Archives de catégorie : Dans la vraie vie

9 défis-jeu-citoyen-debunking-langage

Billet de blog festif participatif !

ATTENTION : ce jeu se joue uniquement en confinement strict entre adultes (de 18 à 1818 ans) du même domicile ou entre adultes via des Skypéro (ou des Skyphéros ça marche bien aussi)

DANS TOUS LES CAS : à 20h, vous interrompez le jeu, vous ouvrez la fenêtre, vous applaudissez, vous chantez, vous mettez de la musique fort, vous hurlez si vous voulez, vous pensez depuis votre cerveau jusqu’à votre cœur à nos soldats : soignants +++, mais aussi, pompiers, policiers, ambulanciers, employés de la chaîne alimentaire, livreurs, éboueurs, chauffeurs routiers, etc etc, et vous vous applaudissez vous aussi parce que vous êtes de VRAIS citoyens en restant confinés (en commentaires dites moi quelles professions je rajoute).

CONTEXTE DU JEU : souvent les gens d’un même pays parlent la même langue. Et puis il y a plein de sous-groupes. Des sous-groupes de langues régionales, des sous-groupes de langues de quartier (« bâtiment D si si on est al oklm »), des sous-groupe de langage sportif (« mets ta cravache en cierge ! »), des sous-groupes de langage médical, et donc plus généralement, des sous-groupes de langage professionnel.

DANS CE JEU : il faut traduire en un français compréhensible par tous, des phrases professionnelles.

INDICE : c’est en lien avec l’actualité

EXEMPLE :

« On démarre une grosse négo avec les centrales pour optimiser le nombre de facing de BP 4 CSN sur les prochains plans merch. On adaptera le plan d’action terrain et les implantations dès la descente des plans. Ça sera déterminant pour la réussite de l’année en termes de tonnage et de NNS. »

Traduction :

Il veulent proposer des barquettes de jambon aux gens pour les nourrir. Ils veulent que les jambons soient bien visibles pour le client et il y aura ainsi des ventes et tout le monde sera content.

MAINTENANT, à vous de jouer !
Pour chaque question, je vais vous donner des pistes, mais attention c’est truffé de pièges, ne tombez pas dans le panneau !

1) On entend partout : “l’hôpital se prépare
Vous pensez que ça veut dire quoi pour eux ? 

-tranquilles ils annulent leurs OP non urgentes puis s’ennuient
-rangent des caisses de masques parce que y en a vraiment trop partout
-repassent les draps pour les gens qui viendront se reposer

2) Quand le médecin dit : “la situation est préoccupante
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-bon au pire y aura quelques brancards dans le couloir
-y aura pas de possibilité de chambre individuelle
-y aura pas de baguette au petit déjeuner

3) Quand les soignants disent : “on attend la vague
Vous pensez que ça veut dire quoi pour eux? 

-ils sont en face de la Méditerranée
-ils sont intelligents donc ils sont plutôt face Atlantique
-ils attendent encore le prochain train avec des places pour fuir Paris comme les autres

4) Quand on entend : “le personnel des urgences est en grève depuis 1 an
Vous pensez que ça veut dire quoi pour eux?
-leur pause déjeuner est seulement de 16 minutes
-le chef est un pervers narcissique
-ils veulent la retraite à 40 ans
-ils veulent qu’on supprime les 39h pour repasser à 35h

5) Quand le Docteur dit : “il y aura des pertes à déplorer
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-il est nul au UNO en plus d’être un mauvais joueur
-il a encore perdu son smartphone
-les cyclistes de la Française des Jeux ne feront pas de résultats au Tour de France par manque d’entraînement
-encore une crise économique à venir

6) Quand le Docteur dit : « restez chez vous ! »
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-il a la flemme de travailler
-il est d’extrême droite et ça se sait enfin
-lui aussi possède trois maisons à la campagne et un voilier alors « chez vous » c’est au choix

8) Quand le Chef de Service des Urgences d’un CHU dit mardi à la télé qu’il va faire des vidéos quotidiennes et que mercredi finalement il dit qu’il va devoir arrêter.
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ? 

