Archives de catégorie : Dans la vraie vie

Les lunettes de la Sécurité Sociale

Bon. On ne va pas parler ici du montant du remboursement des lunettes par la Sécurité Sociale, même si on pourrait en parler. Je suis une taupe myope depuis l’enfance, et depuis que j’ai choisi un mari avec une bonne mutuelle de grosse entreprise, j’ai de belles lunettes remboursées tous les 2 ans, ET adaptées à ma vue. C’est très utile.

En fait là je voulais parler des lunettes portées par les médecins qui travaillent à la Sécurité Sociale. Enfin je suppose qu’il y a des médecins qui travaillent à la Sécurité Sociale, c’est-à-dire des personnes qui ont fait mille ans d’études comme moi (oui moi aussi je suis Docteur, mais pas en médecine). Et donc il y a des trucs que je ne comprends pas bien et je me demande si ce n’est pas tout simplement lié aux lunettes en fait.

Voilà. J’ai une maladie rare, de mise en évidence toute récente. C’est stylé, la recherche avance, toussa. J’ai de la chance parce qu’il y a 30 ans on m’aurait prise pour une dingo avec tous mes symptômes rigolos. C’est encore le cas avec plein de médecins que je rencontre en fait. Et oui parce que même si les études de médecine c’est long, on ne peut pas tout apprendre.

Le médecin de la maladie rare qui a fait mon diagnostic, un Grand Professeur équipé de lunettes à la vue, m’a dit dès le début : « bon ben je suis désolé pour vous blablabla, vous allez vous coltiner cette affaire toute la vie, on va faire des examens de suivi, on va prescrire beaucoup de médicaments, y aura des hospitalisations, ça va coûter cher, alors on va faire une demande d’Affection Longue Durée ». C’est super pratique l’Affection Longue Durée. Ça facilite l’accès à plein de soins. Le médecin traitant et le patient envoient conjointement une demande à la Sécurité Sociale. On ne fait pas ça pour s’amuser. Le médecin traitant n’est pas tombé sur la tête. Il n’a pas inventé une maladie pour égayer sa journée ennuyeuse faite de rhumes grippes et gastroentérites.

Et là il se passe un truc très curieux. La Sécurité Sociale ne connaît pas la maladie. Elle dit : « Non, non, ne vous inquiétez pas, ça n’existe pas ». Alors comme on disait au début, à la Sécurité Sociale il y a des médecins qui ont fait mille ans d’études. Ils ont surement appris à lire pendant ces mille ans. Moi aussi j’ai appris ça, pour avoir mon diplôme de Docteur en Chimie. Du coup je peux lire des publications récentes de recherche, de découvertes, etc. Mais pas sans mes lunettes !

Voilà, c’est la seule explication que j’ai trouvée. Je pense que les médecins de la Sécurité Sociale savent lire, on peut être rassuré sur ce point. La méconnaissance des maladies rares en fait c’est juste un problème de lunettes. Ouf. Vivement leur prochain rendez-vous chez l’ophtalmo, qu’on règle ça au plus vite et que tout ce que j’ai raconté ne soit qu’un mauvais souvenir ! Ah oui c’est vrai que les ophtalmos sont overbookés. Ça se tient tout ça…

PS : On peut remplacer dans ce post « Sécurité Sociale » par « Maison Départementale des Personnes Handicapées » et « Affection Longue Durée » par « Allocation Adulte Handicapé », ça marche tout pareil ! Aaaaah les lunettes !

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Le don de soi

Bon. Je sortais de la fac. Y avait un gars qui tractait sur le don du sang. Une jeune et belle nana devant moi venait de lui mettre un vent. Moi je passe à côté du gars avec mes écouteurs plantés dans les oreilles. Je sais ce qu’il va me dire en me tendant le tract. Alors je lui sors mon plus beau sourire, et esquisse un refus poli de la main. C’est beau ce qu’il fait.

