Petites phrases à bannir des oreilles du malade

Bon, il y a plein d’endroits sur le blog où revient une même question en filigrane… Et à laquelle je ne trouve toujours pas la réponse ! C’est : que faudrait-il dire, ou ne pas dire, à une personne qui est malade ?

Un jour avec des patients et des copains médecins et des futurs médecins, on a eu un projet fou : dresser une liste des choses qu’il conviendrait de ne pas dire. Genre des petites phrases taboues-gaffes-qui n’aident pas. La grosse difficulté, c’est que l’effet potentiel de ces petites phrases, il dépend beaucoup de la sensibilité et du vécu de la personne à qui on s’adresse.

Certains mots feront du bien à d’autres, d’autre non.

Par exemple, je me souviens une fois, lors de mes débuts de blogueuse, une malade m’écrit, me raconte ses malheurs, me remercie pour le blog. Je tente une petite réponse sympa, ce n’est pas toujours facile, et je termine par « bon courage ». J’aime bien ce « bon courage » moi, surtout entre patients, ça me fait l’effet d’un tope là suivi d’une accolade. Mais à ma malade, ça ne lui a pas plu du tout du tout du tout. Je l’avais super vexée, même si elle disait me pardonner. Eh oui, j’avais pas fait exprès, je suis sympa 🙂

Bon, mais allez, je vous propose qu’on la tente quand même cette liste ! J’y mets ce que je n’aime pas moi, et j’y mets ce que vous m’avez déjà dit vous (sur Twitter, notamment). Cette liste est à compléter mes chers lecteurs, n’hésitez pas à commenter, m’écrire ! Je la mettrai à jour, on la glissera aux oreilles des universités de médecine 🙂 Enfin, dans le cas où il reste des phrases qu’on peut dire !!

C’est parti pour ce premier article de blog participatif !

– oh là là
– vous n’avez vraiment pas de chance mon/ma pauvre
– vous êtes jeune, ça va aller (plébiscité par 115 likes à ce jour !)
– c’est normal pour votre âge (si vous avez plus de 50 ans)
– ne vous inquiétez pas / il ne faut pas s’en faire
– il faut de la volonté pour guérir
– la méditation a de très bon résultats
– c’est psychologique (et ses dérivés)
– mais pourquoi vous angoissez ?
– bon courage
– ça va bien se passer (je vous conseille ce billet de Delphine Blanchard)
– vous en avez vu d’autres
– avec tout ce que vous avez vécu, ce n’est rien
– il faut prendre sur vous
– vous êtes stressé en ce moment ?
– mais vous avez trop de symptômes !
– tu as l’air en forme pourtant

Le sage point de vue de Isabelle Boisier : « Dans ma blouse de soignante je me suis toujours dit que le mieux était de demander au patient comment il se sentait et de le rassurer en partant de sa réponse. Pas avec une phrase toute faite. »

Mon point de vue de gaffeuse : peut-être qu’on peut tous dire des phrases qui seront mal perçues, mais si on est à l’écoute de la réaction de l’autre, on peut s’adapter, éventuellement reformuler…

 

PS : merci à vous qui avez commencé cette liste ! Je mettrai à jour vos phrases au fur à mesure des commentaires 🙂

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23 commentaires

  1. Vous n’êtes pas malade (en cours de diagnostic peut-être pour une SEP) vous êtes juste handicapée. C’est pas mortel

    Elle n’a rien, c’est juste un délire hysteriforme. Je crois qu’aucun homme qui serait hospitalisé pour chercher pourquoi du jour au lendemain, il ne peut plus marcher, n’aurait ce genre de diagnostic si les medecins ne pouvaient trouver ce qu’il se passe…

