Le python de Philippe

Bon. C’est l’histoire du Docteur Philippe, qui était fan de pythons. Il avait trois terrariums chez lui. Il m’en parlait de ses serpents. Il me disait comme c’était excitant. Ils n’étaient pas venimeux. Donc pas directement mortels. Mais ils pouvaient s’ils voulaient, vous faire un gros câlin, vous entourer, de bas en haut, glisser depuis votre cheville jusqu’à l’aine, puis de la taille jusqu’au cou, et venir vous faire un gros bisou sur la joue. C’était un jeu dangereux. Mais Philippe était joueur.

Je blague.

Philippe était le sénior du service cet été-là. L’unique sénior ça veut dire le boss, pour ceux qui ceux qui ne sont pas familiers avec l’hosto. C’était sympa parce que l’été, surtout août, il n’y a personne à l’Hôpital, alors les Grandes Visites, dont vous avez toujours super peur d’habitude (super bien décrites dans « Carnet de santé foireuse« , de Pozla, allez voir car je ne ferai pas mieux et l’ouvrage est génial) et ben là elle deviennent toutes mignonnes, ambiance familiale. Des copains m’avaient offert une figurine en forme de cheval (cf. photo ci-dessous). Donc Philippe a commencé la Grande Visite par : « Pourquoi un cheval? » Un interne bien élevé a répondu à ma place : « Parce que le cheval c’est trop génial ». Il voulait s’assurer de valider son stage. Mais Philippe préférait quand même les pythons. Vous comprendrez après. Il me demande comment ça va : « Alors comment ça va Madame Leroux ce matin ? ». Moi j’en avais marre, je voulais sortir. J’avais fait le point de mes symptômes sur un petit carnet. Telle l’interne qui voulait valider son stage, je fayotais. J’ai tout balancé à Philippe sur un plateau d’argent. J’avais passé une partie de ma nuit sur PubMed.

Philippe a un petit bouc bien taillé. Un peu démodé mais tout le monde dit que ça le rend sexy. D’ailleurs il ne le sait pas, mais son surnom c’est « Docteur Sexy », de la bouche de l’un de ses étudiants. Donc, mon plateau d’argent de symptômes sous le nez, il s’est caressé le petit bouc, avec des mouvements lents et répétitifs, pendant une bonne minute. Il réfléchissait.

« C’est une mastocytose »

C’est sorti comme un gros jet, direct du petit bouc. Puis silence. Puis : « J’y crois pas trop quand même ». Grillé. Pris en flagrant délit de tentative de rattrapage sur « l’annonce du diagnostic » dont on parle tant, le traumatisme des patients, etc… Moi je ne sais pas si j’ai été traumatisée mais j’ai trouvé ça stylé. Il avait sorti ça spontanément, sans rien contrôler, comme un éclair. Un éclair de génie.

Voilà, ce jour-là, cette belle matinée d’été, Philippe m’a fait cadeau d’un de ses pythons. Alors que tous les autres Chers Confrères avaient pataugé, n’avaient pas pensé, n’avaient pas osé, par excès de gentillesse, me donner en pâture à l’animal, lui l’avait fait. Classe. Beau Gosse. Sexy.

PS : si vous vous demandez ce qu’est une mastocytose, je vous invite dans un premier temps à demander à Google, ce que j’avais fait évidemment ! Bonne dégustation.

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