J’entends un : « Ah non tu vas pas me mettre un vent, toi aussi ! ». C’était gênant. Je ne voulais pas lui « mettre un vent » comme la jeune et belle nana devant. Je ne voulais pas non plus faire de coming out parce que c’est dur. J’ai continué quelques pas mécaniquement pour dépasser le gars tractant, entraînée par ma vitesse initiale. Et puis merde. J’ai pris mes couilles à la main, et j’ai fait marche arrière. Je n’allais pas, moi aussi, mettre un vent à ce bon gars.

Je lui ai dit direct : « Ils ne veulent pas de mon sang. »

Lui : Silence gêné.

Moi : « Pourtant je suis jeune et belle non ? »

Lui : Re-silence gêné à demi amusé ; « Mais pourquoi ils ne veulent pas de votre sang ? »

Voilà. Était venu le temps du coming out tant redouté.

Moi : « Parce que j’ai des maladies. »

Silences gênés de nous deux.

Je reprends effronté, éhontée, en colère : « Pourtant tout n’est pas malade chez moi. Par exemple j’ai un cœur magnifique. C’est le cardiologue qui l’a dit. Plein de fois. »

Lui compatissant, et alors attiré par mon cœur : « Mais vous êtes sure ? Vous ne voulez pas allez leur redemander ? Quand même vous êtes jeune et belle. »

Moi : « Non. J’ai proposé plein de fois déjà. Je voulais tout donner. Mon sang mes organes mes plaquettes ma moelle. Évidemment je veux donner ce qui est en bonne santé. Mais ils ne veulent rien de moi. C’est beau à l’extérieur, mais ça ne vaut rien à l’intérieur. »

Lui, sincèrement troublé, me dit que c’est trop dommage, et me remercie.

Moi aussi je l’ai remercié pour ce qu’il faisait. Tous ces vents qu’il se prenait dans la face en plein vent, par des jeunes et belles nanas. Sûrement par des jeunes et beaux garçons aussi. Tous ces dons qu’il ramenait aussi. Et ce coming out d’habitude si difficile qu’il m’avait fait réussir. Le quitter avec le sourire. La soirée était jeune et il me l’avait souhaitée belle. Il était fort ce gars. Il avait un don.

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Insomnie, mon petit

Bon. Aujourd’hui c’est la journée du sommeil, et moi je voudrais vous parler de l’anti sommeil, l’inverse du sommeil, le « Docteur je ne dors pas », j’ai nommé… la grande, la belle, la puissante, insomnie !

J’ai longtemps vécu ma vie avant la maladie comme un bouddha. Avec en outre une nonchalance… à en faire pâlir de jalousie Georges Duroy dans Bel-Ami de Maupassant. Je me foutais de tout, je goûtais à tout. Je méprisais les gens « stressés » qui d’après mes analyses s’ennuyaient, donc stressaient.

A l’époque je ne savais pas ce que ça voulait dire, souffrir.

Puis j’ai commencé à aller chez le médecin. Pour des symptômes bizarres. Qui ne ressemblaient pas aux cases auxquelles il était habitué. Entre autres, je ne dormais pas. J’avais ce que j’appelais dés diarrhées d’insomnies, ou des constipations de sommeil comme on préfère (ah avec le caca, c’est toujours plus clair ! ). Moins je dormais, plus j’étais fatiguée. Plus j’étais fatiguée, moins je dormais. On me taxait d’anxieuse à tout prix. Au début ça m’amusait, puisque même dans l’adversité, je restais bouddha. Ça a fini néanmoins par m’agacer. Et me rendre vraiment anxieuse.

Plus tard, bien plus tard, un Grand Professeur Docteur m’a dit « Ah vous ne dormez pas ? Hum moui moui c’est excellent. C’est normal, c’est votre maladie ». Bon sang, bouddha qui tapait du poing depuis 30 ans, face à des médecins qui ne démordaient pas du « l’insomnie ce n’est pas physiologique c’est psychologique, vous êtes anxieuse Madame ».