  2. Hello. Je crois bien que la râleuse au « bon courage » rageur dont tu causes c’est moi ❤.
    Donc dans la liste des choses que j’entends mais que je ne supporte pas :
    – courage / Bon courage / oh comme tu es courageuse ! (Je ne suis ni un pompier ni un sauveteur en mer, je ne suis pas VOLONTAIREMENT malade)
    -ça va aller ! (Qu’est ce que t’en sais pignouffe ?!)
    -je ne sais pas comment tu fais, moi je ne pourrais pas ( !!! Ben moi non plus je peux pas et pourtant je suis malade quand-même )
    -ma pauvreeeee….C’est grave ! (Oh punaise que ça, ça n’aide pas !)
    – tu te regardes trop le nombril
    – arrête de te plaindre, tu verras quand tu auras nos âges (je n’y arriverai pas à ton âge )
    -pense à autre chose ! ( c’est compliqué de penser à autre chose quand on est sur un lit d’hôpital, branchée et perfusée de partout )
    – Bonjour Madame X ça fait plaisir de vous voir, comment ça va ? ( de la part de la standardiste d’accueil de l’hôpital de jour ça fait froid dans le dos)

  3. « ça ne fait pas mal»,lors d’un mammotome . J’ai failli me trouver mal , je ne suis pas douillette du tout mais j’ai les seins hyper sensibles , j’aurai préféré que l’on me prévienne un peu mieux.

  4. « Mais…vous n’avez pas l’air malade! » ou variante: « Mouais, vous ne m’avez quand même pas l’air bien malade… ».

    Nb: j’ai écrit un article un peu autour de cette question sur Diabète et Méchant, sous le titre « Le diabète est-il une maladie grave » ou quelque chose du genre. Ça pourrait vous amuser (ou pas).

    Merci pour votre blogue en tout cas.

  5. Dernier en date d’un généraliste de ville :  » Mais madame, ne me dites pas que vous êtes stressée. Vous n’êtes pas votre propre chef ? Pas comme moi »
    Le docteur qui n’est jamais sorti de chez lui et qui pense qu’un job dans une entreprise privée est relax. LoL

  6. Un ‘bon courage’ lancé par un autre malade est plus facilement accepté par un malade. Par un soignant,un ami etc cela depend de l’intonation, du geste, des yeux qui accompagnent, ce qui est insupportable, ce sont les phrases prononcees sans conviction, par convention,creuses comme ‘Bonjour, ça va ?’ au lieu du ‘Bonjour’ ou comme une formule magique sans intention.
    Comme tous (et surtout toutes) j’ai eu droit au panel de phrases culpabilisantes, blessantes etc
    Femme fragile au bout du rouleau, 50 ans et ses bobos, c’est dans votre tête, c’est le stress (et bien mon cher soignant, tu rajoutes une couche allegro là en 4 mots).
    Dans les choses memorables
     » je suis orthopediste, j’ai fait mon boulot, votre fracture est réparée (en passant hormis prescrire une atèle, mon corps s’est débrouillé tout seul) le reste (algoneurodysyrophie) c’est pas de ma faute ! Au revoir Madame. »
    Le dernier en date a fait carton plein
    Femme, 50 ans (‘toutes les femmes ont un facteur anti-nuc legerement postif, c’ est rien  » le mien etait negatif pour la premiere fois en onze ans lol bizarre) remettre en question des confreres , defendre sa copine confrère avant de regarder les elements
    ‘ah oui bon, si l’ image n’est pas retouchée (!!! IRM stenose canalaire) vous avez un problème  »
    La question à se poser à mon avis est ‘est ce que je cherche à ouvrir le dialogue avec le patient ou est ce que je cherche à le clore le plus rapidement possible avec des formules convenues ?’
    ‘Je ne sais pas (encore)’ c’est toujours mieux que ‘vous n’ avez rien ‘
    Bon courage aux soignants 😉 voulant faire mieux et differement.

    1. N’hésitez pas à faire des propositions selon votre ressenti ! je me suis beaucoup posé la question et j’aime bien
      « on est là pour vous aider »
      ou bien
      « on est là pour vous accompagner »
      🙂

  7. Il y a plein de bonnes idées déjà !

    Mention spéciale dans les commentaires pour le « vous êtes vraiment un cas » et ses dérivés  » Vous savez que votre dossier est vraiment compliqué?? », « votre cas est vraiment grave, vous êtes jeune mais vous avez le dossier médical d’une personne de 80 ans ». Merci…