-encore un type pas fiable
-le CSA a décrété qu’il était mal rasé et les coiffeurs sont fermés donc c’est pas compatible
-son épouse lui a fait une scène de jalousie

9) Le sapeur-pompier dit qu’il est concentré.
Vous pensez que ça veut dire quoi pour lui ?
-il y a un feu quelque part
-il s’occupe d’une des nombreuses requêtes sexuelles liées à l’uniforme
-il joue au Monopoly avec un policier

ON COMPTE LES POINTS MAINTENANT ! (à défaut de compter autre chose……)

HAUT LES CŒURS ! ils sont nombreux… <3

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On se souviendra de vous.

Bon. Voilà voilà, c’est la guerre. On est en train d’écrire l’Histoire. Mon premier prof de philo Eric Marion nous avait dit un jour, alors qu’on étudiait la métaphysique gravitant autour de Ulysse :
– A votre avis, quel est l’objectif de chaque être humain ?
On avait séché comme des couillons de terminale : le bonheur ? manger des pizzas ? baiser ? jouir ? se reproduire ? fumer du cannabis ? boire des bières ? sauver des vies ?
Et il nous avait corrigé :
– L’objectif de chaque être humain : c’est de rester dans LA MÉMOIRE.
Truc de ouf personne n’avait pensé à ce type de bail à 18 ans.
Je vous rappelle qu’on étudiait Ulysse, et qu’en effet, ce beau gosse d’Ulysse a plutôt bien réussi son coup parce qu’on se souvient a priori au moins vite fait de son blaze même si parfois on ne sait pas vraiment trop ce qu’il a fait de sa vie ce Ulysse. Il a fait la guerre ? Il a été confiné ? Il a mangé des pizzas ?

Vous êtes en train d’atteindre l’objectif d’Ulysse. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Peut-être, depuis vos canap si vous êtes obéissants, depuis l’herbe en bas de votre immeuble si vous n’avez pas encore compris (chacun son rythme), vous ne vous rendez pas encore trop compte que vous êtes des Ulysses. Pour l’instant il y a des chiffres de morts qui sortent d’une belle bouche bien pulpeuse pleine de rouge à lèvres (même les hommes mettent du rouge à lèvres à la télé oui oui). Et puis bientôt ce sera plus concret. Ce sera votre médecin, votre mère (votre grand-mère est déjà morte tout est OK de son côté), votre mari, votre enfant (on disait que les jeunes non, mais parfois les Ulysses sont motivés). Ça va donc vous coûter un peu de rester dans LA MÉMOIRE. Vous allez mouiller vos vêtements de vos larmes. Il n’y aura pas forcément beaucoup de sang parce qu’on va mourir en manquant d’oxygène, autrement dit, dans l’hygiène et la dignité.

Pour les futurs manuels d’Histoire qui parleront de notre guerre là, je propose de l’appeler la « Vraiment Drôle de Guerre ». La VDG. Les dates seront faciles à retenir pour les aspirants bacheliers. Un début en 2020, une date simple, une aubaine pour épargner la mémoire des jeunes mise à rude épreuve en épreuves de baccalauréat. La date de la fin de la guerre ? on verra. Il y aura plusieurs rebondissements pharmaceutiques et morbides qui n’intéresseront plus personne. Les profs diront vite fait « pour la petite histoire » que les politiques au pouvoir avaient quand même maintenu des élections en pleine pandémie pour leurs petits intérêts personnels. Ça fera rire toute la classe et ce sera vraiment ultra cool. Le prof de philosophie demandera aux élèves de réfléchir à si les responsables politiques qui avaient organisé les élections avaient agi comme des Ulysses. Certains diront peut-être que oui, parce que faire des grosses bêtises c’est aussi une façon de rester dans LA MÉMOIRE.

A vous de choisir votre camp.

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Si je pouvais te parler petit virus

Peutivirus,

Tu es entré dans nos vies comme une tornade.

Tu as d’abord posé tes valises dans un coin,

Puis tu as voulu voyager. 

Ah ce tour du monde !

Celui dont tous les jeunes,

Rêvent.

Tu as privatisé des avions entiers.

Tu as bien profité.

