La mission handicap

Bon, re « c’est le dernier jour de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées », et voilà le deuxième article du jour. J’espère que vous avez bien lu le billet précédent sur la RTQH et que personne n’est en train de se dire là : la RQT…quoi ?

Dans chaque entreprise/institution qui se respecte, et notamment si elle veut se faire bien voir, si le Big Boss a décidé de favoriser la diversité, sous toutes ses formes, il y a une « mission handicap ». Je trouve ce nom un peu guerrier. Visiblement en parlant « handicap et travail » on reste dans le champ lexical de la guerre (cherchez « bouclier », « bazooka », « mission »…y en aura d’autres dans le texte, surlignez-les !). Dommage parce que la paix c’est mieux. Peut-être que c’est la guerre pour qu’un jour ce soit la paix. Donc les gens de la « mission handicap », leur mission est digne de celles de Batman et Catwoman. C’est un peu comme des féministes, mais pour les handicapés : des handicapistes qui se battent (+1) pour qu’un handicapé soit considéré comme un valide, avec toute sa différence comprise.

Je suis très curieuse de ces missionnaires. Je trouve leur mission noble. En général ils sont assez accessibles. Forcément ! Vous pouvez les voir avant même de postuler, pour prendre la température du navire auquel ils appartiennent. Ils n’ont pas le pouvoir suprême des RH, donc vous n’êtes pas obligé de sortir votre costume pour les séduire, comme quand vous voulez séduire le Docteur à l’hôpital pour avoir la permission du week-end. C’est plutôt un « venez comme vous êtes » du McDonald’s.

Bref, comme je suis curieuse j’ai dit, je me suis confrontée à plusieurs de ces missionnaires. Et j’ai envie de vous parler d’un préjugé terrible contre lequel les handicapistes doivent se battre, et qu’on trouve même chez les handicapistes parfois. C’était une de mes premières fois devant une mission handicap. Une des premières questions après le formalisme de politesse habituel, et le léchage de bottes mutuel habituel, a été : « De quels aménagements auriez-vous besoin ? » Très bien. On ne parle pas maladie, on parle conséquences et aménagements. Moi j’ai baragouiné quelques trucs. Puis l’handicapiste a repris les questions : « Vous avez besoin d’un environnement calme, sans stress ? » Là j’ai un peu bugué. Je n’ai pas compris la piste que suivait l’handicapiste. J’ai dit : « Ben non pas spécialement… » en même temps, je réfléchissais à qui de toute façon aime travailler dans un environnement bruyant et stressant… ? Elle n’a pas trop apprécié mon « non », et du coup elle a insisté avec le soi-disant besoin de calme. Elle voulait absolument m’enfermer dans un placard au calme où me déposer comme une petite Belle au bois dormant fragile dans un lit à baldaquin où on aurait baissé tous les drapés ? C’est quoi ce vieux préjugé comme quoi un handicapé ne peut pas vivre du stress ? Je vous explique pourquoi je crois que c’est tout le contraire justement.

Je crois qu’on est entraîné au stress. Un peu comme à la douleur. Pour la douleur, les scientifiques ont prouvé que quelqu’un qui ressentait/avait ressenti beaucoup de douleur dans sa vie, allait être plus sensible à un nouveau stimuli de douleur, même faible, comparativement à quelqu’un qui n’aurait jamais eu mal. Ça, c’est la science. Et puis après, il y a le vécu. Quand on a connu la big méga douleur, on se plaint moins d’une petite nouvelle. C’est juste une de plus. On relativise beaucoup plus facilement. Le stress c’est pareil. Évidemment, comme on l’a dit dans l’article précédent, handicapé=au moins à un moment il y eu de la souffrance, donc peut-être qu’on ne va pas expressément presser comme un citron l’handicapé, ou bien charger la mule démesurément. Mais pour autant, le stress, un handicapé connaît bien déjà, les pires qui soient. Pour ne citer que quelques exemples de stress : avoir la maladie qui vous tombe dessus, vivre avec, se retrouver coincé dans une zone dont on ne peut plus sortir seul en fauteuil, y attendre plusieurs heures, faire coucou à la mort en hospitalisation. C’est ça qui fait vraiment peur. Alors ensuite le stress du travail… si bien sûr on considère des conditions normales de travail, c’est vraiment pas grand-chose à côté du stress de la maladie.

Il y a clairement une sorte de force du handicap. Et c’est le rôle de la mission handicap que de mettre en valeur cette force. Faire comprendre qu’un handicap ce n’est pas QUE une faiblesse. Je reprends ici les justes mots du Professeur Nicolas Leveziel, qui s’exprime sur le site de l’INSERM, concernant des candidatures RQTH : ​ »J’ai été frappé par la qualité des dossiers reçus. C’est comme si le handicap poussait les personnes à se surpasser […] Ce sont des stratégies de compensation impressionnantes, que la plupart des personnes qui ne souffrent pas d’un handicap auraient beaucoup de difficultés à mettre en œuvre. »
Eh oui mon petit Nicolas, c’est bien dit, tout ça.

Pour finir je vous le dis, un jour moi Président, moi Batman, moi Catwoman, moi chef d’entreprise, moi handicapée moi handicapiste, la mission handicap ce serait moi, et le critère de recrutement pour avoir des gens solides à mes côtés ce serait :

« On ne recrute QUE des handicapés ! »

PS : Alors, combien de mots guerriers surlignés ?

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