    Plus spécifique à moi. J’ai des douleurs neuropathiques oculaires, c’est bien diagnostiqué. Du coup pour toutes les autres pathologies: « Ça c’est vos douleurs neuropathiques, faut en parler au neurologue/psy ». Ma version à moi du « c’est dans votre tête » Je suppose. Ou j’ai envie de hurler à chaque fois « mes douleurs sont hyperalgésiques, il y a une cause ! Elles ne sont pas dans ma tête et non tout n’est pas des douleurs neuropathiques, cela ne doit pas vous dispenser de chercher pourquoi j’ai mal… » La réponse trop facile une fois qu’on leur a montré ça…

    A l’opposé, les choses que j’apprécie beaucoup et que les grands pontes devraient apprendre à dire aussi. Un de mes médecins, un des meilleurs dans sa spécialité, n’hésite pas a le dire : « Je ne sais pas ». Plutôt que de dire n’importe quoi, accepter ne pas savoir, ne paz comprendre serait appréciable aussi…

  8. Merci pour cette question importante et j’aime votre liste (qui va sans doute s’étoffer), mais inversement quelles sont les paroles, gestes ou attitudes qui ont eu un impact positif ? (Je suppose que c’est délicat à établir aussi, mais comme ça transparaît dans certains commentaires peut-être que ça vaut le coup d’en faire aussi une liste, qui pourrait aider les soignants, les aidants, les travailleurs sociaux, etc.)

  9. « Ah non ! Ça fait pas mal alors arrêtez votre cinéma! »

    Dépose puis pose d’un implant un peu plus (trop) loin du premier site. L’anesthésie locale n’a pas fonctionné, j’ai fini par vomir et perdre connaissance.
    Elle s’est trouvée bête mais ne s’est pas excusée.

  10. Après une consult absolument horrible avec un médecin que je ne recommande pas, j’ai plein de nouvelles idées !

    « J’ai 14 ans d’études moi, vous, vous ne comprenez rien »

    « Vous ne comprenez rien à vos symptômes, ce que vous dites n’est pas possible! » Ben si je te le dis c’est que si mais bon…

    « Votre pathologie ce n est pas mon problème » Bien c’est le problème de qui alors?

    « Les femmes racontent n’importe quoi Il faut les faire taire » Ah, les remarques misogynes!

    Bon elles sont un peu extrêmes je sais pas si elles sont toutes généralisables…

    Et je suis d accord sur un article sur les phrases positives !

  11. Nous avons tous et toutes des petites phrases que l’on dit machinalement, par réflexe, comme « bon courage », « ça va aller » …en essayant d’être empathique . Peut être faudrait il ne rien dire mais c’est difficile , c’est un réflexe , c’est automatique et parfois on se dit « zut, j’aurai mieux fait de me taire » …
    Je suis Med Généraliste et ce post m’a fait réfléchir sur ce que l’on dit aux patients et je suis plus attentive maintenant..
    J’aimerai aussi un post sur les phrases positives.

    1. Merci ! J’ai entendu aujourd’hui « on va prendre soin de vous » et j’ai bien aimé 🙂 je vais essayer de dresser une liste des phrases + à partir des retours des lecteurs. Mais effectivement c’est très locuteur/allocutaire-dépendant, moi j’aime le « bon courage » et « ça va aller » 🙂 contente que ce post fasse réfléchir un peu tout le monde en tout cas !!

  12. Dans les petites phrases qui font du bien, une que j’ai entendue il y a 30 ans ( Argh, déjà…)
    Le contexte : je suis hospitalisée dans un grand hopital bordelais , le professeur fait la visite , rentre dans ma chambre , s’approche du lit dans lequel je gis, en proie à des céphalées épouvantables.
    Et la , catastrophe, sous le coup de la douleur , je vomis….partout.
    Honteuse , je lui demande de m’excuser , et là, au milieu des dégâts, il me prend la main et il a ses mots magnifiques , que je re dis encore aujourd’hui à mes patients lorsqu’ils sont dans un cas équivalent: « il ne faut pas avoir honte d’être malade »
    30ans plus tard , ces mots me réconfortent encore et , je l’espère, réconfortent aussi mes patients.

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