Hélène

Elle s’appelait Hélène. Chez Hélène on mangeait toujours des légumes surgelés. Et il y avait toujours plein de bons petits gâteaux. Hélène a eu un cancer du sein. Elle venait d’avoir quarante ans. Moi j’étais ado. Je traînais tous les jours chez Hélène parce que sa fille était comme ma sœur. Il y a eu la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie. Ça c’est ce qu’on sait tous. Il y a eu aussi les perruques, les nausées, l’affaissement, l’asservissement au monde médical. Ça c’est ce qu’on sait moins.

Le cancer était parti. C’était bien. On jouait dans le jardin. C’était l’été. Et puis un jour Hélène a eu mal aux doigts. Et puis ça a traîné. Il fallait retourner chez le Docteur. Mais Hélène préférait travailler, planifier ses prochains voyages, vivre. Et le printemps est arrivé. Elle aimait le printemps, Hélène. Alors quand il est parti, elle est partie aussi.

Longtemps je me suis dit “Hélène avait choisi de ne pas se battre une seconde fois”. Et longtemps j’ai pensé ça comme une sorte de reproche. J’étais en bonne santé, et j’aimais ses petits légumes surgelés.

Et puis il y a eu ma maladie. Ma fatigue, mes douleurs, l’affaiblissement, l’asservissement au monde médical. A ce moment là, seulement, je t’ai comprise. Hélène.

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4 commentaires

  1. Come je comprends, je ne sais pas si j’aurais le courage de me battre ,enfin à 40 ans….
    Mais moi qui suis plus âgée quand les douleurs sont là (tous les jours et souvent la nuit) et que les médicaments qui me calment me sont interdits (je ne les supporte pas) cela donne vraiment à réfléchir…………..
    Courage à toi

  2. C’est court, pertinent. Douloureux. Magnifique. J’avais l’impression d’être dans le jardin d’Hélène, je sentais le parfum des fleurs…

  3. J’avais dis que la 2eme récidive serait la dernière. Vivre ça une fois puis deux fois puis trois fois c’était suffisant . J’avais dit que si la maladie récidivait une troisième fois je partirais m’asseoir sur la lande islandaise et je mourrais en regardant la mer .
    La maladie a récidivé et j’ai beaucoup pleuré . J’ai nié, j’ai refusé, j’ai refusé les traitements, et puis j’ai eu mal. Alors j’ai manqué du courage dont je me croyais investi et j’ai réclamé les soins . Je suis retournée dans la boucle médicale, docile, pour ne pas que mon chéri se retrouve seul. Brave Hélène.

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