Le miroir

Bon, on a déjà parlé de toilettes. Pendant longtemps « Les toilettes« , ça a été l’article le plus lu du blog. Vous m’avez envoyé, en nombre, des photos de vos toilettes insolites. Visiblement, cette affaire de toilettes vous a plu. Alors j’en rajoute une couche.

Je suis dans un nouvel appartement depuis pas longtemps. Je l’ai environ choisi. Environ, parce qu’il y a aussi le propriétaire qui m’a choisie. Mais j’avais une liste de critères quoi. Une bonne luminosité d’abord, parce que c’est mieux pour le moral, surtout quand la maladie nous fait rester longtemps à la maison. Puis d’autres critères classiques, comme le nombre de pièces, la surface, l’ascenseur, puis des portes larges pour mes amis en fauteuil, et enfin, des toilettes qui fonctionnent, qui soient efficaces, qui soient un peu isolées du reste.

Ben oui parce que comme je l’ai déjà dit, et contrairement à ce que dit Stéphane Plaza, les toilettes, on ne s’en fout pas. Pour moi, c’est l’élément es-sen-tiel de la maison. J’y vais super souvent avec mes maladies du pipi-caca, de jour comme de nuit. J’ai vécu trois ans avec un broyeur fixé sur un sol en pente inclinée dans un mauvais sens, dans une vieille chambre de bonne à la parisienne, ce n’était pas du tout la panacée niveau toilettes…

Donc maintenant j’apprécie les gros jets bien puissants de chasses d’eau qui lavent tout. Tout. Même la maladie. A chaque fois que je vais dans un appartement, y compris chez mes amis, j’aime tester la puissance du jet de la chasse. C’est mon petit vice maniaque secret que je partage ici avec vous.

Le jet de mon nouvel appartement est pas mal. C’est un jet de taille moyenne, de pression moyenne. Le réservoir est un peu long à se remplir pour opérer une seconde chasse. Mais bon, l’appartement est bien lumineux. Il faut savoir faire des concessions dans la vie.

Alors comme on disait au début, il y a plein de variétés de cabinets de toilettes, qui respectent plus ou moins la cruciale et universelle importance du jet. On trouve souvent les cabinets les plus insolites dans des lieux publics. Et bien moi Chers Lecteurs, j’ai la chance d’avoir dans mon appartement même, un cabinet méga insolite. Regardez-bien la photo.

Figurez-vous que le seul endroit de l’appartement où il y a un miroir, c’est aux toilettes ! Un énorme grand long miroir. Pile en face du trône. Vous ne pouvez pas vous rater. Sauf si vous êtes un homme en train de faire pipi debout, ok. Mais bon, les hommes font aussi caca.

Ce miroir n’est vraiment pas facile d’accès si vous n’êtes pas assis sur la chose. Ce n’est pas le miroir qui vous confirme rapidement que vous êtes bien habillé et débarbouillé, juste avant de sortir le matin. C’est le miroir devant lequel on VEUT se mettre, on ne PASSE pas juste devant. En fait c’est le miroir devant lequel on DOIT se mettre, puisque personne n’a le choix de couper aux besoins naturels.

Alors moi, assise, j’essaye de ne pas trop me regarder dans ce miroir, parce que c’est bizarre. Mais j’essaye de regarder ce miroir. Et je me dis :  » Qui est bien le type qui a habité ici et qui a décidé que bon sang, tous les gens qui utiliseraient les toilettes se verraient dans la glace ? Mais pourquoi ? Provocation ? Humour ? Culpabilisation ? Fétichisme maladif ? Questionnement existentiel ?  »

Je me suis arrêtée sur cette dernière hypothèse. Un petit raisonnement mathématique tout simple peut nous aider à résoudre cette grande question philosophique. Si on passe du temps devant le miroir, alors c’est qu’on se trouve beau. C’est une relation d’implication. Et la réciproque est vraie : Si on se trouve beau, alors on passe du temps devant le miroir. Ça marche aussi avec : Si on ne passe pas du temps devant le miroir, alors c’est qu’on ne se trouve pas beau. C’est aussi une relation d’implication, avec une réciproque vraie. Évidemment c’est l’hypothèse comportementale la plus simple ok ? On veut raisonner général ici, pour essayer de comprendre en général, cette histoire de miroir.

Enchaînons les relations d’implication : si on est malade, alors on passe du temps aux toilettes, flanqués devant le miroir. Or on avait dit que : si on passe du temps devant le miroir, alors on se trouve beau.

Donc : si on est malade, alors on se trouve beau.

Voilà, pour faire sérieux on va dire que c’est un simple syllogisme façon Aristote. On a enfin réussi à déchiffrer le message que voulait faire passer ce mystérieux poseur de miroirs :

“Malades, à tous malades,
tous malades qui passez du temps sur le trône,
que vous êtes jolis ! Que vous me semblez beaux !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ce trône »

CQFD (=Ce Qu’il Fallait Démontrer)

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