Je voulais leur en foutre de la « logique ». Bouddha était en colère. Dormir c’est tellement… basique. Une pointe d’acidité dans cette réplique.

Depuis longtemps je prends des médicaments pour réussir à dormir. Dormir, le truc le plus nonchalant qu’on devrait savoir faire pourtant. Il n’y a pas de honte. À chaque maladie ses médicaments.

Bonne journée du sommeil à tous !!
J’espère que vous dormez bien, ou que, à défaut, vous parvenez à vous soigner.

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Mais pourquoi le « patient-expert » ?

Bon. Je risque de faire un paquet de pas contents avec ce billet. D’habitude c’est vrai que je me contente de raconter des histoires drôles, et je n’aime pas trop prendre parti, m’insurger contre des pratiques X ou Y. Mais j’ai quand même un organe qui s’appelle le cerveau et j’essaye de réfléchir quand je ne comprends pas quelque chose. Et là, je ne comprends pas.

C’est quoi en fait ce concept récent de « patient-expert » ? C’est un patient qui sait beaucoup de choses a priori. Et alors ? Il faut le traiter autrement ? Je ne crois pas. Du coup pourquoi il a besoin d’un nom spécial ? Pour le distinguer des autres ? Il y a les « experts » et les « non-experts » ? Les « cérébrés » et les « non-cérébrés » ? (c’est une copine médecin qui m’avait appris ces mots)

Moi je suis pour que tous les patients soient experts, s’informent, lisent ; ça ne peut que faire avancer le schmilblick. En fait, de façon générale, je suis pour la diffusion du savoir.

Mais ce qui m’afflige au plus haut point, et qui en choque plus d’un, (vous pouvez faire le test dans votre entourage, ça marche mieux avec les non-malades) c’est que pour avoir le « titre » de patient-expert, il faut VALIDER UN DIPLÔME. Allô quoi ?! Merci Nabila. Là je diagnostique une grosse diplômite généralisée… Je me permets de le dire aussi parce que je connais un peu la maladie de la grosse diplômite parce que je suis même atteinte de diplômite (donc bac+8) et je pense que ce n’est pas bien comme maladie.

Bon et puis, c’est quoi les stat’ d’embauche à la sortie du diplôme ? Parce que un diplôme, en principe, c’est pour un travail, en principe… Ce n’est pas comme si tout les hôpitaux et cliniques de France et de Navarre embauchaient à tour de bras des « patients-experts ». C’est vrai que ce serait bien. Il y aurait le métier à la sortie, évidemment proposé aux yeux de tous sous forme d’offres d’emploi, et pas des petites magouilles de copinage entre assos ou autres, et par conséquent il y aurait la formation correspondante. Là OK. Mais ça, c’est le monde des Bisounours.

Alors c’est vrai qu’être malade chronique c’est souvent comme un vrai travail tellement ça prend du temps ; c’est vrai qu’il y a une vraie compétence qui est acquise. Et avec le temps cette compétence elle pourrait être en effet « professionnelle » si elle était échangée contre de l’argent. Exemple : quand moi, malade depuis 10 ans, je sais que pour joindre Marie-Christine au téléphone, la secrétaire du Docteur D du CHU, il va me falloir une matinée entière, il va falloir jouer de mille subterfuges, comme appeler la voisine de Marie-Christine pour savoir si celle-ci est partie faire pipi, c’est une compétence évidente que le nouveau malade tout naïf n’a pas. Mais cette compétence, elle s’impose d’elle-même, elle n’a pas besoin d’être « validée ».

En plus, ça pose un problème au sein même des malades. Ça induit une hiérarchisation. Moi par exemple, pas patiente-experte diplômée, ou patiente pas experte pas diplômée, va savoir, j’ai déjà voulu aider, humblement, avec toute ma grande expérience, et on m’a déjà dit : « Ah salut, tu veux être bénévole ? T’es patiente-experte ? Ah ben non désolée, ça ne va pas être possible, nous on ne prend que des experts ». Pfiouuuu. Même pour du bénévolat = du travail gratuit, il faut un diplôme.

