plus agréable s’ils sont sympas. D’autant plus que la maladie par essence c’est un peu triste, alors un peu de sympathie, ça fait toujours plaisir.

On n’a jamais trop parlé du médecin drôle. Il y a des gens comme ça, par nature, sans le faire trop exprès, ils sont drôles. On n’est pas obligé d’être rempli de grands gargarismes de rire. Juste sourire, ça peut suffire.

Regardez donc l’ordonnance de ce médecin drôle : « bon pour 10 séances ». Ce n’est pas génial ça ? Trop mignon ? On dirait un ticket de loterie ! On ne va pas se soigner, on va jouer ! On a un bon pour 10 tentatives. Allez je choisis le tir à la carabine plutôt que la loterie finalement, le hasard c’est trop banal. Je préfère le combat à la chance. 10 fois j’essaye de viser la cible avec la carabine. La cible c’est la maladie, vous avez compris ? Vous avez remarqué comme c’est quasi impossible de toucher la cible avec la carabine dans les fêtes foraines ?! Doit y avoir un trucage, forcément. Pourtant je joue souvent !

J’aime bien jouer. Surtout à la fête du village de ma grand-mère, dans le nord du Portugal. Il fait toujours chaud. Chaque année pendant 4 jours, la population du village passe de 1000 à 10 000. Il y a des hauts parleurs accrochés aux lampadaires et ils diffusent de la musique en continu. Ça sent bon les churros. Les forains s’installent pour faire jouer les petits comme les grands, en vendant des « bons ». C’est vraiment des bons moments. Tout le monde est heureux. Voilà.

Vous imaginez jusqu’où il nous fait voyager le médecin drôle avec sa prescription drôle ?

À la loterie de la vie moi je vous le dis,
Un médecin grâce auquel je ris,
Ça me plaît et y a que ça de vrai.

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Le Bon Usage (de la balance en médecine)

Bon. Ceux qui ont suivi ont déjà compris, ma Bible (on reste un peu dans le champ lexical religieux) c’est : Le Bon Usage (de la langue française) de Maurice Grevisse. C’est un petit guide. C’est bien les guides. Ça aide un peu.

Il y a plein de choses qui aident (les Docteurs) à mesurer ce qui ce passe dans la vie (du malade). Et parmi ces choses : le poids. En fait, si l’on est rigoureux et que l’on se remémore la bonne vieille loi universelle de Newton, ce n’est pas « le poids » c’est « la masse », que l’on mesure en kilogrammes au moyen d’une balance. Qui rapporte donc un nombre.

J’entends souvent le raisonnement suivant :

Le Docteur : « Poids de forme ? »
Le Patient : « 53 »
Le Docteur : « Montez sur la balance »
Le Patient : « X »

Puis 2 cas se présentent,
si X < 53, le Docteur : « Oh là là, mais ça ne va pas du tout. »
si X > 53, le Docteur : « Oh, mais ça va très bien alors. »

Comment faire presque aussi simple… mais un peu plus rigoureux… il suffit d’accepter quelques règles de base de logique :
« Maigre » n’est pas équivalent à « malade ».
« Gros » n’est pas équivalent à « bien portant ».

Je viens de balancer un gros pavé dans la mare là.

Eh oui ! Finie l’époque du Roi Soleil où « gras » était équivalent à « bonne santé ». Il y a des lois qui ne sont pas universelles comme celles de Newton. Depuis les peintures de Charles Le Brun, des Grands Chercheurs ont trouvé que :
« Maigre » peut impliquer « malade » mais « malade » n’implique pas forcément « maigre ».
« Gros » peut impliquer « malade » mais « malade » n’implique pas forcément « gros ».

En fait, ça dépend.

Et donc, il convient de ne pas donner de valeur excessive à la masse. De savoir contrebalancer le poids.

C’est bien les guides, ça aide un peu.

PS : On pense que le Roi Soleil avait une maladie digestive, donc aussi, maladie du poids.

