J’ai une date avec un médicament

Bon. Je me sens toute bizarre. Un nouveau dépucelage se prépare.

Il y a 5 ans, une super Docteure du poumon m’avait parlé d’une molécule qui pourrait être trop bien pour moi, parce qu’on avait déjà essayé toute sa panoplie. Elle m’avait demandé droit dans les yeux : « Jusqu’à quel point ça vous gêne ce truc aux poumons ? ». Et je lui avais répondu sans hésiter : « C’est en train de prendre toute ma vie ».

Mais voilà, à ce moment-là, il y avait le Docteur du ventre qui balançait déjà dans mon corps un gros médicament, alors les Docteurs du ventre et du poumon s’étaient accordés (pour une fois) que ce serait le ventre qui l’emporterait. Et puis moi j’étais assez d’accord, parce que j’avais besoin d’un ventre fonctionnel pour faire ce que je voulais de mes poumons. Voilà comment on priorise en médecine.

Et puis aujourd’hui, le recul a avancé. Maintenant les Docteurs ont moins peur de mélanger deux gros médicaments, l’un plutôt pour le ventre, l’autre plutôt pour les poumons, en théorie. Parce qu’en médecine d’avalage de médicaments, on ne sait jamais trop ce qui se passe vraiment.

C’est demain. Demain j’ai rendez-vous avec le nouveau médicament.

Des nouveaux médicaments, j’en ai bouffé. Je me suis déjà demandé si ça pouvait se comptabiliser. Je crois que je serai dans les meilleures s’il y avait un concours de testeurs. Je me sens puissante. C’est jouissif.

Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir 15 ans. J’ai le cœur qui bat. Je me suis faite belle. J’ai choisi mes vêtements. J’ai préparé mon maquillage. J’ai limé mes ongles. J’ai fait mon plus beau brushing. Je dors mal. J’ai attendu les appels de l’hôpital comme quand j’attendais les signes de l’être convoité. J’ai supplié un rendez-vous avec le taxi conventionné pour être présente aux aurores le Grand Jour parce qu’à l’hôpital tout commence tôt. Et pourtant, j’ai tellement l’impression que cette aventure commence bien tard.

J’ai l’impression qu’il fait nuit. C’était il y a 15 ans. Je me souviens de tout comme si c’était hier. On est des jeunes, en bonne santé, on boit de l’alcool et on fume du cannabis sur les bords de Seine. On sort tout juste de la boîte de nuit, mais on a encore plein d’énergie. On se demande quel comprimé de contrebande on va tester ce soir. On joue comme des couillons insouciants avec des chimies plus que douteuses. On ne sait même pas comment s’appelle ce qu’on avale. Y a le petit rose. Le gros blanc. On fait n’importe quoi. Mais tout fini bien.

A demain.

 

 

ATTENTION : en aucun cas il ne faut interpréter ces lignes comme une invitation à la consommation récréative de alcool, cannabis, médicaments contrefaits ou non. Si vous avez un doute, sollicitez des professionnels de santé.

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