Donc voilà. Vous êtes malade. Bienvenue dans ce nouveau monde. Mais vous voulez vraiment avoir la légitimité ? Auprès des soignants ? Auprès du médecin ? Auprès des institutions ? Auprès de la société ? Auprès des autres malades ? Alors payez pour un diplôme. Cher. Tant pis si vos finances s’amenuisent déjà avec les AT (=Arrêts de Travail). En dépit de la fatigue de la maladie, venez vous asseoir sur une chaise pendant 100 heures. Et rédigez un mémoire. Et passez des examens.

Bref. Vous êtes malades ? Alors prouvez-le !

PS : j’ai lu pas mal de choses sur le sujet, et entre autres je suis tombée sur cette très juste interview de Cynthia Fleury, qui a une chaire de philosophie à l’Hôpital Hôtel-Dieu à Paris (pour les non-universitaires qui savent pas ce qu’est une chaire, c’est un peu comme un chaise, un bureau quoi). Il y a juste la partie sur le patient-expert qui me semble une aberration, à moi comme à la journaliste Sylvie Logean d’ailleurs.

PPS : sinon, pour une vision plus modérée du sujet, et non moins intéressante, sur le blog de Catherine Cerisey, un article ici.

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Les gougères médicales

Bon bon bon. J’étais à cette soirée. Une petite soirée avec un nombre de gens raisonnable, où la musique n’est pas trop forte, les toilettes en quantité et bien isolés, et où il y a de nombreuses places assises un peu partout, qui permettent de s’asseoir discrètement, como quem não quer a coisa (petite dédicace aux lecteurs lusophones). Bref, une petite soirée qui s’annonçait bien sympa.

J’aime les petites soirées bien sympas où l’on rencontre de nouveaux gens. L’une est journaliste, l’autre fait de la mise en rayon, l’une vient de démissionner de la police pour se lancer dans l’enseignement de la musique à l’hôpital, l’autre travaille au péage, l’une est sophrologue, l’autre est médecin. Ah voilà celui que je voulais, le médecin !

Pour une fois que je ne suis pas dans le cabinet du médecin, je passais une bonne soirée avec plein de gens sympas, dont un médecin. Il faut savoir que dans ces cas-là, le médecin c’est comme s’il était habillé tout en blanc en boîte de nuit, le pauvre. C’est comme si sa blouse blanche lui collait à la peau. Il est fluorescent, je ne vois que lui. En fait, il m’intrigue.

Je me demande si lui aussi, il observe les autres gens de la soirée comme des patients en puissance…
La journaliste ne cacherait-il pas une petite dépression liée à la précarité de la profession ? Celui qui fait de la mise en rayon n’aurait-il pas une sciatique couplée à des lombalgies ? L’ex-policière, un complexe de domination enfin assouvi ?
Celui du péage, une tendinopathie chronique du triceps voire même une névralgie cervico-brachiale ?
La sophrologue, une inflammation des cordes vocales à force de parler toute la journée ? Et lui, le médecin, il avait quoi ?

Alors j’ai discuté avec plein de monde, puis, de siège en toilettes et de toilettes en siège, je me suis retrouvée face à la table des boissons, en train de chercher quoi boire, en même temps que le médecin.

J’ai initié : « Je te sers quelque chose ? »

Bon sang, j’allais servir un truc à un médecin, alors que d’habitude ce sont toujours les médecins qui me servent des médicaments.

Puis j’ai continué : « Tu fais quoi toi sinon dans la vie ? »

Soyons clairs, je déteste cette question, on en reparlera dans le blog. Mais là bien sûr, c’était pour les besoins de la chose. C’était como quem quer a coisa (j’en rajoute une petite couche pour les lecteurs qui aiment mes petites allusions sexuelles, rooo). Et puis c’est une question assez banale.