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« La bonne baise » expliqué

Bon. J’ai eu plein de questions à propos du post « La bonne baise ». Plein de gens qui m’ont dit « oh mais c’est hot », ou « oh mais t’es chaude », ou plus intelligent « ça montre bien que le patient n’est pas qu’un numéro, mais un être sexué ». Alors…non. Ou bien oui, mais pas que.

J’avais essayé de dissimuler mon message au moyen de l’image de la relation sexuelle consentie de type « one shot » avec un autre qui ne vous rappelle jamais. Mais le message est mal passé. Et un message qui passe mal, c’est un message mal énoncé. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». J’aime cette petite maxime de Nicolas Boileau. C’était au 18ème siècle dans son Art Poétique, et c’est toujours vrai maintenant. Et en effet, tout le monde n’a pas vécu « la bonne baise », et c’est tant mieux. Donc pour des références, je vous suggère le basique « Sex in the city ». Quelques épisodes suffiront, voire même le résumé Wikipedia. C’était donc une métaphore le sexe, un piège, et c’est vrai que c’était facile de tomber dedans. En fait, une partie de moi n’a pas voulu prendre de risque.

Mais finalement, une fois n’est pas coutume, je vais vous faire la petite explication de texte. Et prendre des risques. Après tout, on ne lit pas Kant sans le Profil (de chez Hatier) à côté non ? Sinon on ne s’en sort pas. Hum moui, moui, je m’auto-flatte, je me prends pour Kant, peut-être même pour Dieu.

Voilà de quoi parlait mon article. Du syndrome de Dieu. Un syndrome c’est par définition, un ensemble de symptômes. C’est donc une pathologie que j’ai mise en évidence chez le professionnel de santé, notamment le médecin, en général expérimenté, et allez savoir pourquoi, chez l’homme, et non la femme. J’ai identifié jusqu’à maintenant 3 cas, et comme en médecine, parfois on ne fait un article que pour 1 cas, je me dis que 3, c’est une statistique suffisante pour publier une maladie désormais établie : le syndrome de Dieu. Qu’on appellera probablement un jour, le syndrome de Leroux, puisque souvent on donne leurs noms aux maladies à ceux qui les ont mises en évidence, n’est-ce-pas. Hum moui, moui.

Je vous explique dans quelles circonstances vous pouvez rencontrer un médecin atteint de ce syndrome. Vous avez une maladie. Un peu n’importe laquelle. Un truc un peu chronique, plus grave qu’un rhume, moins grave qu’un cancer. Un truc un peu chiant, sur lequel les connaissances avancent un peu, sur lequel la Big Pharma se fait des sous-sous, sur lequel les médecins fougueux tentent disons une petite dizaine de molécules, dans un ordre plus ou moins défini, selon ce qui s’est dit dans les derniers congrès nationaux, européens, mondiaux, hum, moui, moui, mondiaux. Ah, excusez-moi, j’ai encore un petit four coincé dans la gorge.

Donc vous avez une maladie, et vous avez votre première consultation avec le Grand Professeur, recommandé par tout le gratin parisien, national, européen, mondial, hum, moui, moui. C’est ça « la bonne baise ». C’est la consultation. Vous êtes content de cette consultation parce que le Grand Professeur vous explique qu’il va vous sauver, qu’il ne faut plus s’inquiéter maintenant, qu’on va se voir tous les trois mois, et qu’on finira par trouver la bonne des 10 molécules de la Big Pharma au congrès, qui vous remettra sur pied. Vous sortez refait de la consultation.

Mais tout se gâte après. D’où vous êtes « la bonne poire du bon coup », je vous renvoie au texte originel. Le syndrome de Dieu vous l’avez compris, ça consiste à se prendre pour Dieu, une fois, pas deux. A dire des choses, à ne pas les faire. Parce qu’en fait votre maladie est compliquée, les patients ne vont jamais bien, même les 10 molécules parfois ne marchent pas. Alors Dieu est fatigué, et ne veut plus s’intéresser aux patients qu’il ne peut pas ressusciter. Dès la deuxième ou la troisième consultation, tout vexé comme un pou que sa baguette magique n’ait pas marché, le syndromé vous dit : « Bon ben de toute façon, je ne peux rien faire, y a rien qui marchera ». Et bim. Vous comprenez maintenant ou pas ? La bonne poire ? Le sentiment de s’être bien fait avoir ? D’avoir cru rencontrer Dieu et se rendre compte qu’en fait non, pas encore ?