Tu as rencontré plein de gens,

Des gentils et des méchants.

Parfois tu as été gentil,

Parfois tu as été méchant.

De ton périple on retiendra des bonnes choses. 

On ne regardera pas tes photos de vacances prises dans les hôpitaux.

De toute façon il n’y aura 

Plus jamais ça 

Dans les hôpitaux. 

Tu auras agi comme un vaccin,

Contre l’oubli que nous ne contrôlons pas tout,

Et rappelant que l’on peut toujours essayer de faire de son mieux.

Tu auras imprégné des valeurs pérennes,

Chez tous. TOUS.

 

Maintenant casse-toi Peutivirus ! 

Allez ! Casse-toi ! 

 

 

 

 

 

 

PS : pour un casse-toi efficace, en France les recommandations sont , sur le site du Ministère de la Santé.

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J’aime j’aime pas

J’aime.
J’aime pas.

J’aime que le monde entier réalise que la maladie -au sens large- existe et qu’elle est dure.
J’aime pas que des gens meurent et que des proches soient tristes.

J’aime que les gens apprennent les règles d’hygiène de base que plein de gens malades chroniques ont besoin d’appliquer depuis toujours.
J’aime pas qu’on vide les stocks d’hygiène à la hâte parce que ça pénalise ceux qui en ont besoin depuis toujours.

J’aime qu’on pense maintenant à « penser aux autres ».
J’aime pas qu’il faille un gros méchant loup pour qu’on commence à penser aux autres.

J’aime qu’on regarde l’hôpital public que je raconte ici depuis bientôt 3 ans et que je fréquente depuis plus de 10 ans.
J’aime pas que l’hôpital public soit vraiment en galère et qu’on se rende compte un peu tard qu’il a besoin d’aide.

J’aime que les médecins généralistes ne soient plus des « ratés de l’ECN » mais des professionnels de santé « de première ligne ».
J’aime pas que des gens aillent balancer leurs microbes sur les généralistes qui seraient là pour ça.

J’aime que les pharmaciens aient enfin un vrai rôle de conseil et d’information et ne servent pas qu’à piquer des vaccins dans des bras.
J’aime pas que des malades isolés déboulent à la pharmacie puisqu’on les refoule ailleurs.

J’aime que l’industrie pharmaceutique se bouge fort pour trouver des remèdes.
J’aime pas que l’industrie pharmaceutique se réjouisse du pognon à se faire sur ce gros coup.

J’aime que des experts proposent des points-bilan sérieux pour partager le savoir et la connaissance.
J’aime pas que des spécialistes précisent « les plus de 70 ans ou ceux avec de nombreuses comordibités ».

J’aime qu’on s’intéresse à nos personnes âgées et à nos EHPAD.
J’aime pas qu’on se rassure de savoir que c’est eux qui risquent de payer le prix fort.

J’aime qu’on s’aperçoive que le supermarché ce n’est pas que un lieu de capitalisme et que les petites mains qui y travaillent nous sont très utiles.
J’aime pas voir des clients se battre pour des pâtes ou du papier toilette.

J’aime entendre le Directeur Général de l’OMS évoquer que l’ennemi commun pourrait apporter la paix.
J’aime pas les images que je vois aux frontières de l’Europe.

J’aime.
J’aime pas.

 

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Le grand écart

Bon. Cabinet de médecine générale. Consultation compliquée pour le MG car « relèverait de la médecine interne » mais bon les internistes sont moins dispos et accessibles.

Et là ça sonne. Vous savez le « Sonnez puis entrez » placardé sur la porte du cab’ ? Ben là ça sonne plusieurs fois sans entrer. Le MG met en pause sa consultation d’interniste pour aller voir, et j’entends un homme qui parle. Il parle ahuri, lentement, il aurait besoin d’un Docteur, il ne sait même pas ce que c’est Doctolib, le MG lui propose de patienter mais finalement il part. Et peut-être on ne saura jamais de quoi cet homme avait besoin à ce moment-là.

Ce n’est pas la première fois que je suis témoin de ce type d’événement dans le cabinet du MG. La première fois c’était un homme qui voulait que son fils soit vu dans l’immédiat sinon il frapperait le Docteur.