Alors il m’a dit : « Je suis médecin. »

J’ai pris un air intrigué. Genre : je-ne-sais-pas-trop-ce-que-fait-un-medecin-tu-peux-préciser-stp ? Ça a bien marché. Il a commencé par me dire qu’il N’EN POUVAIT PLUS des patients. Bon bon bon. Parce qu’ils étaient tous tellement cons souvent. Bon bon bon. Puis il m’a raconté sans s’arrêter plein d’anecdotes plus ou moins croustillantes. J’ai remarqué que les médecins trouvent toujours croustillant ce qu’un non-médecin ne trouve pas forcément croustillant. Moi j’aimais bien en fait, tout ce qu’il me mettait sous la dent. Je faisais des « Oh ! » des « Ah ! » et des « Ah bon ?! »

Il m’a dit qu’il avait fait des gougères, il me les a montrées. Elles avaient l’air bien croustillantes. Puis malheureusement il a pris congé poliment ; il était 23h, il était épuisé, il venait d’enchaîner la soirée sur une garde de 24h aux urgences de l’hôpital. Voilà c’était ça, le problème médical, du médecin. Il était à bout. C’est le seul petit burn-out que j’ai diagnostiqué dans la soirée.

J’ai regardé les gougères. Elles n’étaient pas belles. Néanmoins, elles m’attiraient terriblement. Elles me fascinaient. Elles avaient été confectionnées par le médecin. De même qu’il avait palpé, tâté les patients, il avait pétri, malaxé, les gougères. De même qu’il avait guéri les patients, il avait guéri les gougères.

J’en ai mangé une, puis deux, puis trois, puis dix, puis vingt. J’avalais frénétiquement toutes les gougères médicales de la soirée. Je voulais de la guérison, plein la bouche, plein la panse. J’ai fini le plat. Je léché avec mon doigt les petites miettes qui restaient.

J’ai jeté un œil rapide à la salle pour voir si j’avais été démasquée. Rien. Personne n’avait diagnostiqué mon problème. De tous les gens à cette soirée, j’étais la seule qui voulait guérir.

C’était bon bon bon !

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Le mode économie d’énergie

Bon. Vous avez remarqué surement, le site sur lequel est mon blog est super lent. Ça m’embête beaucoup parce que je me dis que vous les lecteurs, cela doit vous embêter. N’hésitez pas à me dire si cela vous embête ou pas, d’ailleurs.

J’ai cherché beaucoup de solutions. J’ai contacté WIX plusieurs fois, WIX c’est l’hébergeur de mon blog. Ils m’ont dit de mettre des images moins lourdes, et tout un tas d’autres conseils que je respecte déjà et qui ne changent rien à la vitesse de chargement. J’ai fouiné sur les forums, j’ai vu que tous les gens qui étaient sur WIX avaient le même problème. Peut-être qu’un jour quand vous serez très très nombreux à lire le blog, il y aura quelqu’un qui me contactera pour héberger mon blog ailleurs, gratuitement, en me déroulant un grand tapis rouge, avec une couronne de diamants… ou peut-être attention j’ai une hallucination, comme au billet précédent !

En tout cas j’ai commencé à me dire… WIX serait-il malade, tout simplement ? Cette histoire de « tout un tas d’autres conseils que je respecte déjà et qui ne changent rien », les malades, ça ne vous fait pas penser aux visites chez le médecin ?

-Docteur je suis fatigué.
-Eh bien il faut dormir davantage.
-Je dors déjà 12h par nuit.
-Eh bien il faut faire des siestes.
-J’en fais déjà plusieurs pas jour.
-Eh bien il faut prendre de la vitamine C.
-J’en prends déjà.
-Eh bien il faut faire du sport.
-J’en fais déjà comme je peux.
-Eh bien il faut arrêter de boire de l’alcool, de fumer, de manger des chips, de…., de…, de…

Je fais déjà tout ça. Il n’y a PAS de solution à la fatigue, à la lenteur de WIX, à la lenteur imposée par la maladie.