Donc vous vous sentez usurpé. « Baisé » quoi. C’est comme ça qu’on m’a appris à l’école à verbaliser ce sentiment moi.

Du coup, dans « La bonne baise », je n’ai pas dit comment ça se terminait. Parce que dans la vraie vie, vous ne retournez pas en principe voir quelqu’un qui vous a profondément déçu. Mais dans la vraie vie du malade, vous espérez toujours un peu guérir, alors vous vous acharnez, et vous retournez en consultation avec Dieu. Et Dieu vraiment fatigué, finit par statuer, magnanime : « Voyez bien le psychiatre ».

Eh oui, le psychiatre.
Parce que quand Dieu se lasse, et que vous avez envie de vous envoyer vous-même au paradis, avant, il y a quand même un petit passage, par la psychiatrie.

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L’amitié avec le praticien ?

Bon. Après le post sur l’amitié avec le pharmacien, voici l’amitié avec le praticien. Avec un point d’interrogation cette fois. On est tous des êtres humains. Enfin moi, et vous, qui lisez, forcément. Et les praticiens aussi.

Une fois ma kiné de la vessie (telle une grande athlète j’ai un kiné par muscle) m’a dit : «Cette patiente, je la vois trois fois par semaine, alors c’est devenu une amie ». Bien. Moi aussi je claque la bise au kiné du dos, il m’appelle « ma fille », il m’écrit des SMS quand je suis en hospit’, on va au café ensemble. Je reparlerai de cette très belle relation avec le kiné. Et je dirais que pour le kiné, c’est environ OK.

Maintenant le médecin. On voit le médecin moins souvent que le kiné. Donc on a moins de chances de devenir amis. Mais voilà, le médecin il a un rôle plus décisif. Il diagnostique, il se trompe, il réussit, bref, pas facile toute cette responsabilité. Le temps passe, on vit des trucs plus ou moins intenses, parfois c’est très fort, parfois on sait pas quoi se dire en consult’, alors chacun raconte ses vacances. On s’amuse tellement, qu’au bout d’un moment, ça ne ressemble plus du tout à une consultation. Ça ressemble à un bon coup au bar avec éventuellement un petit tube dans le cul en plus. Ça en devient bizarre.

Je suppose qu’on gagne toujours à bien s’entendre avec les gens. Mais le problème, c’est qu’on est tous des êtres humains.

Est-ce que la relation n’est pas allée trop loin quand je n’ose plus dire au médecin que je ne vais pas bien ?
Lui qui me considère comme son amie et qui donc forcément veut que j’aille bien.
Lui qui ne sait pas, ne peut pas, cacher son regard désespéré, quand je ne vais pas bien.
Moi qui veut protéger mon ami en cessant de lui dire que je ne vais pas bien.

Est-ce qu’à ce moment-là, on n’est pas allé trop loin ?

PS : Le « petit tube dans le cul » s’appelle en fait un « rectoscope »

PPS : Une vidéo de l’excellent médecin Baptiste Beaulieu interrogé par Le Magazine de la Santé, qui « ose dire » qu’un médecin peut être un ami : ici

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La bonne baise

Edit : suite aux questions de certains lecteurs, je précise avant la lecture :
– rien à voir avec « balance ton porc », avec « balance ton hosto »
– aucun fait illégal, aucune relation sexuelle, en fait
A lire entre les lignes…

Bon. On a tous connu un bon moment, avec un bon coup. Genre le plus beau gosse de la classe, la plus bonne meuf de l’Université, bref le plus ce qu’on veut. Et dont on garde un goût amer.

C’était un doux jour de rendez-vous.
Il y avait un doux petit Zouk love en musique de fond à l’hôpital, ça donnait la fièvre.
J’étais doucement éméchée.
Je voyais Don Juan.
Celui que tout le monde veut. Celui dont tout le monde parle. Celui qui pourrait se prendre pour Dieu.

