Le poids des mots

Bon. Je suis allée à la prise de sang ce matin. J’étais à l’affût d’un truc intéressant qui pourrait se passer pour le raconter sur le blog. Puisque j’ai dit juste avant que j’arrivais plus à écrire.

J’ai cru que le truc intéressant pour le blog ce serait Nathalie. Nathalie c’est celle qui pique. Vous avez déjà remarqué la routine de Nathalie ?

« Bonjour. Asseyez-vous. Nom prénom date de naissance s’il-vous-plaît. Pourquoi vous prescrit-on ce prélèvement ? Serrez le poing. Je pique. Vous pouvez desserrer le poing. J’ai bientôt fini. Plus qu’un tube. Voilà c’est bon. Appuyez s’il-vous-plaît. Je vous mets un pansement. »

Souvent après y a juste : « Bonne journée ». Bon sang la routine terrible de ces piqueurs. C’est tellement routinier que moi je serre le poing avant qu’on ne me le dise, je desserre le poing avant qu’on ne me le dise aussi. Mais on me le dit quand même ! Jamais on ne me dit : « Ah mais vous saviez déjà qu’il fallait desserrer le poing ?! » Qu’est-ce que je serais fière !

Néanmoins j’aime bien ce mode automatique qui permet de penser le moins possible à la maladie.

Sauf que aujourd’hui, Nathalie a dit : « Oh là là, je n’ai que des gros dossiers aujourd’hui ! » J’ai ri. Je lui ai dit qu’elle ne pouvait pas me faire ça, me traiter de gros dossier. On était loin du mode automatique-pas-malade. Elle s’est justifiée alors, elle a dit qu’elle voulait dire par là que c’était lourd administrativement pour elle, en terme de papiers utilisés etc. Et j’étais bien d’accord avec elle. Je la charriais. Elle m’avait plue à avoir le culot de casser la routine du piqueur. Elle a continué à s’embourber dans une conversation drôle :

« Vous êtes végétarienne vous ?
– Non pas du tout pourquoi ?
– Ah désolée je dois vous confondre.
– Oui sûrement, mais pourquoi cette question ?
– Parce que j’ai envie de vous dire de manger un gros steak bien saignant après cette grosse prise de sang. Mais parfois je dis ça aux gens et ils me répondent qu’ils sont végétariens.
– En même temps manger un steak là maintenant à 9h du matin ?
– Non non ce midi »
Elle était vraiment drôle cette Nathalie. Je n’aime pas trop quand ça saigne trop en vrai, mais je n’ai rien dit, pour ne pas la décevoir.

Donc j’ai cru que c’est Nathalie qui marquerait cette journée, et qui serait l’objet du billet. Mais en fait après quelques heures, j’ai compris que c’était Françoise qui m’avait marquée. Françoise c’est celle qui vous enregistre vos ordonnances à l’accueil avant de voir Nathalie. Elle pose quelques questions administratives, puis plus personnelles en rapport avec les examens demandés. Et puis tout d’un coup pour une question, elle s’est rapproché fort de ma tête, pour me chuchoter brutalement : « Quel est votre poids ? »

J’ai été terriblement gênée par ce chuchotement. Qui n’en n’était pas un tellement il était audible. Pourquoi j’aurais préféré qu’il n’existe pas ? C’est pas une honte le poids si ? Ça se voit de toute façon non ? A la louche on peut facile dire combien quelqu’un pèse.

A force d’être malade aussi, de se prendre tout un tas de mains, doigts, aiguilles, tubes, ustensiles, sur le corps, dans le corps, on devient beaucoup moins pudique. On met le mode automatique. Protecteur aussi. Alors j’ai pas aimé que Françoise casse l’automatisme. Je me suis sentie coupable.

Coupable d’être grosse éventuellement.
Puis coupable d’être un gros dossier, par recoupement.

Je me suis empiffrée de gâteaux toute la journée maladivement.
J’ai pas mangé de steak bien saignant.

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