Quand je vois sur mon téléphone s’afficher le petit pop-up, quand il n’y a plus que 20% de batterie, « activer le mode économie d’énergie ? » , je pense toujours à la maladie.

Je me dis que l’organisation d’une vie de malade, elle se fait toujours en mode économie d’énergie. Concrètement, on se lève le matin, après avoir rechargé sa batterie pendant 12h. On a environ 4h devant soi avant la prochaine sieste/recharge qui sera inévitable. Si on a un gros objectif dans la journée, comme se laver les cheveux à 16h, il faudra tout organiser en fonction du « gros objectif ». On ne pourra pas laver la cage du lapin, faire la cuisine, passer l’aspirateur, et se laver les cheveux, dans la même journée. Bien sûr chaque mode économie d’énergie dépend de chaque personne malade. C’est toujours comme le téléphone. Selon à quel point la batterie est usée, elle tient plus ou moins bien le coup.

Enfin voilà. Je me dis que cette lenteur de chargement du blog, qu’on subit tous et qui nous agace, c’est exactement la même lenteur qu’impose la maladie, qu’on subit tous et qui nous agace.

Finalement, être sur WIX pour un blog de maladie,
c’était comme une évidence.

PS : un très beau TED talk sur le syndrome de fatigue chronique, qui est environ le nom médical de ce que je décris ici.

PPS : les billets sont disponibles en lecture directe sur Facebook, donc pas de problème de temps de chargement, à l’adresse suivante http://fb.me/manonpatiente. Vous pouvez liker la page et comme ça être tenu au courant des nouveaux articles !

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Le petit robot

Bon. N’ayez pas peur les lecteurs. En ce moment je suis triste, alors je pleure beaucoup. C’est pas terrible de pleurer beaucoup, ni pour soi-même, ni pour les autres. Soit les autres sont tristes aussi, alors que vous ne voulez pas qu’ils soient tristes, soient ils ne sont pas tristes, et s’en foutent que vous soyez triste, et vous êtes outrés qu’ils ne ressentent rien alors que vous pleurez.

Bref, pleurer, ça a l’air simple, mais c’est donc très compliqué. En plus physiquement, il y a beaucoup de muscles qui se contractent. Vous savez qu’on peut avoir des courbatures de pleurer ? Si, si ! Le côté positif c’est que ça brûle des calories, ça arrange plein de gens qui veulent maigrir pour le plaisir, ou maigrir parce que des médicaments font grossir. Ça fait rougir le nez, qui devient tout sec à force de se moucher, alors ça fait mettre de la crème hydratante. Vous avez remarqué comme c’est agréable de soigner un nez qui a trop pleuré ? On dirait qu’on soigne la cause du pleur, un peu. Ça doit rendre bien heureuses en tout cas les industries des crèmes et des mouchoirs.

Au bilan, il convient surement de pleurer avec modération. Alors j’ai ma petite pilule magique pour ça. C’est de la famille des neuroleptiques. « Ça c’est pour vos hallucinations » m’avait dit une fois la pharmacienne, bien distinctement comme si je pouvais mal comprendre. Je n’avais rien répondu.

Ce petit neuroleptique – il est petit parce que tout ce qui est mignon est petit – chez moi est magique. Je pleure, si ça dure trop longtemps je gobe le petit mignon, et soixante minutes après, je ne pleure plus. C’est mon filet. Je me jette dans le vide, il m’empêche de tomber. C’est mon filet mignon. C’est bon, et je n’ai plus d’émotions. Je me transforme en petit robot. C’est apaisant de ne plus pleurer. Mais c’est bizarre de perdre sa personnalité.

Si ça se trouve le petit robot ne pourra plus faire du blog ? Ou il écrira uniquement des trucs de robot ennuyeux ou façon science-fiction ?

Ou bien on devrait écouter la pharmacienne ?
Est-ce que tout ce qui me rend triste là, ce ne serait pas qu’une hallucination ?

