La first date

Bon. Pour ceux qui ont suivi, j’ai changé de résidence principale. Je suis partie loin. Il y a certaines choses qui ne changeront pas. Les amis, la famille, les médecins importants. Tout ça, il faudra se déplacer pour les voir. Mais après il y a les trucs pour lesquels on est obligé de trouver un substitut. La pharmacie, le kiné, le médecin traitant qui vous fait des ordos sécurisées de prod’, le médecin à l’hôpital que vous appellerez quand vous serez désespéré parce qu’il vous faudra une hospit’ en urgence. Ce truc essentiel ça s’appelle dans le langage mafieux qui s’impose ici « le réseau ». The network. Sourcils froncés.

Pour se refaire un réseau solide, c’est toujours bien de se faire un peu aiguiller. Histoire d’éviter d’aller se jeter dans la gueule du loup du plus mauvais praticien de France et de Navarre affamé de nouveaux patients naïfs. Donc ce qui est pas mal, c’est de demander à un max de monde. Au kiné vous demandez si par hasard il n’a pas fait ses études avec un collègue qui se serait installé à tel endroit. Bingo ça marche. Au café du coin vous demandez une pharmacie de réputation sympa et qui n’a pas spécialement de DU en homéopathie. Bingo ça marche. Aux groupes de paroles sur Facebook vous demandez s’il y a un soi-disant spécialiste de la maladie qui connaît effectivement bien la maladie. Bingo ça marche.

Voilà tout ça, ça aide bien. Mais après il faut forcément se confronter à un truc : la first date. C’est aussi tricky/compliqué que les first date de Carrie Bradshaw et ses copines dans Sex in the City : on ne sait pas trop s’il faut se maquiller pour avoir l’air beau et en bonne santé et donc agréable, ou s’il faut laisser ses grosses cernes et ses taches de peau pour ne pas avoir l’air d’un malade imposteur. On sait pas trop s’il faut sourire ou pas, pour les mêmes raisons. On sait pas trop s’il faut faire des blagues ou pas, pour les mêmes raisons. On a trente minutes en moyenne pour chercher tous les indices sur la personnalité de l’autre qui est en face de nous. Quelques tips de RH comme ça en vrac :

Sourire franc -> franchement sympa
Sourire timide -> se cherche encore
Pas de sourire -> voir la suite
Froncement de sourcils -> aime réfléchir
Haussement de sourcil -> probablement désinvolte
Pas de mouvement de sourcil -> zen
Poignée de main ferme -> n’a pas peur de prescrire
Poignée de main molle -> comme le sourire timide
Marche vite de la salle d’attente au cabinet -> en bonne santé
Démarche hésitante, voire boitille -> malade aussi, davantage empathique
Raccompagne vers la sortie -> connaît les bonnes manières
Reste assis quand vous sortez -> très (trop) occupé

J’ai remarqué qu’il y a globalement trois principales conclusions auxquelles vous arrivez après ces entretiens d’embauche mutuels :

Le coup de foudre. Le courant est bien passé. Vous sentez que ça peut durer. Vous avez vraiment envie d’aller plus loin. Si ce n’est pas déjà fait. Vous attendez le prochain rendez-vous avec impatience pour voir à quel point votre vie sera améliorée. Il est recruté.
Le « doit faire ses preuves ». Vous avez trouvé le professionnel plutôt compétent. Mais vous n’avez pas vu « le petit truc qui fait que ». Ça va peut-être venir. Vous lui accordez une période d’essai.
Le « Next ». Ca n’a pas été du tout. Vous avez vu trop de sourcils se lever, vous avez entendu trop de « pfiou tous ces médicaments », l’autre est déjà soûlé. Il y a des professionnels de santé qui n’aiment que la bonne santé et d’un côté on peut les comprendre. Mais vous, ça ne vous arrange pas trop. Bref, tout le monde n’est pas fait pour s’entendre.

On perd quand même vachement de temps avec tout ça. Pourtant j’en avais parlé avec ma précédente médecin généraliste que j’adorais. Elle m’avait donné des petits conseils. Elle m’avait ciblé un profil type. Évidemment il lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Je lui avais demandé comment on faisait pour repérer tout ça. Il n’y a pas les Curriculum Vitae ni les profils psychologiques dans la salle d’attente du professionnel et encore moins sur internet.

Du coup je me suis mise à fantasmer un truc. Pourquoi ce ne serait pas les patients qui proposeraient des rendez-vous ? On convoquerait plein de praticiens et on ferait une grande journée d’assessment comme si on était des entreprises du CAC 40. Ce sont les autres qui se demanderaient s’il faut se maquiller. Ah comme ce serait drôle !

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