Ça me fait penser à cet homme sans-abri dont j’avais fait la connaissance aux urgences. Moi j’attendais le tri après un AVP (Accident de la Voie Publique) alors que lui n’attendait rien. Il avait ses habitudes dans la salle d’attente. Tout le personnel le connaissait. A un moment il est sorti « fumer une clope » un peu trop longtemps et je revois l’interne désemparé le chercher partout dans la salle d’attente et un peu dehors aussi.

Je me dis qu’il y a vraiment un grand écart entre ce à quoi les Docteurs (et moi patiente indirectement) sont confrontés dans leur « vraie vie professionnelle » et ce qu’on leur a dit quand ils étaient jeunes, dans une vie éventuellement « confortable » (la mienne aussi). Je ne suis pas médecin alors je ne vais pas dire ce qu’on dit aux jeunes médecins (même si j’ai des oreilles).

Moi j’ai été formée (merci) à la Grande Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm de Paris (à surtout ne pas confondre avec celles de Lyon ou de Cachan-Orsay « qui sont largement inférieures »). Et « nous » « on nous a appris » à MEPRISER LES MEDECINS, « parce qu’ils avaient été sélectionnés à apprendre par cœur et pas à réfléchir ». Peut-être l’équivalent de la culture carabine sauce Normale Sup’ (et ses prépas privilégiées).

Je regarde la pyramide de haut en bas, « de la Grande Ecole Supérieure jusqu’à l’Homme en passant par le Médecin », et je me dis qu’il y vraiment un grand écart.

Et on s’oublie un peu parfois. Nous juste les Hommes, les Humains quoi.

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Comment appelle-t-on poliment un arrêt de commercialisation ?

Fatche de con.

J’ai vraiment envie de m’encagner.

Aujourd’hui pour moi c’est jour de deuil. Comme y a eu pour plein d’autres malades en France. Je suis en train de consommer ma dernière ampoule de Intercron. Après c’est fini, c’est l’arrêt de commercialisation. Intercron, c’était un médicament commercialisé par la société Laphal Industries, basée dans le sud de la France à Allauch, au chiffre d’affaires 2018 de 24 051 500 euros. Probablement une bande de mafalous. Des chiens des quais.

Peuchère les malades qui utilisaient ce médicament, et qui sont maintenant dans la panade. Mais dégun s’intéresse à nous.

Peu chers aussi, probablement. Peu chers financièrement, parce que la boîte de 30 ampoules était vendue autour de 15 euros, à la charge du malade, puisque les grands de ce monde avaient barjaqué que l’Intercron n’était pas assez intéressant pour être remboursé. Pourtant ce médicament, moi (et d’autres), il avait sauvé ma vie à une époque. Mais après tout, on est 7 milliards sur Terre, elle vaut combien ma vie ? Je suis peu chère, affectivement parlant. Mais à l’inverse, je suis aussi devenue très chère. Maintenant, la sécurité sociale française (merci à elle) va me payer un médicament à 1700 euros par mois. Qui peut-être remplacera le bon vieux Intercron, mais peut-être même pas. Je vous laisse constater les ordres de grandeur de différence de prix : l’Intercron qu’on enterre, 15 euros par mois. L’autre qu’on met en avant dans toutes les publications, généreusement mis au point par l’industrie pharma, 1700.

On dirait que finalement à la sécurité sociale ils ne sont plus des rascous, ou bien c’est vraiment qu’ils sont de Martigues.

Ils ont TOUS fait une belle cagade .

Quel monde de fada…

Le con de Manon. (C’est le cas de le dire).

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Se souhaiter la santé finalement ?

Bon. Il y a pile deux ans, j’écrivais sur ce blog un article de hipsteure rabat-joie sur les lapalissades et bondieuseries des « Bonne Année et Surtout Bonne Santé » des 31 décembre.