Si seulement…

ATTENTION : les neuroleptiques c’est comme les antibiotiques, c’est pas automatique. Aller chez le médecin si ça va pas. C’est le métier du médecin.

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Le poids des mots

Bon. Je suis allée à la prise de sang ce matin. J’étais à l’affût d’un truc intéressant qui pourrait se passer pour le raconter sur le blog. Puisque j’ai dit juste avant que j’arrivais plus à écrire.

J’ai cru que le truc intéressant pour le blog ce serait Nathalie. Nathalie c’est celle qui pique. Vous avez déjà remarqué la routine de Nathalie ?

« Bonjour. Asseyez-vous. Nom prénom date de naissance s’il-vous-plaît. Pourquoi vous prescrit-on ce prélèvement ? Serrez le poing. Je pique. Vous pouvez desserrer le poing. J’ai bientôt fini. Plus qu’un tube. Voilà c’est bon. Appuyez s’il-vous-plaît. Je vous mets un pansement. »

Souvent après y a juste : « Bonne journée ». Bon sang la routine terrible de ces piqueurs. C’est tellement routinier que moi je serre le poing avant qu’on ne me le dise, je desserre le poing avant qu’on ne me le dise aussi. Mais on me le dit quand même ! Jamais on ne me dit : « Ah mais vous saviez déjà qu’il fallait desserrer le poing ?! » Qu’est-ce que je serais fière !

Néanmoins j’aime bien ce mode automatique qui permet de penser le moins possible à la maladie.

Sauf que aujourd’hui, Nathalie a dit : « Oh là là, je n’ai que des gros dossiers aujourd’hui ! » J’ai ri. Je lui ai dit qu’elle ne pouvait pas me faire ça, me traiter de gros dossier. On était loin du mode automatique-pas-malade. Elle s’est justifiée alors, elle a dit qu’elle voulait dire par là que c’était lourd administrativement pour elle, en terme de papiers utilisés etc. Et j’étais bien d’accord avec elle. Je la charriais. Elle m’avait plue à avoir le culot de casser la routine du piqueur. Elle a continué à s’embourber dans une conversation drôle :

« Vous êtes végétarienne vous ?
– Non pas du tout pourquoi ?
– Ah désolée je dois vous confondre.
– Oui sûrement, mais pourquoi cette question ?
– Parce que j’ai envie de vous dire de manger un gros steak bien saignant après cette grosse prise de sang. Mais parfois je dis ça aux gens et ils me répondent qu’ils sont végétariens.
– En même temps manger un steak là maintenant à 9h du matin ?
– Non non ce midi »
Elle était vraiment drôle cette Nathalie. Je n’aime pas trop quand ça saigne trop en vrai, mais je n’ai rien dit, pour ne pas la décevoir.

Donc j’ai cru que c’est Nathalie qui marquerait cette journée, et qui serait l’objet du billet. Mais en fait après quelques heures, j’ai compris que c’était Françoise qui m’avait marquée. Françoise c’est celle qui vous enregistre vos ordonnances à l’accueil avant de voir Nathalie. Elle pose quelques questions administratives, puis plus personnelles en rapport avec les examens demandés. Et puis tout d’un coup pour une question, elle s’est rapproché fort de ma tête, pour me chuchoter brutalement : « Quel est votre poids ? »

J’ai été terriblement gênée par ce chuchotement. Qui n’en n’était pas un tellement il était audible. Pourquoi j’aurais préféré qu’il n’existe pas ? C’est pas une honte le poids si ? Ça se voit de toute façon non ? A la louche on peut facile dire combien quelqu’un pèse.

A force d’être malade aussi, de se prendre tout un tas de mains, doigts, aiguilles, tubes, ustensiles, sur le corps, dans le corps, on devient beaucoup moins pudique. On met le mode automatique. Protecteur aussi. Alors j’ai pas aimé que Françoise casse l’automatisme. Je me suis sentie coupable.

Coupable d’être grosse éventuellement.
Puis coupable d’être un gros dossier, par recoupement.