Après de courts préliminaires, on est passé très vite aux choses sérieuses. Il répondait en même temps à mille coups de téléphone, satisfaisant tout le monde. Sa langue était agile.
Et chacun de nous deux a fini par avoir sa part du gâteau.
Pour ma part, effectivement, c’était un bon coup.
Je comprenais ce que rapportaient les autres.

Il a fallu néanmoins se quitter. Le bon coup avait un agenda bien chargé. Des gens qui voulaient, eux aussi, bien baiser.

Il y a toujours le moment gênant où on se demande du regard si on va se revoir.
Le bon coup a senti ma détresse, et a pris les devants, feignant un clin d’œil, bien davantage hardi que fainéant, justement. Oh d’Artagnan.
Il m’a dit : « Poupée, voilà mon numéro, appelle-moi, je m’occupe très vite de toi. »
Je me suis sentie spéciale. Il m’a promis de nouvelles positions, de nouvelles perspectives de plaisir. Il a griffonné sur un bout de papier son 06. Il écrivait avec style. Comme on chorégraphierait parfaitement un Zouk love. Il avait le bras long mais la main légère, le doigté était parfait.
J’avais envie qu’il s’occupe de moi encore.

J’ai rappelé le bon coup.
Le bon coup lui,
ne m’a jamais rappelée.
J’avais été la bonne poire,
du bon coup.

PS : j’ai failli mettre un moins de 18 ans à cet article, puis je me suis dit qu’on pouvait surement trouver des bon coups aussi en pédiatrie.
Donc mieux vaut prévenir que guérir, hein !Edit : suite aux questions de certains lecteurs, je précise avant la lecture :
– rien à voir avec « balance ton porc », avec « balance ton hosto »
– aucun fait illégal, aucune relation sexuelle, en fait
A lire entre les lignes…

Bon. On a tous connu un bon moment, avec un bon coup. Genre le plus beau gosse de la classe, la plus bonne meuf de l’Université, bref le plus ce qu’on veut. Et dont on garde un goût amer.

C’était un doux jour de rendez-vous.
Il y avait un doux petit Zouk love en musique de fond à l’hôpital, ça donnait la fièvre.
J’étais doucement éméchée.
Je voyais Don Juan.
Celui que tout le monde veut. Celui dont tout le monde parle. Celui qui pourrait se prendre pour Dieu.

Après de courts préliminaires, on est passé très vite aux choses sérieuses. Il répondait en même temps à mille coups de téléphone, satisfaisant tout le monde. Sa langue était agile.
Et chacun de nous deux a fini par avoir sa part du gâteau.
Pour ma part, effectivement, c’était un bon coup.
Je comprenais ce que rapportaient les autres.

Il a fallu néanmoins se quitter. Le bon coup avait un agenda bien chargé. Des gens qui voulaient, eux aussi, bien baiser.

Il y a toujours le moment gênant où on se demande du regard si on va se revoir.
Le bon coup a senti ma détresse, et a pris les devants, feignant un clin d’œil, bien davantage hardi que fainéant, justement. Oh d’Artagnan.
Il m’a dit : « Poupée, voilà mon numéro, appelle-moi, je m’occupe très vite de toi. »
Je me suis sentie spéciale. Il m’a promis de nouvelles positions, de nouvelles perspectives de plaisir. Il a griffonné sur un bout de papier son 06. Il écrivait avec style. Comme on chorégraphierait parfaitement un Zouk love. Il avait le bras long mais la main légère, le doigté était parfait.
J’avais envie qu’il s’occupe de moi encore.

J’ai rappelé le bon coup.
Le bon coup lui,
ne m’a jamais rappelée.
J’avais été la bonne poire,
du bon coup.

PS : j’ai failli mettre un moins de 18 ans à cet article, puis je me suis dit qu’on pouvait surement trouver des bon coups aussi en pédiatrie.
Donc mieux vaut prévenir que guérir, hein !

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