Il y a pile un an, je n’écrivais rien, la fièvre du lundi soir ayant tapé vraiment trop fort ; plutôt que de danser sur les tables, j’avais trépigné dans le lit. Et c’était sans savoir que…l’année suivante en serait maudite. Chaque semaine, chaque mois de 2019, une nouvelle sorcière est venue frapper à ma porte, pour me jeter un mauvais sort. Sans le savoir, ce 31 décembre 2018 où j’avais laissé la maladie me dorloter, j’avais pactisé avec Le Diable.

Cette année, j’ai décidé de tout reprendre à zéro. Il y a plusieurs mois que j’ai échafaudé que le 31 décembre 2019 à minuit, même malade même sale même moche, je serai là, présente, à m’égosiller dans les 2*7,7 milliards d’oreilles sur Terre le plus fort possible, même à ceux qui ne veulent pas l’entendre : BONNE ANNÉE ET SURTOUT BONNE SANTÉ !!!!!

Doux vœux sincères à tous.

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La fatigue

Bon. Quand je suis tombée malade chronique le 16 avril 2009, j’allais encore plutôt bien en termes d’état général. Je faisais des études dans une Grande École Prestigieuse, même s’il y avait plein d’ulcérations dans les organes de mon corps.

Comme tout novice à l’aube de son diagnostic, je cherchais des solutions dans l’alimentation, dans les plantes, dans la méditation pleine conscience, dans les témoignages des malades plus vieux donc plus expérimentés…

Et je me souviens de ce Monsieur sans âge, sur une web TV d’une grande asso française de maladie chronique super connue maintenant. Le son était de mauvaise qualité, l’image grisâtre. Le Monsieur avachi, chemise blanc sali, et derrière, un fond gris clair. Il parlait lentement, morose. Je méprisais un peu ce gros type tout mou, repensant à ma soirée en boîte de nuit de la veille. Ouais j’avais des ulcères partout mais moyennant quelques aménagements bien à moi, je continuais de vivre.

C’était y a 10 ans. Je me souviens d’une seule phrase de cette vidéo : « On s’habitue à tout, le plus dur c’est la fatigue ». Du haut de mes 22 ans, je ne comprenais pas ce type.
De quelle fatigue se plaignait-il ?
Il était allé en boîte la veille lui ? non.
Il avait lavé sa chemise ? non.
Il était allé faire du shopping chemise pour la vidéo ? non.
Il faisait du sport pour être moins gros ? non.
Bref, sans méchanceté mais pleine de naïveté, je me disais que Monsieur devait être un flemmard, et que moi, moi, moi jamais je ne me plaindrais de « la fatigue ».

Hier soir je me suis couchée à 22h, aujourd’hui je me suis réveillée à 14h ; malgré plusieurs réveils qui avaient été programmés pour me sortir de la torpeur qui me ronge nuit, jour… Et pourtant en ce moment, je dirais que je vais plutôt bien.

Ah…! comme la petite clubbeuse de 22 ans dans ma tête est en colère.

Je comprends ce Monsieur seulement maintenant.

En fait « la fatigue » c’est un truc qui vient plus tard. A force d’années de douleurs, de fractures, de diarrhées, de vomissements, d’inflammation, de migraines, d’infections, même quand ça va un peu mieux, ce qui reste toujours à la fin c’est : la fatigue. Pas la fatigue psychologique du malade saoulé d’avoir vu défiler trop de malheurs.

Non, non : la fatigue, du corps.

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Ping, faisait la cuvette des toilettes

Bon. Coucou les lecteurs. Vous avez vu, ça fait loonnnnngtemps que je n’écris pas, c’est la fatigue maximale, la zombitude paroxystique, l’état de mort-vivance comme je dis. Vous vous traînez « comme un légume », à part dormir, mangeouiller, aller aux toilettetouiller, vous ne faites rien. Vous êtes vivants ok mais dans les faits… Même la douche assis sur une chaise c’est une mission digne de celles de James Bond. Je ne vous raconte pas la jouissance quand vous y parvenez.

Dans cette vie de coton, vous croisez parfois la ou les personnes qui vivent avec vous. Moi je vis avec une personne de mon âge, en bonne santé, qui travaille qui fait du sport. Un genre de miroir de ce que vous devriez être si vous étiez normal. Presque vous êtes un peu jaloux et en colère mais bon ça c’est chacun son problème de s’accepter comme il est, c’est pas le sujet ici.

