La dédicace

Bon. Je m’étais dit que je n’écrirai pas pendant quelques temps, parce que après être partie en vacances avec le pharmacien, en ce moment je passe des entretiens pour peut-être du travail (bientôt un billet sur le handicap et le travail, promis, j’en ai des choses à dire ! ). Mais voila, 1) vous me manquez 2) de retour de vacances, avec la maladie, les premières bonnes habitudes qu’on reprend, c’est retour chez le médecin, chez le kiné, au labo d’analyses médicales, chez le pharmacien du coin, et enfin, à la pharma de l’hôpital. Pour l’ATU, à lire : ici.

J’y suis allée aujourd’hui à la pharma de l’hôpital. J’avais un peu la flemme parce que je ne suis pas du tout prête pour les entretiens et que je me dis que j’ai toute une vie de maladie à supporter, qu’il va bien falloir un jour que quelqu’un se fasse attraper et m’attrape en CDI. Histoire d’assurer mes arrières. Mes à venir plutôt.

Donc, je suis rentrée dans la pharma, j’ai sonné parce qu’il faut sonner, j’ai fait la queue, assise. Comme d’habitude il n’y avait qu’une personne avant moi, le paradis. La pharmacienne PH m’a vue, m’a dit : « On y va », je suis rentrée dans le petit boxe. Elle a dit : « Vous voulez bien fermer la porte. » D’habitude on laisse toujours la porte ouverte. J’ai eu un peu peur du coup. Mais j’ai fermé la porte. Je me suis assise. Face à face de part et d’autre du bureau, comme à l’accoutumée avec la santé. Elle me regarde droit dans les yeux. « Vous nous avez bien fait rire ». J’ai pas capté de suite. J’ai essayé de réfléchir vite. Je venais pour un médoc, y avait mon ordo et la vitale sur la table. Rien de drôle a priori. Puis je me suis dit zut le blog. Zut Pierre. Zut l’ATU. J’ai souri, super gênée. Javais pas donné le nom de l’hôpital exprès. Pour l’anonymat, pour que personne n’ait de problème, pour que je reste la petite patiente lambda. Et puis pour que objectivement tous les patients ne se ruent pas sur cette super pharma que j’ai dégoté et que je continue à être prise en charge en une minute chrono. On a parlé. Ils avaient tous trouvé le blog cool, swag. Ils ont dit que quand ils lisaient des trucs comme ça ils savaient pourquoi ils faisaient leur métier. Ils avaient même envoyé l’article à la Direction. Je comprenais alors pourquoi l’ATU était passé l’article le plus lu du blog, alors que bon… l’ATU quoi. Ouf. Je n’avais donc heurté personne. J’ai commencé à me sentir à l’aise. À me sentir Manon. Voilà du coup je suis sortie de cette pharma hospitalière, comme d’hab, le moral gonflé à bloc non par l’œdème de Quincke, les chevilles gonflées non par l’arthrose, la tête haute non à cause du collier cervical rigide en PVC. J’avais envie de signer des autographes de Manon à toutes les blouses blanches. De les saluer. De leur souhaiter une bonne journée. De les remercier de bien faire leur travail (pour celles qui le font bien, hein, oh). Je suis quand même sortie de l’hôpital. Je me suis dit que ce serait stylé de me sentir Manon en sortant des entretiens pro, là où tout le monde ne verra que l’autre moi, celle qui a pas l’air malade, et qui a pas l’air d’avoir d’excuse pour la moindre faille.

Je sais pas pourquoi je vous dit tout ça parce qu’en plus Manon a promis à la PH très gentille qu’elle ne ressortirait pas de là en faisant un article. Je ne vous dis pas donc tout ce qu’on s’est dit. Pourtant elle m’a dit encore plein de choses bien. Le paradis là-bas, je vous dis. En fait je voulais vous parler du pouvoir de l’autographe. Cette envie que j’ai eu de signer des autographes à tout le monde là. C’est quoi ce truc ?

Une fois j’ai fait une longue hospit’. Pénible. Dure. Douloureuse. Toussa. Je voyais le senior aux grandes visites et parfois il passait me voir en fin de journée. J’attendais toujours beaucoup de lui. Je voulais qu’il me sorte de là, qu’il me sorte de l’hôpital. Lui je ne sais pas ce qu’il voulait, parfois quand ils ont des patients dans un lit je crois qu’ils s’y attachent. Qu’ils l’y attachent. Qu’ils lit attache. Bon stop. Bref, je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis dit qu’en sortant de cette longue hospit’ trop toussa, je demanderai un autographe au sénior. J’ai jamais demandé d’autographe à personne pourtant. Je m’en fiche. Je perds tout de toute façon, j’ai pas de posters fétichistes collés aux murs dans ma chambre. Je me dit que tous les humains ont des trous et que de tous ces trous sortent des trucs bien similaires. Du coup j’ai pas compris pourquoi je voulais la signature du sénior. C’était comme un petit défi.

Le jour de la sortie est arrivé. J’étais pas guérie bien sûr, mais des choses allaient mieux. C’était donc une petite victoire. Et puis bon, sortir de l’hôpital c’est de toute façon toujours une victoire. D’ailleurs petite digression pour les aidants, sur lesquels promis je ferai un billet bientôt. Ce n’est pas parce qu’on sort de l’hôpital que c’est fini, que tout va bien et qu’on n’a plus besoin de soutien. Ce sont des périodes difficiles. On est confronté à une liberté dont on ne sait plus quoi faire. On veut tout consommer. On veut profiter de tout. On est dans une euphorie hérétique un peu bizarre. Il n’y a plus Marie-Thérèse qui déboule toutes les trois heures pour tension-température. Bizarrement, alors que vous la maudissiez avant, elle vous manque. Vous êtes un peu à l’abandon.

Bon voila. Le sénior a fait mes ordos de sortie. Il était ni spécialement sympa ni spécialement pas sympa. Le défi était d’autant plus rigolo. Je lui ai dit que je voulais un autographe. Ça l’a clairement étonné. Gêné. Il a hésité. J’ai pas lâché. J’ai dit que je voulais mon autographe sur l’emballage cartonné des belVita Petit Déjeuner que je mangeais en plus des biscottes Parce-Que-OK-Même-Si-Manger-Des-Biscottes-Ça-Fait-Proust-On-préfère-Quand-Même-Les-BelVita-Pleins-De-Chocolat. Lui, en bon docteur de l’hôpital était contre les belVita et pour les biscottes.

Du coup, en plus de mon culot, il y avait peut-être là un affront.
Un brin de provocation.
Le sénior a acquiescé.
Il a dû sentir l’inspiration.
Monter.

Il a retourné ardemment l’emballage cartonné de belVita, l’a plaqué contre son bureau, a sorti son stylo de la poche de sa bouse blanche, et a planté sans hésitation ces deux mots: Bella Vita. Il a signé. Il a mis son tampon.

Il avait signé. J’avais eu mon autographe. Il n’est pas accroché au mur de ma chambre mais je ne l’ai toujours pas perdu.

PS : Pour l’anonymat je ne peux pas vous montrer l’autographe, désolée. Ça le rend encore plus précieux.
PPS : Pour ceux qui voudraient un autographe de Manon par exemple sur la photo de « La douche chaude » vous pouvez me contacter sans hésiter. Imposez-vous des défis. Esprits trop pervers s’abstenir quand même svp.

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