Je me suis empiffrée de gâteaux toute la journée maladivement.
J’ai pas mangé de steak bien saignant.

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La bonne résolution

Bon. J’ai fait ma rabat-joie à propos des réveillons, pardon. Je n’aime pas les réveillons c’est vrai. C’est fatiguant. Et je n’aime pas trop manger. Ce n’est pas compatible avec la maladie. Mais j’aime quand même les bonnes résolutions.

Chaque début janvier, j’aime faire un petit bilan de l’année passée, constater sur quels points elle a été pourrie, sur quels point j’ai assuré. Je vous invite à faire pareil. Surtout lister les points sur lesquels vous avez assuré. C’est bon pour la santé. La fameuse santé qu’on vous souhaite pendant tout le mois de janvier. Soyez maître au moins de deux choses : la taille de vos chevilles bien stables qui vous permettront un pied sûr, le port de votre tête bien grosse qui vous permettra une pensée sûre, deux éléments-clés qui vous permettront de déambuler sûrement en toute circonstance dans les couloirs d’un hôpital. Ou ailleurs.

Chaque début janvier, je me dis que l’année passée a encore été pourrie niveau santé.
Chaque début janvier, je maudis le sort.

Mais chaque début janvier, je me dis aussi que peut-être cette fois la courbe va s’inverser. La roue va tourner dans l’autre sens. Ça se passe comme dans les cycles de Kondratieff dans la théorie de l’économie. Il y a toujours des crises et il y a toujours des reprises.

Peut-être que la nouvelle année sera belle. A vous je vous le souhaite de tout cœur.

Chaque début janvier, j’applique le poème Et un sourire de Paul Eluard, et l’invariable bonne résolution, c’est d’y croire.

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Bonne année, et bonne santé !

Bon. Vous me voyez venir. On est la veille du 31 décembre. On vit depuis des mois le « tu fais quoi pour le 31 ? ». On hésite, on pèse les pour et les contre, on se dit que l’an dernier on était avec untel, que cette année on pourrait contrebalancer avec unetel, etc.

Je n’aime pas les 31 décembres. Même je déteste ça. Pourquoi serait-on tous spécialement heureux et optimistes à une date particulière qui est uniquement un hasard du calendrier. On fête quoi exactement ? Pourquoi on fait des bilans sur l’année passée ? Pourquoi on fait des projets pour l’année suivante ?

En fait, je n’ai pas toujours détesté les 31 décembres. Longtemps je me suis couchée de bonheur, au petit matin, après avoir fait la fête comme tout le monde, après avoir bu avec tout le monde, après avoir collé des bises sur tout le monde, après avoir souhaité la bonne année à tout le monde, et surtout « la santé, ah ça oui la santé, parce que c’est le plus important la santé ».

Jusqu’à ce que la santé, je comprenne le poids de ce mot, de ce mal, un jour où elle a tourné court. Cette année-là, en avril 2009, je me suis remémoré avec qui j’avais bien pu passer le 31 décembre précédent, pour que me soit jeté un si mauvais sort.

Les années suivant 2008, j’ai continué de faire la fête les 31, souhaitant et me faisant souhaiter la santé, optimiste, me disant que ce ne serait pas pire.

Bon sang chaque année a été pire, presque. Je ne suis pas superstitieuse. Mais j’ai commencé à en avoir marre d’entendre le « surtout la santé », venant de tout le monde et n’importe qui, suivi d’un rire gras et automatique. Je faisais des rires jaunes et forcés, et je répétais ironiquement « c’est ça, surtout la santé ». Je baissais la voix à la fin. J’avais peur de jeter des sorts à mon tour.

Alors j’ai fini par arrêter tout ça. J’ai arrêté les 31 et toutes ses fioritures. Chaque année je me cache pour qu’on ne me souhaite pas « la santé ». Ce mauvais sort duquel je n’ai pas réussi à me protéger les années précédentes.

Et chaque année j’espère que cette fois, ça va marcher.

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