Ici je voulais surtout vous informer d’un concept rigolo. Moi pour m’épanouir ces derniers temps, comme je ne peux pas faire de métro-boulot-vélo-amigos, j’essayais d’être la parfaite ménagère de 30 ans. Lessive, lave-vaisselle, vitres, aspirateur, couture, tout ça, c’est mon objectif de fou. Et c’est vrai, que telle Marie Kondo, quand j’y arrive, ou soyons réalistes quand j’y arrive un peu, il y a indéniablement une très grande satisfaction à montrer à celui qui a travaillé toute la journée :

« Hum mais chéri regarde donc la brillance de cette cuvette à toilette ».

Ça fait une petite étoile sur la cuvette et le bruit « ping » comme dans les pubs, en même temps que vous dites la phrase.

Et puis y a les moments de grosse méga loose. La vie de coton qu’on a décrite au tout début de ce billet. Vous vous traînez « comme un légume », et à part dormir, mangeouiller, aller aux toilettetouiller, vous ne faites rien. Moi je me sens terriblement mal comme ça. Je culpabilise je suis malheureuse. Je me dis « voilà, je ne travaille pas je ne sors pas je ne fais rien, par conséquent je devrais en profiter pour essuyer une petite cuvette de toilette, et même ça, je n’y arrive pas ». C’est dur dur pour l’estime de soi.

Et c’est là qu’arrive l’idée du gentil petit bonhomme en bonne santé qui vit avec moi : « Si tu veux, je te fais un arrêt de travail à la maison. Le Docteur il a signé un arrêt de travail à l’extérieur, moi je signe un arrêt d’intérieur ».

Trop mignon non ?

Puisse ce concept s’étendre loin loin, déculpabiliser tous les très fatigués, rendre gentils tous les vivants avec les zombies, parce que parfois rien que la cuvette des toilettes, c’est vraiment dur dur de lui faire faire *ping*.

 

PS : ça marche tout pareil si vous ne vivez avec personne. En général vous vous sentez tout fier de montrer à n’importe qui qui vient chez vous (l’ami le parent le voisin le plombier le livreur de courses le chat l’insecte) que la cuvette peut faire *ping* grâce à vous.

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Pourquoi mon vélo électrique est un fauteuil roulant

Bon. Y a quelques années encore, genre moins de 5 ans, je courrais allègrement dans les allées du Lux. La boucle c’est environ 2 km. Je faisais 1-2-3-4 boucles selon la forme.

Et puis y a eu les poumons. C’était un peu compliqué de courir, ça respirait mal.

Y avait mon ami, qui avait un vélo. Il allait très très vite en vélo, parce qu’il était très très fort. Moi pour aller aussi vite que lui, je me suis achetée un vélo électrique. Y avait les subventions de la mairie, c’était cool. C’était plus facile de respirer.

Alors on se retrouvait à faire des boucles à l’hippodrome de Longchamp. Là-bas, il y a une voie entière dédiée aux vélos qui font des boucles. On faisait 1-2-3-4 boucles selon la forme. J’avais l’air stylée. Des gens me disaient :
« wa la belle bête »
« oh la chance un électrique »
« oh la triche un électrique »
La chance, la triche. Je me demande encore si j’ai eu de la chance. Je me demande encore si je triche.

Et puis y a eu les fractures des pieds. Plein. Les deux pieds. Alors y a eu le fauteuil. Qu’est-ce qu’on s’ennuie sur le fauteuil.

Alors j’ai repris mon vélo, tout doucement. On n’est pas allé à Longchamp. Avec l’aide de mon ami de vélo, j’ai posé mes petits pieds cassés sur des pédales désormais tellement accueillantes. J’ai mis la batterie en route. Mes jambes restées si longtemps immobiles ont commencé à tourner toutes seules, sans effort. Je sentais l’énergie filer depuis mes jambes tournantes vers ma tête. Ça me rendait heureuse. Ça me faisait tourner la tête. Ça étirait mon sourire.

Je me suis dit que j’avais de la chance. Que c’était pas de la triche.

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